Table Ronde

  • «L'Antigone de Sophocle, lue et relue et que je connaissais par coeur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges. Je l'ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre.».
    Jean Anouilh.

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  • Septembre 1939. L'espoir d'échapper à la guerre sur lequel se concluait Étés anglais est révolu.
    La Pologne est envahie et la famille Cazalet apprend l'entrée en guerre de l'Angleterre. À Home Place, les adultes tentent de maintenir la routine quotidienne, régulièrement bousculée par les raids allemands.
    Louise, la fille d'Edward et de Villy, a 18 ans et rêve toujours de jouer Hamlet. Elle devra d'abord passer par une école de cuisine, où elle fera la rencontre de Stella Rose, jeune fille d'origine juive à l'esprit mordant. Au grand dam de sa famille, Louise fume, porte des pantalons, et c'est avec un mélange de curiosité et de mépris que ses cousines l'observent rejoindre le monde des adultes.
    Clary, dont le père Rupert est porté disparu quelque part sur les côtes françaises, renseigne scrupuleusement chaque parcelle de sa vie dans des carnets. Convaincue que son père est encore vivant, elle élabore mille scénarios expliquant son silence, allant jusqu'à envoyer une lettre au général de Gaulle.
    Polly, sa meilleure amie, est tourmentée par son manque de vocation comme par la vie de couple de ses parents.
    Sa mère souffre depuis des mois d'un mystérieux mal de dos. Les discours pacifistes et la sensibilité du cousin de Louise, Christopher, font naître chez elle les premiers sentiments amoureux.
    Sur fond de conflit mondial, l'auteure explore la difficile transition entre l'enfance et l'âge adulte et le changement des mentalités amorcé dans les années 1940. Elle touche aux angoisses et aux secrets les plus enfouis en chacun, l'infidélité au sein du couple, la rivalité mère-fille, le deuil. De Home Place à Londres, la guerre et la terreur d'une possible défaite ne semblent jamais loin, et c'est toujours avec la même modernité, la même remarquable psychologie des personnages, qu'Elizabeth Jane Howard nous fait mesurer l'impact de la Seconde guerre mondiale sur un pays qui n'a pas encore digéré la première.

  • Juillet 1937. À Home Place, propriété familiale au coeur du Sussex, la Duche orchestre le ballet des domestiques avant l'arrivée de la famille au grand complet. Ses trois fils, Hugh, Edward et Rupert Cazalet, dont deux sont revenus indemnes - ou presque - de la dernière guerre, sont en chemin depuis Londres avec épouses, enfants et gouvernantes, pour un séjour de plusieurs semaines. Jardiniers, femmes de chambre, cuisinière et aides cuisinières sont sur le pont pour répartir les pots de chambre, tailler les haies, établir le menu de chaque repas et faire briller les services à thé. Où dormira Clary, la fille de Rupert, pré-adolescente mal dans sa peau en plein conflit avec sa belle mère ? Quelle robe portera Villy, la femme d'Edward, ancienne ballerine en manque d'occupation malgré ses trois enfants ? Réussira-t-on à apaiser Polly, la fille de Hugh, terrorisée à l'idée qu'une guerre éclate ? Sa cousine Louise, qui rêve de devenir actrice et d'incarner le roi Lear, un rôle interdit aux filles, apporterat- elle toute sa bibliothèque ? Et Rachel, la seule fille de la Duche, restée auprès de ses parents, trouvera-t-elle un moment au milieu de ce branle-bas de combat pour ouvrir la précieuse lettre de son amie Sid ?
    Si l'été regorge encore d'incertitudes, on entend sans l'ombre d'un doute approcher le grondement d'une nouvelle guerre. Les après-midi dans le jardin, parties de tennis, balades à cheval, pique-niques sur la plage et soirées auprès du gramophone se succèdent. Les non-dits, chamailleries, chagrins et profonds bouleversements s'entrecroisent.
    Aux préoccupations des adultes font écho les inquiétudes des enfants, et à la résilience des femmes, qu'elles soient épouses, fillettes ou domestiques, répond la toute puissance, ou l'impuissance, des hommes. Mais chacun garde un oeil, inquiet ou insouciant, sur la tempête dévastatrice qui s'annonce.

  • À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. Il raconte l'histoire d'un narrateur lettré devenu ouvrier intérimaire qui doit embaucher dans les usines de poissons et les abattoirs de Bretagne.
    À la ligne est surtout un chant, une manière d'épopée.
    Par la magie d'une écriture simple et somptueuse, tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient ici une Odyssée avec un Ulysse qui combat des tonnes de bulots cyclopéens ou des car- casses de boeufs promises à l'équarrissage.
    On est saisi d'emblée, à la lecture de cette prose scandée, de ces versets hypnotiques, par cette voix d'homme qui est capable de raconter avec une infinie précision les gestes du travail, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps épuisé. Mais il sait le faire, tou- jours, en multipliant les registres, tour à tour avec co- lère, humour, rage et amour.
    Il inventorie ainsi tout ce qui donne l'envie qu'une journée de travail se termine au plus vite. Et la transfor- mer en texte que ce narrateur écrit comme un journal de guerre ou un livres d'heures avec ses psaumes, ses actions de grâces, ses prières pour les morts.
    Aller à la ligne, c'est aussi se reposer dans les blancs du texte où l'on retrouvera la femme aimée, le chien Pok Pok, la lecture des auteurs et poètes, le bonheur dominical, l'odeur de la mer.
    À la ligne est une revanche lyrique, un moyen de dé- passer le quotidien en continuant à se souvenir, dans le bruit de l'usine et les odeurs du travail, des poètes qu'il a aimés, des écrivains qui ont baigné son enfance, son adolescence et son âge d'homme. Et ce qui est répéti- tion devient à chaque fois unique : pendant le travail, avec les gestes machinaux, les souvenirs reviennent.
    Le narrateur a eu une autre vie : il se souvient de ses cours de latin, il a été mousquetaire avec Dumas, amoureux de Lou et Madeleine avec Apollinaire, nos- talgique et joyeux avec les chansons de Trenet, combat- tant avec Marx. C'est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène, tout ce qui pourrait empêcher son paradoxal et invincible bonheur d'être au monde, dans l'épouvante industrielle.
    Si À la ligne s'inscrit dans une tradition qui est celle de la littérature prolétarienne, de Henry Poulaille à Ro- bert Linhardt, en passant par Georges Navel, Joseph Ponthus la renouvelle ici de fond en comble en lui donnant une dimension poétique qui est l'autre nom de cette espérance de changer la vie, comme le voulait Rimbaud.

  • « «Tu n'auras jamais de mari avec tes genoux écorchés, tes cheveux en bataille et ta folie des livres», déclarait-elle. Elle ne soupçonnait pas que, la guerre venue, il y aurait pires obstacles que les livres et les écorchures pour empêcher Violet de trouver un mari. » 1932. Violet Speedwell est l'une de ces millions de femmes anglaises restées célibataires depuis que la Première Guerre mondiale a décimé toute une génération de fiancés potentiels.
    Méprisées dans les journaux, tolérées par les familles malgré une condescendance exaspérée, elles vivent à une époque où les attentes de la société quant à l'avenir des femmes sont des plus rigides. Des attentes que Violet est sur le point de faire voler en éclats.
    En quittant Southampton et sa mère acariâtre pour s'installer à Winchester, où elle continue de travailler comme dactylo pour une compagnie d'assurances, elle espérait trouver de nouveaux amis, une nouvelle vie.
    En s'arrêtant dans la cathédrale un jour qu'elle est partie acheter un ruban de machine à écrire, elle découvre un cercle de brodeuses occupées à confectionner des coussins et agenouilloirs.
    Violet, qui n'était pas particulièrement douée pour la couture, y trouvera l'amitié, le soutien et la créativité capables de rivaliser avec le dédain et les préjugés.
    En toile de fond, la montée du fascisme sur le continent :
    Hitler arrive au pouvoir en Allemagne...
    Dans ce monde encore hostile aux femmes, Violet n'a d'autre choix que de s'affirmer. Son histoire s'inspire de celle de Louisa Pesel, la fondatrice du cercle des Brodeuses de la cathédrale de Winchester.

  • C'est par une tragédie que débute le nouveau roman d'Alice McDermott, reprenant le décor de Someone - le quartier irlandais de Brooklyn au début du xx e siècle.
    Annie, une jeune immigrée enceinte, trouve en rentrant chez elle le corps de son mari qui s'est suicidé.
    Pour subvenir seule à ses besoins, elle se fait employer à la laverie du couvent local. En échange, les soeurs l'aident à élever sa fille Sally. Alors que l'enfant devient adolescente, l'influence à la fois stricte et bienveillante des bonnes soeurs, ainsi que les enseignements de l'Église, prennent racine en elle. À dix-huit ans, Sally commence son noviciat en accompagnant soeur Lucy et la pétillante soeur Jeanne dans des maisons encombrées, au chevet des malades les plus misérables.
    Le roman, par d'habiles ellispes temporelles, couvre trois générations, explorant l'existence et le parcours d'Annie, de Sally et des enfants de cette dernière.

  • Vivonne

    Jérôme Leroy

    Alors qu'un typhon dévaste l'Île-de-France, l'éditeur Alexandre Garnier contemple le cataclysme meurtrier depuis son bureau, rue de l'Odéon : une rivière de boue coule sous ses fenêtres, des rats surgissent des égouts. Le passé aussi remonte à la surface. Devant ce spectacle de fin du monde, Garnier se souvient de sa jeunesse et surtout de son ami, le poète Adrien Vivonne, auteur entre autres de Danser dans les ruines en évitant les balles. Garnier a publié ses livres avant que celui-ci ne disparaisse mysté rieusement en 2008, il y a presque vingt ans.
    Qu'est devenu Vivonne ? Partout en Europe, la « balkanisation climatique » sévit et les milices s'affrontent tandis que la multi plication des cyberattaques fait craindre une Grande Panne. Lancé à la poursuite de Vivonne, Garnier essaie de le retrouver avant que tout ne s'effondre. Est-il possible, comme semblent le croire de plus en plus de lecteurs dans le chaos ambiant, que Vivonne ait trouvé un passage vers un monde plus apaisé et que la solution soit au coeur de ses poèmes ?

  • Le 1er décembre 1969, Teddy, Lincoln et Mickey, étudiants boursiers dans une fac huppée de la côte Est, voient leur destin se jouer en direct à la télévision alors qu'ils assistent, comme des millions d'Américains, au tirage au sort qui déterminera l'ordre d'appel au service militaire de la guerre du Vietnam. Un an et demi plus tard, diplôme en poche, ils passent un dernier week-end ensemble à Martha's Vineyard, dans la maison de vacances de Lincoln, en compagnie de Jacy, le quatrième mousquetaire, l'amie dont ils sont tous les trois fous amoureux.
    Septembre 2015. Lincoln s'apprête à vendre la maison, et les trois amis se retrouvent à nouveau sur l'île. À bord du ferry déjà, les souvenirs affluent dans la mémoire de Lincoln, le «beau gosse» devenu agent immobilier et père de famille, dans celle de Teddy, éditeur universitaire toujours en proie à ses crises d'angoisse, et dans celle de Mickey, la forte tête, rockeur invétéré qui débarque sur sa Harley. Parmi ces souvenirs, celui de Jacy, mystérieusement disparue après leur week-end de 1971. Qu'est-il advenu d'elle? Qui était-elle réellement? Lequel d'entre eux avait sa préférence? Les trois sexagénaires, sirotant des bloody-mary sur la terrasse où, à l'époque, ils buvaient de la bière en écoutant Creedence, rouvrent l'enquête qui n'avait pas abouti alors, faute d'éléments. Et ne peuvent s'empêcher de se demander si tout n'était pas joué d'avance.

  • Constellations ; éclats de vie Nouv.

    « J'en suis venue à voir tout le métal qui se trouve dans mon corps comme autant d'étoiles artificielles, scintillant sous la peau, une constellation de métal ancien et neuf. Une carte, un tracé de connexions, un guide pour regarder les choses sous différents angles. » Comment raconter l'histoire d'une vie à travers un corps, qui passe par divers stades, la maladie, la force, la maternité ? Comment raconter cette histoire quand on est non seulement une femme, mais une femme en Irlande ? C'est précisément ce que fait Sinéad Gleeson dans Constellations.
    Toute la vie se trouve dans ces pages, de la naissance au premier amour, de la gestation à la maternité, en passant par la maladie terrifiante, la vieillesse et la mort elle-même.
    Un recueil vaste et varié qui se tourne aussi, d'un oeil tourmenté, vers l'extérieur, plongeant dans le travail, l'art et notre façon de percevoir le monde. À sa manière, d'une voix vive et généreuse, Sinéad Gleeson nous emmène en voyage, un voyage à la fois très personnel et à la résonnance universelle. De la joie et de la douleur féroces d'être en vie.

  • Canción

    Eduardo Halfon

    Par un matin glacial de janvier 1967, en pleine guerre civile du Guatemala, un commerçant juif et libanais est enlevé dans une ruelle de la capitale. Pourquoi ? Comment ? Par qui ? Un narrateur du nom d'Eduardo Halfon devra voyager au Japon, retourner à son enfance dans le Guatemala des années 1970 ainsi qu'au souvenir d'une mystérieuse rencontre dans un bar miteux - situé au coin d'un bâtiment circulaire - pour élucider les énigmes entourant la vie et l'enlèvement de cet homme, qui était aussi son grand-père.

    Eduardo Halfon, dans ce nouveau livre, continue d'explorer les rouages de l'identité. En suivant à la trace son grand-père libanais, il entre avec lui dans l'histoire récente, brutale et complexe, de son pays natal, une histoire dans laquelle il s'avère toujours plus difficile de distinguer les victimes des bourreaux.

  • Une odeur de gingembre

    Oswald Wynd

    En 1903, une jeune Écossaise, Mary Mackenzie, embarque pour la Chine où elle doit épouser son fiancé, l'attaché militaire britannique. Fascinée par la vie à Pékin au lendemain de la Révolte des Boxers, Mary affiche une curiosité d'esprit rapidement désapprouvée par la communauté européenne.
    Une liaison avec un officier japonais, dont elle attend un enfant, la mettra définitivement au ban de la société. Rejetée par son mari, Mary fuira au Japon dans des conditions dramatiques. Une odeur de gingembre est le passionnant récit de sa survie dans une culture totalement étrangère, à laquelle elle réussira à s'intégrer grâce à son courage et à son intelligence.

  • C'est aux alentours de 2015 qu'un phénomène inexpliqué et encore tenu caché s'empare de la société et affole le pouvoir. On l'appelle, faute de mieux, l'Eclipse. Des milliers de personnes, du ministre à l'infirmière, de la mère de famille au grand patron, décident du jour au lendemain de tout abandonner, de lâcher prise, de laisser tomber, de disparaître. Guillaume Trimbert, la cinquantaine fatiguée, écrivain en bout de course, est-il lui aussi sans le savoir candidat à l'Eclipse alors que la France et l'Europe, entre terrorisme et révolte sociale, sombrent dans le chaos ? C'est ce que pense Agnès Delvaux, jeune capitaine des services secrets.
    Mais est-ce seulement pour cette raison qu'elle espionne ainsi Trimbert, jusqu'au coeur de son intimité, en désobéissant à ses propres chefs ? Dix-sept ans plus tard, dans un recoin du Gers où règne une nouvelle civilisation, la Douceur, Agnès observe sa fille Ada et revient sur son histoire avec Trimbert qui a changé sa vie au moment où changeait le monde.

  • Qui était Jean Parvulesco (1929-2010) ? De ce mystérieux écrivain d'origine roumaine, auteur de plus de cinquante livres, on ne sait presque rien. Les cinéphiles se souviennent que, dans À bout de souffle de Jean-Luc Godard, il est incarné l'espace d'une scène par Jean-Pierre Melville. Chapeau, lunettes noires, il descend d'un avion. Sur le tarmac, il est assailli par les journalistes. À la question de savoir quelle est sa plus grande ambition dans la vie, il répond : « Devenir immortel, et mourir. ».
    Christophe Bourseiller a bien connu Godard, pour lequel il a tourné plusieurs fois quand il était enfant. Des années plus tard, il a rencontré Parvulesco. L'énigme est restée entière. Il a relu son oeuvre fantôme, mené l'enquête sur ce personnage de l'ombre qui fut tour à tour un passager clandestin de la Nouvelle Vague et l'ami intime d'Éric Rohmer, un dandy fascisant et un poète ésotérique. L'inclassable Parvulesco est mort depuis dix ans. Son immortalité commencerait-elle maintenant ?

  • À soixante et un ans, Emmanuel Joyce est un dramaturge à succès. Accompagné de sa femme Lillian et de son manager dévoué Jimmy Sullivan, qui partage leur vie nomade, il s'apprête à quitter Londres le temps de repérer une comédienne pour la production de sa dernière pièce à Broadway. Alors qu'aucune candidate ne fait l'affaire, surgit l'idée de confier le rôle à Alberta, sa secrétaire de dixneuf ans, tout droit sortie du presbytère de son père dans le Dorset. Seulement, il faudra lui apprendre le métier. Ils embarquent pour l'île grecque d'Hydra où Jimmy aura six semaines pour faire répéter l'ingénue, tandis qu'Emmanuel tâchera de renouer avec l'écriture. Lillian, fragilisée par sa maladie de coeur et dévastée par la mort de leur fille survenue plusieurs années auparavant, profitera de cette parenthèse loin des mondanités du théâtre pour tenter d'exorciser ses démons. Pourtant, elle ne sait se défaire de certains tourments : et si Emmanuel s'éprenait de la délicieuse Alberta ? Le temps d'un été brûlant, la dynamique qui lie les quatre exilés prend une tournure inattendue, et la vie de chacun change de cap.
    Avec Une saison à Hydra, à la fin des années 1950, Elizabeth Jane Howard nous offre un roman poignant où quatre personnages déploient tour à tour leur histoire, et apprennent à surmonter le passé sans en effacer les souvenirs.

  • Un clou chasse l'autre, dit le proverbe. Ainsi la généreuse et maternelle Hadley Richard- son a-t-elle été remplacée par la glamour Pauline Pfeiffer ; ainsi l'intrépide et célèbre Martha Gellhorn a-t-elle été éloignée par la dévouée Mary Welsh. C'est un fait : Hemin- gway était un homme à femmes. Seulement l'auteur du Vieil homme et la mer ne se conten- tait pas d'enchaîner les histoires d'amour. Il a voulu épouser ses maîtresses. L'une après l'autre, à l'issue d'un scénario qui ne variait que de quelques lignes, il en a fait des Mrs Hemin- gway : la passion initiale, les fêtes, l'orgueil de hisser son couple sur le devant d'une scène - la Côte d'Azur, le Paris bohème, la Floride assoif- fée, Cuba, l'Espagne bombardée... - puis l'al- cool, les démons, les noires pensées dont cha- cune de ses femmes espérait le sauver.
    Naomi Wood se penche sur la figure d'un colosse aux pieds d'argile, et redonne la voix à celles qui ont sacrifié un peu d'elles- mêmes pour en ériger le mythe.

  • L'homme et l'argent Nouv.

    « «La faim de l'argent n'est jamais chez un homme que le signe, l'apparence d'une autre faim : l'amour de l'argent n'est jamais que le signe d'une autre exigence. Faim de puissance, de dépassement, de certitude, amour de soi-même que l'on veut sauver, du surhomme, de survie et d'éternité. Et quel moyen meilleur que la richesse pour atteindre jusque-là ? Dans cette recherche hallucinée, haletante, ce n'est pas seulement la jouissance que cherche l'homme, mais l'éternité, obscurément.» En 1989, cinq années avant la mort de Jacques Ellul, la chute du mur de Berlin a brusquement libéré le système capitaliste de la nécessité qui l'avait obligé après-guerre à respecter certaines normes de décence. Partout dans le monde, l'homme s'est retrouvé seul face à la puissance de l'argent. À cet instant, les analyses de Jacques Ellul sur l'exploitation des richesses de la planète et leur distribution inéquitable sont apparues plus prophétiques que jamais. Mais attention. Dans la tradition biblique, le prophète n'est pas celui qui prédit l'avenir. C'est un homme d'intimité avec Dieu qui sait L'écouter et qui voit. Et Jacques Ellul avait vu. ».

    Extrait de la préface de Sébastien Lapaque.

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  • Jean Dorseuil a quinze ans quand il est envoyé dans un pensionnat militaire, le Prytanée de La Flèche. Il y découvre la camaraderie avec Frémiot, Rival, Tanguy, mais aussi la promiscuité grossière, la comédie des rapports de force, la violence absurde du règlement. Il s'en détourne, s'enferme la nuit dans la bibliothèque, et la devise de Descartes - ancien pensionnaire du Prytanée - devient la sienne : «Je m'avance masqué».

  • Le Bon Coeur est le roman d'une voix, celle d'une paysanne de dix-sept ans qui retint le royaume de France sur le bord de l'abîme, le sauva et en mourut. Elle changea le cours de l'Histoire en réveillant dans le coeur usé des hommes la force de croire et d'aimer.

  • En 1838, dans l'Ohio, les fièvres ne font pas de cadeau. À chaque début d'hiver, James Goodenough creuse de petites tombes en prévision des mauvais jours.
    Et à chaque fin d'hiver, une nouvelle croix vient omer le bout de verger qui fait péniblement vivre cette famille de cultivateurs de pommes originaires du Connecticut. Mais la fièvre n'est pas le seul fléau qui menace les Goodenough :
    L'alcool a fait sombrer Sadie, la mère, qui parle à ses enfants disparus quand elle ne tape pas sur ceux qui restent ; les caprices du temps condamnent régulièrement les récoltes de James, et les rumeurs dont bruisse le village de Black Swamp pointent du doigt cette famille d'étrangers. Heureusement, la visite de John Chapman, figure majeure de l'introduction des pommiers dans l'Ohio, la saveur d'une pomme mûre à point et la solidarité qui peut unir deux enfants partageant le même sort éclairent parfois l'existence de Martha et Robert Goodenough. Des années et un drame plus tard, frère et soeur sont séparés.
    Robert a quitté l'Ohio pour tenter sa chance dans l'Ouest. Il sera garçon de ferme , mineur, orpailleur, puis il renouera avec l'amour des arbres que son père lui a donné en héritage. Au fin fond de la Californie, auprès d'un exportateur anglais fantasque, Robert participe à une activité commerciale qui prendra bientôt son essor : il prélève des pousses de séquoias géants pour les envoyer aux amateurs du Vieux Monde. Auprès de Molly, cuisinière le jour, fille de joie la nuit, il réapprend le langage de la tendresse. De son côté, pendant toutes ces années, Martha n'a eu qu'un rêve : quitter sa prison mentale de Black Swamp et traverser les États-Unis à la recherche de son frère.
    Avec la précision et le sens du romanesque qui ont fait sa marque de fabrique, Tracy Chevalier plonge les mains dans l'histoire des pionniers et dans celle, méconnue, des arbres : de la culture des pommiers au commerce des arbres millénaires de la Californie. Mêlant personnages historiques et fictionnels, À l'orée du verger rend hommage à la mémoire de ces nomades anonymes qui ont payé d'un lourd tribut la construction des États-Unis.

  • En rentrant chez lui un vendredi après-midi de tem- pête de neige, après une journée à l'université privée de Chosen où il enseigne l'histoire de l'art, George Clare trouve sa femme assassinée, et leur fille de trois ans seule dans sa chambre - depuis combien de temps ?
    Huit mois plus tôt, il avait fait emménager sa famille dans cette petite ville étriquée et appauvrie (mais ré- cemment repérée par de riches New-yorkais à la re- cherche d'un havre bucolique) où ils avaient pu acheter pour une bouchée de pain la ferme des Hale, une an- cienne exploitation laitière.
    George est le premier suspect, la question de sa culpa- bilité résonnant dans une histoire pleine de secrets per- sonnels et professionnels. Mais Dans les angles morts est aussi l'histoire des trois frères Hale, qui se retrouvent mêlés à ce mystère, en premier lieu parce que les Clare occupent la maison de leur enfance, celle qu'ils ont dû quitter après le suicide de leurs parents.
    Le voile impitoyable de la mort est omniprésent ; un crime en cache d'autres, et vingt années s'écoulent avant qu'une justice implacable soit rendue.
    Portrait riche et complexe d'un psychopathe, d'un ma riage aussi, ce roman étudie dans le détail les diverses cica- trices qui entachent des familles très différentes, et jusqu'à une communauté tout entière.

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