Xavier Grall

  • L'inconnu me dévore

    Xavier Grall

    "Je fus souvent dans ma famille un sujet d'étonnement. Ça continue. Quand, cet été, ma mère m'interrogeait sur mes projets de livres, je lui fis l'aveu que j'aimerais écrire un ouvrage mystique qui pourrait s'appeler Lettre à mes filles sur l'amour de Dieu. La surprise passée, il y eut dans ses yeux une larme de joie.
    Et mon projet se confirme. Et ma hantise me poursuit. Le temps est venu de transmettre à mes filles un héritage secret. J'aimerais ouvrir mes portes. Raviver les lampes. Indiquer les points fixes sur l'obscurité de la mer. Il n'y a que Dieu.
    À présent, il va falloir me mettre au travail, tisonner ce feu intérieur, avec un mélange de détresse et de joie.
    /> Je dirai tout. Je vais ouvrir le bief. Mes filles, pas trop de bruit. J'ai besoin de silence." (Ce billet a paru dans La Vie en 1969.) Xavier Grall est un beatnik, un immense poète méconnu ou bien réduit à ses origines bretonnes. Il a pourtant marqué toute une génération et sa voix nous parvient aujourd'hui plus ardente que jamais.
    L'inconnu me dévore est cette lettre qu'un père écrit à ses cinq filles, « ses Divines ». C'est un long poème, un cantique à la Terre, au doux clapot des vagues et à l'appel des matelots. C'est un acte de foi sans précédent en même temps qu'un véhément pamphlet contre l'Eglise des « bigots qui ont peur de tout : des femmes, de la vie, de Dieu et de l'enfer ».
    Xavier Grall raconte son « austère passé », son enfance d'abominations et de péchés. Puis, l'homme s'est affranchi, il a découvert la tendresse, l'amour, la liberté. Comme Bernanos, il fustige « la grande peur des bien-pensants », qu'ils soient réactionnaires ou progressistes. Il rejette le culte de l'argent, « du confort et de l'abdication ».
    Fils de Rimbaud, de Kerouac et de Céline, Xavier Grall est un barde rebelle, un insurgé solitaire et mystique dont les mots éclatent de couleurs, de colère, de sensualité et d'un « insatiable besoin de routes et de prières ».

  • Eduard Munch

    Xavier Grall

    Si on ne peut nier à Munch de côtoyer les démons, on ne peut pour autant réduire cette angoisse à son appartenance à la culture nordique. Si cet art prend les tripes c'est d'abord qu'il procède sans artifices.

  • Solo

    Xavier Grall

    Il dessine naïvement ses arbres, sa maison en Nizon, ajoute du vert et du bleu, glaz. Il joue des formes et des couleurs, d'une strophe à l'autre, enchâssées de couleurs, d'arabesques. Solo est une prière, à l'aube de l'éternité. C'est aussi un hymne formidable à la vie, que les dessins de Grall ajoutés par lui à son texte, rendent encore plus lumineux.

  • Xavier Grall a toujours souhaité parler de sa terre. Il a toujours voulu, après son retour en Bretagne, la raconter à tous ceux qu'il avait laissés dans les brouillards troubles de la capitale. Aussi, que ce soit dans La Vie ou, comme ici, dans Le Monde, ses chroniques étaient attendus par ses lecteurs. Il y traitait de tout, de rien ou de bien peu de choses, mais toujours de sujets qui en appelaient à sa plume, à son talent, à sa sensibilité : la pluie, le nucléaire, la chasse, les étouneaux ou simplment ses amis.
    Mais toujours il savait toucher nos âmes malmenées.

  • En 1970. Erwan Vallerie demande à Xavier Grall de prendre part à la revue Sar Breizh. dont le but est d'ouvrir un débat politique de fond sur la Bretagne. S'il ne se montre pas très enthousiaste de prime abord, Xavier Grall devient pourtant un des piliers de la revue. jusqu'en 1975, date à laquelle elle cesse de paraître. L'idée de rassembler dans un même ouvrage l'ensemble des textes - articles et poèmes - donnés par Xavier Grall à la revue répond à un double souci.
    Il s'agit avant tout de présenter des pages qui, pour la plupart. n'ont été publiés que dans la revue il y a bientôt trente ans. Autant (lire qu'elles sont quasiment inédites. Il s'agit aussi de fixer un aspect de la vie de Xavier Grall. d'illustrer la richesse et la complexité de son oeuvre et de sa personnalité. lui qui était à la fois le mystique et l'insurgé, le poète et le militant, le chroniqueur parisien et le reclus de Botzulan, sa demeure finistérienne.

  • Tout commence par la mort d'un Arabe et se termine par celle d'un colon. Pendant les premiers jours de la rébellion en Algérie, surpris en train de chercher à mettre le feu à sa grange, un rebelle est exécuté de façon sommaire par le maître des lieux, José Montfort. Une lourde fatalité pèsera désormais sur le domaine qui conduira au délitement de son univers, à la trahison de sa femme et finalement à la mort.
    Roman, poème, tragédie ? Plutôt un « blues »... En tout cas, une litanie obsédante et cruelle, aux prolongements puissants. Xavier Grall, par sa plume sans concession, a élevé ici le drame algérien aux dimensions dépouillées et graves d'une tragédie grecque et d'un poème universel sur l'incompréhension entre les hommes et le choc des civilisations.

  • Le livre d'un homme debout, livre de rage et de tendresse pour la Bretagne d'aujourd'hui telle qu'elle se recrée elle-même, contre les idées reçues et la pesanteur écrasante des pouvoirs et de l'uniformisation. Il s'agit en fait d'une réponse, ou plutôt d'un complément véhément et poétique au best-seller de Pierre-Jakez Hélias, Le Cheval d'orgueil. Xavier Grall ne se satisfait ni du folklore, ni du tourisme, ni du passéisme qui voudraient figer son pays en terre des morts, dans une momification édifiante, apitoyée et stérile.
    Sur ces chemins, il a lu la trace des Bretons vivants. Bardes et militants, paysans et ouvriers de nouveau siècle travaillent à sortir la Bretagne de ce tombeau où on l'avait celée. On les côtoie dans ce livre, tels des chevaux qui courent à la mer, à la fierté, à l'espoir. Au large...

  • " À nous deux, Jean Arthur Rimbaud !
    J'avais dix-neuf ans. C'était dans un collège de Saint-Malo. Un ami m'avait donné le livre de tes oeuvres. Et je lus, en cachette, sous l'oeil bigleux d'un pion idiot, les poèmes, la Saison en Enfer, les Illuminations, tout. Et je fus comme foudroyé.
    Je marcherai avec toi dans le soleil. Au Harar, avec les caravanes. Dans le désert somali. Et sur les boutres de la mer Rouge, vers Aden. Il y a l'or et le musc, les fusils et les cotonnades. Et le signe sublime et divin des minarets sur la poussière des villes...
    Arthur, s'il te plaît, redis donc à ce monde glacial les brûlures du Choa, et les morsures de la douleur intérieure, là, profonde et quotidienne, ô notre compagne., l'imparable liberté de Dieu et l'auberge dans l'oasis où l'imam est un prophète et le chamelier un prince.
    À nous deux Jean Arthur Rimbaud, et que le vent des royaumes se lève et nous caresse!"

  • Les textes de Xavier Grall sont depuis longtemps introuvables et étaient dispersés chez des éditeurs bretons et parisiens (Hachette, Mazarine, etc.). Les Éditions Terre de brume entame avec Barde imaginé la publication de ses oeuvres en prose, l'intégrale de son oeuvre poétique vient d'être republiée chez Rougerie.

  • Au Maroc, quelques mois après la proclamation de l'indépendance... Un homme erre dans Casablanca. Membre d'une organisation secrète, il ressasse ses rêves, ses remords. Chargé d'abattre un riche industriel, il semble qu'il n'ait pas exactement rempli sa mission. Aussi est-il poursuivi par un être sans nom, implacable et tout-puissant, qui le liquidera au moment le plus propice. Enrico a joué et perdu : il doit expier.
    En plus de cette intrigue, l'auteur a composé une méditation sur la mer, les villes heureuses, la légitimité et la cruauté des empires de la terre, la souffrance et le mal. Le nom de Melilla symbolise sa quête des paradis impossibles.
    Cantique à Melilla rend un son singulier. Rarement rage et poésie, puissance et rythme ont produit pareilles visions tragiques.

  • Un barde: Arzel. Une femme énigmatique et redoutable: Mona. Une mère humiliée: Maria. Et des amis de grande bohème: Glen, Kerouac... Tels sont les personnages de La Fête de nuit.

    Mais il ressort vite que le héros véritable du livre n'est autre que ce pays tour à tour mythique et réel qui convoque Arzel, malgré sa maladie et ses effroyables faiblesses, à la colère, à l'abnégation, au sacrifice et, finalement, à la mort. Une légendeoe Peut-être. Mais voilà bien que cette légende rejoint une actualité brûlante. C'est un roman singulier. On le reçoit au visage comme une lame de la mer. Il est fou, il est lyrique, il est chaleureux.

    Avec La Fête de nuit, ce livre rassemble trois autres textes de Xavier Grall: Barde imaginé, un étrange récit ancien et peu connu; et deux nouvelles nostalgiques, inédites en librairie: Si loin de toi, Tristan, et Entendras-tu le vent chanter dans le grand chêne?

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