Langue française

  • 11 septembre 1844, apparition. Heyum Lehmann arrive de Rimpar, Bavière, à New York. Il a perdu 8 kilos en 45 jours de traversée. Il fait venir ses deux frères pour travailler avec lui. 15 septembre 2008, disparition. La banque Lehman Brothers fait faillite. Elle a vendu au monde coton, charbon, café, acier, pétrole, armes, tabac, télévisions, ordinateurs et illusions, pendant plus de 150 ans. Comment passe-t-on du sens du commerce à l'insensé de la finance ? Comment des pères inventent-ils un métier qu'aucun enfant ne peut comprendre ni rêver d'exercer ? Grandeur et décadence, les Heureux et les Damnés, comment raconter ce qui est arrivé ? Non seulement par les chiffres, mais par l'esprit et la lettre ? Par le récit détaillé de l'épopée familiale, économique et biblique. Par la répétition poétique, par la litanie prophétique, par l'humour toujours. Par une histoire de l'Amérique, au galop comme un cheval fou dans les crises et les guerres fratricides. Comment prendre la suite de Yehouda Ben Tema qui écrivit dans les Maximes des Pères : « Tu auras cinquante années pour devenir sage. Tu en auras soixante pour devenir savant » ? Nous avons 1207 pages et 30 000 vers pour devenir instruits, circonspects, édifiés. Groggy. Public Adulte.

  • NOMADLAND

    Jessica Bruder

    Les mensonges et la folle cupidité des banquiers (autrement nommée « crise des subprimes ») les ont jetés à la rue. En 2008, ils ont perdu leur travail, leur maison, tout l'argent patiemment mis de côté pour leur retraite.
    Ils auraient pu rester sur place, à tourner en rond, en attendant des jours meilleurs. Ils ont préféré investir leurs derniers dollars et toute leur énergie dans l'aménagement d'un van, et les voilà partis. Ils sont devenus des migrants en étrange pays, dans leur pays lui-même, l'Amérique dont le rêve a tourné au cauchemar.
    Parfois, ils se reposent dans un paysage sublime ou se rassemblent pour un vide-greniers géant ou une nuit de fête dans le désert. Mais le plus souvent, ­ils foncent là où l'on embauche les seniors compétents et dociles : entrepôts Amazon, parcs d'attractions, campings... Parfois, ils s'y épuisent et s'y brisent.

  • L'écart

    Amy Liptrot

    L'Écart raconte la vie d'une femme, son combat contre l'alcool et la joie que procure la communion avec la nature écossaise des îles d'Orkney. Grande, fine, intrépide et avide de passion, elle vacille, tel un petit navire dans la tempête, elle hésite entre deux destins : Se laisser emporter vers le Sud, vers ce Londres qui brille, dans la nuit violente qui fait oublier le jour où l'on est trop seul, où tout est trop cher, où le travail manque. Ou se fracasser contre les falaises de l'île natale, dans cet archipel des Orcades battu des vents dont la vie rude lui semble vide et lui fait peur. Elle l'ignore encore mais il existe une troisième voie : écouter résonner l'appel qui la hante, qui vient toucher cette part d'elle assoiffée de grand large, de grand air, de grande beauté. Non pas rester mais revenir. Choisir. Troquer la bouteille assassine contre une thermos de café fort, troquer l'observation narquoise et éperdue de la faune des nuits de fêtes tristes pour la contemplation des étoiles et des nuages, et l'inventaire des derniers spécimens de râle des genêts, un oiseau nocturne comme elle, menacé comme elle, farouche comme elle. Sa voie s'appelle l'Écart. C'est l'humble nom d'une bande côtière où les animaux sauvages et domestiques peuvent se côtoyer loin des regards, où folâtrent des elfes ivres d'embruns. C'est le nom fier de son premier roman. Public Adulte.

  • 1989. La colère monte depuis des mois en Chine. Ce jour-là, le 4 juin, elle éclate. Des millions de citoyens se rassemblent dans les rues et sur la place Tian'anmen, pour réclamer davantage de démocratie et de justice. Le pouvoir répond par des balles, des baïonnettes et des chars d'assaut, et, aussitôt après, propose au peuple défait un nouvel opium : l'argent, à tout prix. Ce livre - qui évoque aussi la mémoire du meilleur ami de l'auteur, Liu Xiaobo, prix Nobel de la Paix 2010, mort en détention en 2017 -, est un recueil de témoignages de quelques-uns des " émeutiers " du 4-juin.
    Leur crime ? Ils ont écrit, photographié, décrit la réalité de ce jour-là. L'un est poète, l'autre, banquier, un troisième, étudiant, un quatrième a pissé sur un char à l'arrêt. Les qualifications ubuesco-kafkaïennes de leurs actes ? " Tromperie économique ", " récriminations réactionnaires furieuses ", " incitation à la propagande contre-révolutionnaire ". Leurs peines ? Tortures, brimades, persécutions, douze ans de bagne, ou seize ans, ou vingt ans.
    Et ensuite, après la sortie, une condamnation à rester des " parasites de la société " à vie, des marginaux définitifs. Trente ans plus tard, leurs bourreaux sont toujours au pouvoir.

  • Fils de Berlin

    Karolien Berkvens

    Où était Jakob Richter le 9 novembre 1989 ? À la maternité, au chevet de sa femme, Stéphanie, qui s'apprêtait à accoucher ? Ou sur le Mur de Berlin en train de s'écrouler ? Dans son souvenir, il se trouvait aux deux endroits à la fois, celui de la naissance et celui de la renaissance. Trente ans après, quoi qu'il en soit, son euphorie est retombée. Devenu membre du SPD, conseiller en urbanisme, Jakob doit naviguer entre les promoteurs immobiliers qui veulent faire de Berlin une vitrine pour riches et pour touristes, et les comités de riverains qui leur résistent. Fabian, lui, l'enfant de la chute du Mur, vient de rencontrer Isa, une activiste de la lutte contre le changement climatique, décidée à le sortir de sa torpeur et de son cynisme d'adolescent prolongé. Quant à Stéphanie, la mère, victime d'un accident en 2001, c'est du fond de son coma éveillé qu'elle assiste aux affrontements entre les deux hommes. Et Paula, la pimpante aide à domicile qui prend soin d'elle, et grâce à qui la famille tient debout tant bien que mal, vient d'annoncer qu'elle repart pour l'Italie... À travers l'histoire de cette famille atypique, éloquente, tonique, attachante, c'est le destin de Berlin qui se dessine. La ville blessée était unique au monde. Réparée, va-t-elle ressembler aux autres ? Comment vivre ensemble quand l'histoire commune ne suffit plus ? De quoi se parler quand on n'est pas d'accord sur l'essentiel ? Comment rester soi-même dans un décor bouleversé ?

  • Julie, quarante-six ans, a fait son lit et rangé sa cuisine équipée après le départ de ses enfants pour l'école. Elle est écrivain et musicienne et, aujourd'hui, elle a rendez-vous avec Julie, treize ans, avec sa jeunesse. Sur les photos d'époque, ses enfants ne la reconnaissent pas. Leur mère, crâne rasé, joint au bec, violon dans la nuit du Berlin d'après le Mur, leur mère enroulée dans un camion qui traverse les nouvelles frontières et mène aux scènes underground d'Europe de l'Est ? Inimaginable. Et la gamine survoltée qui a la rage et hurle dans le micro, est-ce qu'elle reconnaîtrait la femme mûre qu'elle ne pensait jamais devenir ? Julie est restée fidèle, somme toute. À son amour pour Nic, aux membres de leur groupe, son autre famille dysfonctionnelle, au désir de créer. Mais l'énergie de ces années-là lui manque, la boule de feu qu'elle couvait et qui brûlait tout sur son passage a disparu. Ce livre, c'est le groupe qu'elles forment à elles deux. Sa musique est pugnace, douce-amère, entêtante. Dans sa lucidité, elle nous berce tous.

  • Hélène Stapinski a quatre ans lorsqu'elle entend pour la première fois parler des aventures de son arrière-arrière-grand-mère Vita, une femme aux moeurs légères qui, après avoir commis un meurtre, aurait fui l'Italie en 1892 pour émigrer en Amérique. Devenue adulte, sa fascination pour la légende familiale ne faiblit pas ; Hélène embarque pour une mission journalistique de dix ans ponctuée de voyage en Basilicate, cette région rurale située tout en bas de la botte et jadis connue pour ses superstitions, ses brigands, sa pauvreté endémique et son droit de cuissage.
    Dans ce territoire oublié émaillé de grottes préhistoriques, de collines argileuses et de vallées fertiles regorgeant d'oliviers, Hélène finira par découvrir une vérité qui bouleversera sa propre identité. Parfaitement documenté, " Les Jours de Vita Gallitelli " est un roman sur l'immigration, la maternité et les secrets de famille ; un voyage généalogique et un hommage bouleversant à une femme courageuse qui voulait une vie meilleure pour ses enfants.
    Mêlant la propre enquête d'Hélène Stapinski et l'histoire tragique de Vita, " Les Jours de Vita Gallitelli " tient à la fois de la fable et du polar.

  • Dans cette autobiographie, J. Robuchon raconte ses premiers pas en cuisine. Dès l'âge de 14 ans, il entre en apprentissage. Il commence par laver la vaisselle et éplucher les légumes. Il parle de l'ordre, de la propreté, du goût et de la rigueur qu'il faut pour devenir un bon chef.

  • 1973. Mohammed Ali s'est retranché dans son camp d'entraînement en Pennsylvanie pour préparer ce qui va devenir le combat du siècle. Dans deux ans, il affrontera George Foreman à Kinshasa lors du championnat mondial de boxe poids lourds financé par Mobutu Sese Seko, le président de la République démocratique du Congo. Personne n'a encore jamais battu Foreman­, l'invincible. Ali, quant à lui, se glorifie déjà de ses futurs exploits dans des jouxtes verbales hyperboliques aujourd'hui historiques.
    Victor Bockris a régulièrement rendu visite à Ali durant cette période qui s'étend de l'hiver 1973 à l'été 1974. Ce n'est pas tant Foreman, la boxe et les ambitions sportives de l'athlète qui intéressent le jeune journaliste proche de Burroughs, Warhol et Lou Reed, que la poésie. Ali, figure athlétique exceptionnelle, tout à la fois boxeur et grand orateur, préfigure au milieu du xxe?siècle un nouveau style rhétorique, à mi-chemin entre le duel verbal et la performance sur le ring, inaugurant ce style spectaculaire qui fascinera tant Warhol

  • 21 novembre 1961. Michael C. Rockefeller, vingt-trois ans, jeune héritier de la célèbre et richissime famille Rockefeller, disparaît lors d'une expédition en Nouvelle-Guinée néerlandaise. Le jeune homme avait pour mission d'acheter des oeuvres d'art tribales de l'ethnie Asmat destinées aux collections du musée d'Art primitif que son père, Nelson Rockefeller, gouverneur de New York, avait fondé en 1957. Alors que des millions de dollars sont investis dans la recherche de sa dépouille (à ce jour jamais retrouvée), une rumeur se répand : Michael Rockefeller aurait été tué puis dévoré par les villageois d'Otsjanep, qui se seraient partagé son corps.Fasciné par cette histoire mêlant l'une des familles les plus influentes du monde à une tribu dite primitive, Carl Hoffman signe un incroyable roman à énigme. Il étaye l'hypothèse d'un clash des civilisations qui aurait eu pour conséquence la mort d'un rejeton parmi les plus puissants de la société occidentale.

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