Charles Sylvestre

  • Jaurès est d'un autre siècle. Mais, à y regarder de plus près, voici un destin de journaliste qui, aujourd'hui, en laisserait plus d'un rêveur.
    La plume a la couleur, le souffle du reportage.
    Son éloge de l'exactitude pourrait figurer dans une charte moderne de l'investigation.
    Son engagement est dans la raison, la démonstration, la conviction acquise.
    Ecrire, c'est penser.
    Le coeur, l'amour raisonné du peuple, toujours affleurent chez Jaurès, et l'on songe à cette plaie actuelle qu'est l'esprit sec et le respect des puissants.
    Jaurès ne peut soulever un problème - guerre ou protection sociale - sans lui donner une réponse. Son journalisme est agissant.
    Dix lignes de lui, et tout de suite cette impression d'un esprit libre parlant à d'autres esprits libres. L'indépendance de sa démarche sonne comme un rappel quand la suspicion de dépendance économique et politique pèse sur la presse.
    Ces traits se retrouvent au fil des trois étapes décisives de sa « Grande Boucle » : « La Dépêche », le quotidien de Toulouse, son école du journalisme, depuis 1887, où il signera 1312 articles jusqu'en 1914 ;
    « La Petite République », son organe de combat dans l'affaire Dreyfus, de 1898 à 1903 ; « L'Humanité », depuis qu'il la fonde le 18 avril 1904 jusqu'à son assassinat le 31 juillet 1914, où 2650 textes portent son nom. C'est dans ce journal, où culminent son éthique et son art visionnaire, qu'il donne sa définition « éditoriale » du socialisme : « réaliser l'Humanité par des moyens d'humanité ». Jaurès ou les noces heureuses du journalisme et de la politique.
    Ce parcours a inspiré le livre de Charles Silvestre « JAURES JOURNALISTE » portant en sous-titre une citation de l'intéressé dans un article inaugural : « pour réaliser la justice, il faut le coup d'oeil et le coup d'aile ». L'ouvrage se nourrit d'une passion pour cette oeuvre qui redonne goût ( et exigence ) à la lecture d'une presse en grave crise de confiance, du côté des journalistes comme du côté des lecteurs.

  • Fils d'humanité

    Charles Sylvestre

    Le livre de Charles Silvestre est un essai rare de faire vivre « de l'intérieur », et de façon non orthodoxe, cinquante années du journal l'Humanité au travers de son parcours personnel. D'une origine atypique pour le quotidien commu- niste, ancien enfant de choeur, ancien enfant de troupe, c'est la révolte contre la guerre d'Algérie qui l'a conduit vers le journal et le parti des militants communistes tués, en mars 1962, à Charonne.
    Son récit va de découvertes en découvertes : les premières grandes grèves ouvrières de l'avant mai 68 et qui le préfi- gurent, l'éclat d'un mouvement étudiant incontrôlable au printemps 68, son souffle libertaire qui désarçonne toutes les institutions de droite et de gauche, les crises de la fin du XXème siècle restées sans réponses...L'auteur se met en jeu jusqu'à une forme d'autocritique et une approche critique, toute en contradictions, de son propre journal, et du parti dont il est, alors, l'organe central.
    Ce tableau d'une histoire singulière passe par des hauts et des bas : on vibre avec la « révolution des 0S », (ouvriers spécialisés) essentiellement immigrés de Renault-Billancourt, dans les années 1970, avec le programme commun de la gauche signé en 1972, on s'exalte avec un exceptionnel meeting eurocommuniste Marchais-Berlinguer, et on retombe sur terre quand ces espoirs d'un temps s'évanouissent dans le temps qui suit. Charles Silvestre voit des énigmes dans ces retournements qu'il a vécus de l'intérieur, et qui n'ont toujours pas été éclaircies, mais où pèse le poids d'une Union Soviétique finissante.
    L'auteur, à partir de son expérience personnelle, invite chacun à la réflexion sur les cinquante années qui nous sépare du « fol espoir » de mai 1968. A l'heure où l'on déplore une arrogance du capitalisme qui cache un vide historique, une fai- blesse du syndicalisme attaqué comme jamais, une crise sévère de la politique, particulièrement à gauche, la question se pose : comment en est-on arrivés là ?
    Mais ce récit est, aussi, une invitation à un journalisme sans préjugé. C'est le préjugé « ouvriériste », communiste au sens convenu, privilégiant la structure, qui a parfois caché à l'auteur la nouveauté, les traits d'une jeunesse qui ne demande jamais la permission de penser et d'agir selon ses inclinations. C'est le préjugé de l'ordre économique régnant qui empêche toute une presse de voir dans le désordre des événements un nouvel ordre qui se cherche.
    L'Humanité, pour l'auteur, est un cas : sans obligation d'État, ni fil à la patte financier, le quotidien fondé par Jean Jaurès a son avenir dans cette liberté de penser et d'agir. C'est la capacité de se laisser surprendre, de cultiver une « improvisa- tion qui ne s'improvise pas », qui devrait devenir la règle d'or des journalistes, à commencer par ceux du journal auquel rêve encore Charles Silvestre.

  • La France a torturé en Algérie.
    La " torture française " était déjà dénoncée comme un système appliqué sous l'autorité de plusieurs gouvernements : elle est aujourd'hui avouée par des généraux eux-mêmes. Elle a fait école jusqu'en Amérique latine. Ce crime d'État, n'est pourtant toujours pas officiellement reconnu. Qui ne condamne pas le forfait autorise son retour ! En octobre 2000, dans L'Humanité et sur France-Inter, douze témoins, Henri Alleg, Josette Audin, Simone de Bollardière, Nicole Dreyfus, Noël Favrelière, Gisèle Halimi, Alban Liechti, Madeleine Rebérioux, Laurent Schwartz, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet, appellent l'État français à faire la vérité, toute la vérité et à répondre enfin de ses actes.
    Au fil d'entretiens accordés à L'Humanité, rassemblés et préfacés ici par Charles Silvestre pour le cinquantième anniversaire de l'insurrection algérienne, ils racontent, expliquent et dévoilent les non-dits de la mémoire nationale. Un document inédit, indispensable à la connaissance de ce " mal absolu " toujours d'actualité.

  • Le désir de retour à l'oeuvre sonne à toutes les portes de la vie : la vie de l'humain qu'on soigne, qu'on éduque, à qui on rend justice, qui s'informe, qui se cultive, qui joue, qui s'associe, qui se bat, fort de la solidarité qui s'offre à qui sait la chercher. Ce manifeste revendique la place de l'homme au centre des activités de production et création, pour lutter contre la normalisation technocratique et financière.

  • Et si Raoul Villain n'avait pas tué Jaurès en ce soir de juillet 1914 ? La guerre auraitelle eu lieu ? Charles Silvestre, ancien journaliste du quotidien "l'Humanité" dont il fut rédacteur en chef, refuse ces questions aussi vaines que lancinantes. Jaurès est mort la veille de la déclaration de guerre.
    Mais l'immense travail politique qui fut le sien n'est pas mort avec lui. L'auteur nous montre, par un texte poignant et très personnel, toutes ces "victoires" tant sociales que politiques que nous devons tous à Jaurès. Un héritage vivant.

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