Matiere

  • Spécimens

    Léo Quiévreux

    Dans un futur proche, une machine à explorer la mémoire fut l'objet d'une lutte entre deux agences de renseignement rivales. Après que de trop nombreux espions de valeur aient été perdus sans bénéfice probant dans l'espace virtuel du Programme Immersion, il fut décidé de passer celui-ci au « broyeur ». En théorie, presque rien ne subsiste de son contenu.
    Dès lors, dans quel but Monica X, l'une des têtes de l'Agence, ordonne-t-elle l'exploration des décombres du sinistre Programme ? Quel enjeu la pousse à risquer la vie de ses propres enfants, Stanley et Alexander, dans cette mission à haut risque ? Pourquoi Monica X met-elle de la sorte ses pas dans ceux de son ex-chef véreux, Per Esperen ? Que reste-t-il vraiment du Programme Immersion, des agents disparus pour lui et en lui ? Que reste-t-il de leurs clones ? Que mijote Esperen depuis la villa sicilienne où il s'est retiré avec l'atroce créature qui lui tient lieu de compagne, et avec le fils qu'ils ont eu ensemble ?
    Spécimens est le troisième volume de la série de Léo Quievreux amorcée par Le Programme Immersion et Immersion. À chaque épisode, à mesure que se densifient l'effroi et la noirceur, le récit autour duquel la machine resserre son étreinte exhale des bouffées paranoïaques de plus en plus épaisses.

  • Citéruine

    Jérôme Dubois

    Citéruine est une ville désolée, vidée de ses habitants, usée par le temps et l'abandon - guerre ? catastrophe ? génocide ? effondrement ? ... Elle est le reflet parallèle, le reste ou le cauchemar d'une ville possible, d'une grande ville étale sans centre ni périphérie, une mégalopole postindustrielle et surpeuplée, urbanisée à l'excès qui a ou qui a eu pour nom Citéville. L'une et l'autre cités ont été dessinées par Jérôme Dubois, toutes deux selon le même découpage, les mêmes cadrages, la même fatale temporalité.
    Mais là où Citéville grouille de stupides turpitudes, s'alimente de ses déchets et assure la reproduction des monstres humains qui l'ont bâtie, Citéruine dresse ses abattis, laisse calmement miroiter son squelette sous les durs néons qui lui restent. S'étant débarrassée de ses occupants ou bien délaissée par eux, qu'importe, ayant en tout cas abandonné tout espoir, Citéruine a quitté son pauvre statut de décor.
    Elle est désormais paysage, et paysage animé : ses contours et ses lieux reprennent le flambeau de la narration, rejouent la comédie urbaine pour eux seuls, et tournent dans la nuit, dévorés par le feu. Il a été confié aux éditions Cornélius de porter le destin de Citéville, tandis que les Editions Matière accueillent Citéruine. Les deux villes communiquent et se complètent en deux ouvrages distincts dont les lectures simultanées ou différées sont autant de perturbations d'un même espace par le temps et ses affres.

  • Des oeuvres minimales offertes par la bande dessinée contemporaine, Untitled (comic book) est sans conteste l'une des propositions les plus radicales et les plus généreuses. En prenant pour point de départ une grille de composition de bande dessinée (empruntée à Black Hole de Charles Burns) colorée à la façon d'un tableau de Piet Mondrian, et y introduisant un jeu de lignes presque enfantin, Frédérique Rusch génère une illusion de perspective qui bientôt autorise ses surfaces colorées à se retirer progressivement vers le fond de la page.
    Par ce simple mouvement de recul dont résulte une lente disparition, un modeste effacement, Untitled (comic book) passe de la couleur au monochrome blanc mais surtout crée son propre temps et son propre espace, autrement dit crée un récit - non dénué d'humour et de suspense. Untitled (comic book) a été initialement publié en 2013 par les Editions du livre. Epuisé depuis plusieurs années, cette réédition le rend enfin de nouveau disponible.

  • Dans un futur proche mais indéterminé, « L'Agence » cherche à récupérer un prototype de la machine EP1 (Elephant Program One) dérobé par une jeune femme, Anna, pour le compte d'une agence rivale, la NAIA. De son côté, une organisation criminelle tente de doubler la NAIA par le biais d'un agent infidèle. Le boîtier EP1 n'est pas seulement l'enjeu de cet affrontement entre trois redoutables puissances puisque, couplé à un boîtier jumeau, il est aussi l'arme essentielle de cette lutte : le module ainsi constitué force, scrute, inspecte les souvenirs enfouis des agents branchés aux machines, moissonne de l'information mémorielle et dévoile des champs mentaux inexplorés. Per Esperen, un responsable technique de l'Agence qui supervise la recherche de l'EP1, contribue à brouiller un peu plus les pistes. Progressant sous un masque impassible, il agit en franc-tireur avec l'espoir de trouver refuge dans l'espace mental révélé par les machines.
    De flash-back en fantasme, de rêve en souvenir, de glissement en faux raccord, toute certitude positive, tout repère se délite : Le Programme Immersion est un récit-piège où le lecteur se trouve, en tous sens du terme, captivé. Ayant hacké sa propre intrigue, le récit suit ses personnages dans leur néant, explore leurs relations autant qu'il les distord, fouille leurs consciences, et de loin en loin dysfonc-tionne, au gré d'amples oscillations paranoïaques.

  • Immersion

    Léo Quiévreux

    Dans son précédent opus, Le Programme Immersion, Léo Quievreux avait laissé, en un lieu et un futur indéterminés, une poignée d'espions branchés à l'EP1 (Elephant Program One), machine expérimentale conçue pour fouiller, révéler, augmenter les souvenirs. Suite et fin de ce programme paranoïaque, Immersion s'ouvre sur le procès de Per Esperen, un haut cadre de l'Agence accusé d'avoir manipulé EP1 à ses propres fins.
    A quoi bon un tel procès cependant, dès lors qu'Esperen, tout comme son adversaire, l'agent Le Chauve, restent hors de portée de la réalité, prisonniers de l'espace mental créé par leur connexion avec la machine ? Faisant le constat de leur impuissance, ayant manifestement perdu le contrôle du programme, les plus hautes autorités de l'Agence tentent de reprendre la main en connectant de nouveaux espions à l'EP1.
    A charge pour l'agent 39,5 de suivre les traces du Chauve, à charge pour les agents Janet Crispel et Carl Jaeger de remonter jusqu'à Per Esperen.

  • Voyage

    Yuichi Yokoyama

    La trame de cet opus de Yûichi Yokoyama est aussi linéaire qu'elle est claire : Voyage est la longue, et silencieuse, et cristalline description d'un périple ferroviaire entrepris par trois hommes. Le sujet embrassé par Yokoyama est moins ce trajet en train pourtant (les distances franchies, le territoire parcouru...) qu'un trajet dans le train. Un voyage dans le voyage.
    Sitôt le train parti, en effet, les personnages entreprennent de traverser le convoi. Les personnages sont alors confrontés à l'architecture, à l'aménagement de la machine. Ils sont confrontés par-dessus tout aux regards et aux corps des autres passagers : dans le train on s'observe, on se croise, on se regarde passer, on se gêne, on se rencontre parfois. Si bien que ce Voyage consiste d'abord, consiste avant tout à traverser des visages. Succession de portraits avec à la fin peut-être, tout au bout, mais tout au bout seulement, la promesse d'une ouverture, d'un paysage.

  • À Tokyo, les buildings sont des sexes en érection tendus vers un ciel où volent des avions-bites. Hommes et femmes ont une tête en forme de gland et partouzent tard dans la nuit après la journée de bureau. C'est comme ça. Dans les bains publics mixtes, les gars trompent l'ennui en enfilant des perles... dans le vagin de leur fiancée.
    Les filles au pair délaissent bébés et tâches ménagères pour se livrer entre elles aux actes les plus crus. C'est comme ça. Chinkoman, l'« homme-bite », se sert de son organe démesuré pour imposer violemment sa loi phallique. C'est comme ça !
    C'est comme ça ! C'est comme ça : la société décrite dans ces neuf histoires courtes par Jirô Ishikawa est placée sous le signe du phallus-roi, de la pulsion sexuelle, du narcissisme, de l'obsession libidineuse. C'est la société des jouisseurs, des satisfaits névrosés, la société des têtes de noeud. D'un trait élégant capable d'épouser tous les registres, du minimal au psychédélique en passant par les codes du gekiga, Jirô Ishikawa, mangaka virtuose et paria, décrit ce monde tel qu'il le voit, tel qu'il le rêve ou, plus sûrement, le craint. Presqu'inconnu en son pays, Ishikawa est l'auteur décadent, délirant, déphasé que personne n'osait attendre. Il est là, c'est comme ça désormais.

  • Trois personnages - hommes ? Robots ? Extraterrestres ? Mutants ? - en cherchent un quatrième dans un pays de glace et de neige. Leur enquête les conduit à rencontrer d'autres personnages - hommes ? Robots ? Extraterrestres ? Mutants ? - aux moeurs étranges et aux goûts violents. Ce nouveau volume très attendu de Yokoyama est présenté par son auteur comme une suite possible de La Salle de la mappemonde. On retrouve en effet de l'un à l'autre quelques protagonistes qui pourraient nous être familiers s'ils n'étaient si taciturnes et la même ambiance sombre, une atmosphère épaisse de violence latente, de crime dissimulé sous la glace. Comme dans La Salle de la mappemonde, le dessin énergique, saturé, presque frénétique de Yokoyama établit une tension inouïe avec l'attitude distanciée et le calme apparent des protagonistes. Il n'est pas indifférent que la figure emblématique, presque totémique, de ce récit soit le requin...

  • Loto

    Alexis Beauclair

    « Et si je faisais seulement ce qui me plaît le plus en bande dessinée : composer des espaces ? » Concevant Loto à partir de cette réflexion, autrement dit créant librement une oeuvre libre, Alexis Beauclair s'est détaché des pesanteurs du medium (personnages, sujet, histoire : tout l'attirail anecdotique...) pour en explorer la face intime, l'infrastructure, la logique, les lois physiques, matérielles. En douze courts chapitres, Loto décrit avec minutie une série d'actions mettant en scène cercles, carrés, angles dans un univers géométrique, presque typographique. Ces actions minimes mais concrètes (tomber, franchir un obstacle, rouler...) qui ne sont pas sans rappeler l'univers du slapstick - au premier rang duquel les films de Buster Keaton -, se livrent au langage de la bande dessinée autant qu'elles l'explorent et le mettent au jour. Analytique, rétinien, obsessionnel, prégnant, palpitant, Loto déploie des récits aussi excitants pour l'intelligence que passionnants pour les sens. Observant avec souplesse les mouvements intimes du médium, sa mécanique fluide, observant la mobilité advenir et s'épanouir dans un environnement fixe, Loto est en fait un livre d'une sensualité folle.

  • Ouvrir Tarzan contre la vie chère, c'est retrouver les scènes initiatiques du cinéma du dimanche soir : les cow-boys et les Indiens, les capes et les épées, les bals et les perruques, la flibuste, les baisers, la sauvagerie, les corps à corps, l'héroïsme, la trahison, le crime. mais les retrouver comme suspendus par le dessin, figés hors de leur temps, irrémédiable-ment arrachées à notre enfance. Car ni les cow-boys, ni les marquises, ni les centurions ne parlent plus la langue, si niaise et si profonde de jadis. Que leur est-il arrivé ? Ont-ils regardé la télé à leur tour ? Ont-ils fréquen-té en cachette la machine à café du bureau ? Ont-ils lu 20 Minutes avant d'enfiler leur costume ? Comment expliquer leur soudaine préoccupation pour les RTT, le mariage pour tous et le bilan carbone ?
    Il faut se rendre à l'évidence, Stéphane Trapier a tenté ici le reboot ul-time : faire parler aux héros d'autrefois le langage de notre époque ; les dialectes médiatiques, politiques, publicitaires qu'il excelle à capter et à restituer. Chez Trapier, les héros ne sont jamais fatigués de bavarder.

  • Trois hommes costumés et masqués s'aventurent dans une ville inconnue.
    Formant une sorte de commando en mission, ils sont à la recherche d'un lieu, d'un objectif qu'ils ne connaissent qu'approximativement. Au détour d'architec-tures oppressantes, ils sont vite confrontés à d'inquiétants groupes d'hommes en uniforme. La tension nouée entre les protagonistes, autant que la pesanteur des situations, laisse craindre l'imminence d'un drame. Que font ici ces milices urbaines ? Qu'est-ce qui justifie qu'elles se comportent en maîtres des lieux ? Quelles activités sont réellement les leurs ? Trafic ? Crime à grande échelle ? Déprédation ? Attentat ? Putsch militaire ?.
    En dépit de ces rencontres, nos trois hommes parviennent à destination. Sans se départir de leur feinte nonchalance, ils se présentent au portail blindé d'une luxueuse villa. Le propriétaire des lieux, un dandy aux airs mystérieux, les laisse pénétrer au coeur de cette forteresse dont il semble avoir l'usage exclusif. Après leur avoir offert quelques verres d'alcool, après les avoir menacés d'une arme à feu, il leur accorde cependant le privilège d'accéder à son très vaste jardin et à une bibliothèque unique en son genre : la salle de la mappemonde.

  • De ceux qui construisent on ne sait rien, de ceux qui commandent ou ordonnent les travaux moins encore : Yokoyama ne donne à voir que la massivité des rochers, l'étendue des plaines et du ciel, le fracas des matériaux, le travail. Ici, la narration s'efface pour rendre à la bande-dessinée son matériau : le dessin, et sa vocation : l'agencement des formes.
    Le dessin de Yokoyama aussi bien que ses personnages, leurs (absences de) motivations, les actions auxquelles ils se livrent restent étrangers aux codes et aux habitudes propres à la bande dessinée japonaise. Ce pourquoi ses planches sont souvent qualifiées de néo-manga.


  • Quelques Miettes à géométrie variable est la description d'un gigantesque dispositif mécanique. Un dispositif sûr et précis inscrit dans un paysage désert, et qui ne semble nécessiter l'intervention de quiconque : aucun personnage, aucun être vivant identifiable n'y apparaît. On pourrait coller à la va-vite l'étiquette « abstraite » sur cette bande dessinée. Pointer de la sorte ce dont elle s'abstrait effectivement (intrigue, personnages, dialogues, sens, message...) serait cependant passer à côté du concret que, par ce biais, l'oeuvre intensifie : dessin, composition, rythme, découpage, narration... ce qui fait l'essentiel de la BD en somme. Resserrée, minimale, Quelques Miettes à géométrie variable est d'autant plus résolument une BD d'action, de pure action. Une BD où se noue une série de tensions complexes entre organicité et géométrie, entre mouvement et fixité, paysage et architecture, formation et effondrement, verticalité et horizontalité, noir et blanc, points, lignes, plans, regard, lecture, sensations, intelligence, émotions. Une BD. Une pure BD. En guise de postface, Quelques Miettes à géométrie variable est suivi de Gorgocycle, bref récit de 15 pages dessiné au moyen d'un logiciel 3D.

  • Prokon

    Peter Haars

    La ville de Prokon (dont le nom comprime en un seul les deux mots PROduction + KON-sommation) est l'utopie capitaliste enfin réalisée : à Prokon, chaque individu possède un emploi, contribuant ainsi au niveau général de consommation qui lui-même soutient la production, qui elle-même garantit le niveau d'emploi sur quoi repose la consomma-tion, etc. Le cercle est aussi vicieux que la logique est naïve : confis de bonheur, de lotissements résidentiels et de produits standardisés, les habitants de Prokon se vouent corps et âmes à la satiété de consommation. C'est compter sans l'ennemi juré de Prokon, le Docteur Dracenstein qui, relégué aux marges de la cité, met la main à sa dernière arme : le spray d'éternité ! Ayant compris que l'insolente vitalité de Prokon repose sur le principe d'obsolescence des produits manufacturés - autrement dit sur la nécessité, programmée par leurs fabricants, de les remplacer régulièrement -, le Dr Dracenstein entreprend, par simple pulvérisation, de figer pour l'éternité dans leurs fonctions et dans leurs qualités d'origine les objets, les produits, les mécaniques.
    Originellement publiée en 1971, Prokon n'avait jamais passé à ce jour les frontières norvégiennes.

  • Les écrans

    Jacques Ristorcelli

    11 mars 2011. Un séisme d'une magnitude exceptionnelle secoue le Japon. Déferlant instantanément à travers ce que terre, mer et ciel comptent de connexions électro-niques, les vagues, les débris, les carcasses, le feu, et bientôt la neige et les radiations nucléaires se répandent sur les écrans du monde entier. Ils s'y mêlent en une boue informe aux mots, aux commentaires, aux analyses, charriant partout l'intelligence et les émotions comme l'eau charrie là-bas, au Tôhoku, les cadavres.

  • Cest lhistoire de Paolo Falcone, UN PRE COMME UN AUTRE, un pre qui aimerait que son fils lui ressemble, un pre qui fait de son mieux, qui essaie de transmettre ce quil aime, ce quil sait faire, un mtier : le maniement du 38 Beretta et du Glock, le respect des contrats, la prcision des reprages, et mme un peu les explosifs. Cest lhistoire de Romain, UN FILS GT ET NARCISSIQUE, une tte de nud qui fait lEssec, tireur plutt dou mais qui ne simagine pas en serial killer. Cest un polar et cest une histoire de famille. Une affaire dambitions contraries et de divergences de vues, une histoire de roue qui tourne. Linge sale, amour, ngociations, or et orgueil cest JUSTE UNE HISTOIRE, quoi. QUI VA DU PRE AU PIRE.

  • « Elle aime le crack et lhéroïne, les jeans slims et ses bras maigres »
    « Elle repense aux hamburgers de sa nuit de noce »
    « Elle aime le bitume et la clope, la bière et les supérettes »
    « Elle aime la cocaïne et chanter »
    « Elle est comme une camionneuse folle et dépressive. »
    « Elle » a le visage, lallure et les fringues dune habituée des tabloïds anglais et des sites Internet people. Mais « elle » nest jamais nommée, « elle » nest déjà plus une chanteuse, ni une célébrité, « elle » savance, défaite, minable et souveraine, dramatiquement sophistiquée : « elle » est une ombre qui déboule en titubant dans un fracas noir et blanc. Un fantôme du rock qui na pas vingt-cinq ans. Copie, avatar autant que modèle : prototype dune femme qui sannonce et qui vient. « Elle » est la femme de demain. Cocaïne et Chaussons blancs dresse son portrait. « Et elle vomit sur ses robes »


  • Nouveaux corps

    Yuichi Yokoyama

    Au moyen de douze récits rapides, géométriques, incisifs, Nouveaux corps (après Travaux publics, Combats, Voyage et Jardin) poursuit l'exploration méthodique de l'univers du plus singulier des auteurs de bande dessinée.

    Un homme photocopie son costume-cravate, taille les images obtenues et les ajuste au scotch sur le corps de son camarade. Un type improvise un masque à partir des pièces d'un ventilateur. Un troisième se confectionne une casquette au burin dans un bloc de roche. Des individus se laissent asperger de colle en bombe avant de se jeter dans des bacs emplis de balles, de feuilles, de graviers. Et ce ne sont que quelques exemples... Voilà de quelle manière on revêt son corps, et voilà à quoi on l'emploie dans le monde robotique, opaque et énigmatique de Yûichi Yokoyama.

  • Notes sur le sumo

    Bruel Et Risto

    Une ville orthonormée, au petit matin. Amérique nord. Réveil, métro. La vie des gens, la rue, l'ouverture des bureaux sur fond de grisaille quadrillée.
    Soudain parmi la foule, un homme prend la tangente. Police. Course-poursuite. L'homme est pourtant l'un des plus insignifiants de la ville : c'est un homme-sandwich. Mais justement. La pancarte qu'il arbore, et dont il semble ne pas vouloir se défaire, fait aussi de lui l'homme le plus remarquable.
    « New » : voilà ce qu'il annonce. Le nouveau. Rien moins.
    Il y a bien des choses à dire, sans doute, de New WANTED : ligne claire, minimalisme, géométrie, inventions formelles, refus de la narration... La vérité c'est que c'est l'irruption du boogie-woogie dans la peinture de Mondrian, c'est Hitchcock qui ferait courir James Stewart directement dans des décors de Saul Bass.

  • New wanted

    Cilluffo

    Une ville orthonormée, au petit matin. Amérique nord. Réveil, métro. La vie des gens, la rue, l'ouverture des bureaux sur fond de grisaille quadrillée.
    Soudain parmi la foule, un homme prend la tangente. Police. Course-poursuite. L'homme est pourtant l'un des plus insignifiants de la ville : c'est un homme-sandwich. Mais justement. La pancarte qu'il arbore, et dont il semble ne pas vouloir se défaire, fait aussi de lui l'homme le plus remarquable.
    « New » : voilà ce qu'il annonce. Le nouveau. Rien moins.
    Il y a bien des choses à dire, sans doute, de New WANTED : ligne claire, minimalisme, géométrie, inventions formelles, refus de la narration... La vérité c'est que c'est l'irruption du boogie-woogie dans la peinture de Mondrian, c'est Hitchcock qui ferait courir James Stewart directement dans des décors de Saul Bass.

  • 10 minutes de sumo

    Danny Steve

    Danny Steve est une fille pressée. Après avoir réglé leur compte aux Feux de l'amour en dix minutes, voici qu'elle s'attaque à la restitution d'un tournoi de sumo. Cette fois, elle commence par poser la scène : d'un côté (sur les pages gauches de l'ouvrage) le public, de l'autre (à droite, donc) l'aire de combat et les sumotoris.
    À travers les masses, elle glisse son trait. Où se répètent sans fin les gestes et les postures, elle recommence inlassablement son dessin. Sous la rigidité du rituel, sous le poids des corps, Danny Steve piste la mobilité, restitue le mouvement. Et en effet, le livre s'anime. On suit les phases du combat, intrigués et déjà fervents. Esquive, geste technique, poussée, empoignade, chute : l'ouvrage prend des allures de flip book, reprend son rythme, accélère encore... Côté public défilent pêle-mêle aficionados, présentateurs TV, publicités, sacs de shopping, images de manga.
    176 pages ont passé : Danny Steve n'a rien raconté encore ni rien donné à comprendre du sumo. Dix minutes c'est décidément trop court pour se prendre au sérieux...

  • Combats

    Yuichi Yokoyama

    L'oeuvre de Yokoyama est traversée par plusieurs thèmes. On connaît désormais quelques uns de ses ""Travaux Publics. Voici venir le temps des ""Combats"", mêmes personnages costumés, masqués, inexpressifs, mêmes décors marqués par la géométrie, même dessin saturé de lignes droites. Simplement ce qui dans le précédent volume s'ourdissait entre le texte et le graphisme, entre la narration et la vision, à savoir la lutte des cases, explose ici au grand jour. Et dans cette lutte Yokoyama fait arme de toute chose comme d'autres font feu de tout bois: sabres, couteaux, fusils, roquettes, assiettes, robinets, fleurs en pot ou livres sont placés au service de combats dont il est difficile de cerner la nature. Prenant tour à tour l'allure d'émeutes ou d'embuscades, d'échauffourées urbaines ou de mission commando, de guerre des gangs ou de simple baston, ces combats paraissent avant tout, à l'image de la bande dessinée qui les porte, venir du futur. Yuichi Yokoyama connaît un destin singulier, puisque c'est en France que l'oeuvre de cet auteur japonais vivant au Japon a connu, grâce aux éditions Matière, sa première publication. Depuis, il est peu à peu découvert dans son propre pays, où une maison d'édition vient de lui consacrer un ouvrage.

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