L'employe Du Moi

  • Avant l'oubli

    Lisa Blumen

    La lune se dirige vers la terre et la collision est désormais inévitable. Face à l'imminence de la fin du monde, une épicière s'obstine à vouloir vendre sa dernière boîte de haricots. De jeunes gens découvrent le véritable amour durant une excentrique Fête (fin) de L'Humanité. Une conservatrice de musée se confronte au dilemme crucial du choix des oeuvres à sauvegarder. Des enfants abandonnés s'inventent une nouvelle famille et trouvent refuge chez un vieux modéliste.
    Voici quelques-uns des protagonistes du petit théâtre préapocalyptique d'Avant l'oubli. Loin d'être de valeureux héros prêts à tout pour sauver le genre humain, ces Madame et Monsieur Tout-le-Monde vont se révéler au contact de leurs semblables. Des interactions d'autant plus gracieuses qu'elles sont en décalage avec la situation désespérée. Paradoxalement, c'est peut-être maintenant qu'ils trouveront un sens à leurs destinées.
    Ce récit choral déconcertant dévoile une écriture sensible empreinte de douceur qui se reflète dans un univers graphique aux couleurs pastel. Lisa Blumen est une autrice strasbourgeoise fraîchement diplômée qui oeuvre d'habitude pour la jeunesse. Elle signe ici une première bande dessinée singulière et généreuse.

  • Rohner

    Max Baitinger

    P. est un solitaire, il doit vivre avec ses névroses. Ainsi tous les aspects de son existence sont réglés au millimètre près. Tout est à sa place, en ordre et bien rangé. Son café, surtout, doit être chaud et bien filtré. Son petit confort personnel repose sur des rituels séquencés. Tout se passait pour le mieux jusqu'à l'arrivée de Röhner. Lorsque cette lointaine connaissance débarque à la maison, son quotidien se transforme en véritable enfer.
    Le pire, c'est que ce squatteur un peu balourd ne semble pas vouloir partir de si tôt. P. conçoit en conséquence tous les scénarios possibles et imaginables pour se débarrasser une fois pour toutes de ce convive indésirable. La réalité se distord dès lors au rythme de ses funestes fantasmes. La ligne claire, schématique et géométrique, qui colle parfaitement à l'univers du protagoniste, se tinte alors épisodiquement de formes plus abstraites et expressionnistes.
    Max Baitinger, dont Röhner est le premier livre traduit en français, pratique l'art délicat de l'humour pince-sans-rire et truffe son récit de trouvailles graphiques et narratives audacieuses. Il compte parmi les quelques jeunes auteurs qui insufflent un vent de renouveau dans le monde la bande dessinée allemande.

  • Solstice

    Lucas Scholtes

    Bien que relativement indifférents quant à leur réussite scolaire, Gus et François sont deux brillants lycéens. Dans quelques jours, ils doivent passer le bac et l'on ne peut pas dire que cela les préoccupe véritablement. Heureusement, la horde de "clochards possédés" qui déferle sur la ville tous les soirs devrait pimenter un peu cette dernière semaine de révision. Qui sont-ils ?? Que veulent-ils ?? Il faut absolument partir à leur recherche pour essayer de comprendre ce phénomène stupéfiant.
    La piste débute à l'orée de la forêt qui borde les alentours. Alors que l'aventure ne fait que commencer, ils rencontrent Ivan dans ce qui semble être les vestiges d'une cité en ruine. Fascinés par cet étrange personnage, aussi sauvage qu'imposant, les deux adolescents pleins d'entrain décident de rester un temps avec lui pour découvrir les rudiments de la survie en milieu naturel. Derrière cette intrigue fantasque se niche un étonnant récit initiatique, naturaliste et existentialiste, égayé par la badinerie des deux jeunes personnages.
    Guère plus âgé qu'eux, Lucas Scholtes est étudiant aux Arts décoratifs de Strasbourg. Avec Solstice, sa première bande dessinée, il s'emploie à utiliser une grammaire narrative habile et moderne qui rappelle parfois le style fluide du manga et l'énergie du cinéma d'animation. Sur le plan graphique, il développe un univers riche et coloré qui met aussi bien en valeur la décrépitude urbaine que l'abondance des zones forestières.

  • Eksploracja

    Julie Michelin

    L'univers tel que nous le connaissons est sur le point de disparaître. Pouf ? ! En un rien de temps, les étoiles, les planètes, les objets, les humains, celles et ceux que l'on aime sont petit à petit absorbés par le néant, emportés par un mystérieux phénomène de dématérialisation. Pour éviter que le monde ne sombre définitivement dans l'abîme, une équipe de scientifiques élabore un plan pour créer un stabilisateur de matière.
    Line et Marlène sont alors envoyées en mission à des années-lumière de chez elles, sur une planète inconnue. Elles doivent trouver L'Arbea Nauticeum et L'Obsidonita Kevlar, deux des matières organiques les plus stables de l'univers qui, associés à d'autres, mettraient un terme définitif à ces évènements paranormaux. Les deux jeunes femmes espèrent revenir victorieuses de leur voyage, mais l'entreprise s'avère plus compliquée qu'escomptée : la localisation étant pour le moins inhospitalière, la faune et la flore de cette planète jungle complètement inattendues.
    Eksploracja est un récit de science-fiction qui nous entraîne dans une aventure frénétique qui chamboule notre rapport aux temps et à l'espace. Emportées dans des tribulations hasardeuses, parfois hallucinées, Line et Marlène vont en voir de toutes les couleurs. Dans sa première bande dessinée, Julie Michelin déploie de magistrales doubles pages à l'aquarelle pour initier ces personnages aux mystères du surnaturel et les confronter au fabuleux extra-terrestre.

  • Airpussy

    Ulli Lust

    A la fin de l'hiver, la déesse s'extirpe des enfers pour venir à la rencontre de son amant. Telle la nature endormie revenant à la vie, ils célèbrent, ensemble dans un jeu amoureux, le début de ce nouveau cycle. Inspiré par les mythes antiques du mariage sacré entre les divinités, Airpussy est un récit tout aussi mutique que symbolique, qui s'en remet à tous nos sens. Dans cette transfiguration contemporaine, une Vénus 2.0 nous invite à l'accompagner dans une déambulation érotique à travers la ville.
    La recherche des sexualités - dans toutes leurs formes et leurs genres - lui permettra d'envisager ses fantasmes et de la hisser, peut-être, vers ce fameux septième ciel. Cet ensemble allégorique, soutenu d'une belle bichromie, résolument séducteur et sensiblement provocant compose le premier livre d'Ulli Lust publié en Français. On retrouvera, d'ailleurs, dans les oeuvres plus récentes de l'autrice autrichienne - Trop n'est pas assez et Alors que j'essayais d'être quelqu'un de bien aux Editions Cà et là - les thématiques liées aux questions de la sexualité au féminin, la quête du plaisir, l'amour, le désir et la passion.
    Epuisé depuis quelque temps, Airpussy est aujourd'hui réédité dans une version cartonnée.

  • Michel, le quarantenaire râleur et hirsute créé par Pierre Maurel nous revient pour un troisième épisode. Cette fois, l'amour, le vrai, celui pour lequel on passe l'aspirateur, semble bien avoir frappé à sa porte. Mais les emmerdes ne cessent pas de pleuvoir pour autant. Dans une France traversée par les conflits sociaux, impossible pour Michel de rester indifférent et de garder son matériel de reporter en poche, ni sa langue d'ailleurs.
    Comme il n'est pas vraiment taillé pour l'aventure, c'est aussi sous une pluie de coups durs, pas toujours métaphoriques, que notre antihéros bedonnant va courir. Qu'il nous promène au milieu des lacrymogènes pendant une manifestation des gilets jaunes, dans un vernissage d'art contemporain, dans les petits boulots d'intérim ou le long d'un sentier de campagne verdoyant, Michel est toujours furieusement proche de nous, de nos espoirs, de nos coups de gueule et interrogations sans réponses sur ce monde hyperconnecté et pourtant bien terre à terre qui est le nôtre.
    Pierre Maurel décortique, avec son dessin nerveux et ses figures saisies sur le vif, les travers de notre époque. Avec drôlerie, intelligence, et au travers de situations et d'un personnage plus complexe qu'ils n'en ont l'air. Michel, Le Grand schisme est le dernier opus de la trilogie entamé avec Les Temps modernes en 2018. Pour l'auteur, c'est l'occasion d'aborder sous l'angle d'une comédie de moeurs à la fois sympathique et grinçante des thématiques liées à l'actualité.
    Les mouvements sociaux d'aujourd'hui, les trottinettes géolocalisées, mais aussi un furieux désir de changer le modèle de notre société. Ce dernier opus se veut plus jovial et ouvert sur l'inconnu.

  • En 2004, Noah s'installe en colocation avec son meilleur ami dans un petit appartement de la banlieue de Denver. Adulte et indépendant, il doit maintenant survenir financièrement à son existence. Pour ce faire, le jeune homme consent à gagner modestement sa vie dans la restauration rapide. Accaparé par ses différents petits boulots, il délaisse progressivement sa pratique du skateboard et sa clique de fidèles toquards.
    Le soir, il se consacre entièrement à la peinture, sa nouvelle marotte. Plus rien ne compte alors pour lui, si ce n'est d'atteindre son rêve ultime, celui d'être exposé à la bibliothèque pour devenir le plus célèbre des artistes du coin. Pour l'amour de l'Art est le second comic autobiographique de Noah Van Sciver publié à L'employé du moi. Dans Mon aventure torride, l'auteur évoquait déjà ses relations avec ses amis skateurs tout en questionnant sa place dans le monde moderne.
    Ici, l'intrigue se déroule quelques années après l'adolescence et privilégie le ridicule des situations. Si le jeune Noah a gagné en maturité, il reste néanmoins obnubilé par l'image qu'il donne à voir de lui-même. Indéniablement frustré d'égoïsme et de vanité, on le découvre dans une posture d'artiste maudit qui n'est pas sans rappeler certains traits du caractère romantique et misérabiliste de son personnage fétiche, Fante Bukowski.

  • A l'époque où l'on ne connaissait pas encore ni le haut débit ni les applications de rencontre, draguer sur internet n'était pas forcément chose aisée. Surtout lorsque, adolescent, il fallait partager l'unique ordinateur de la maison avec le reste de ses nombreux frères et soeurs. Dans Mon aventure torride, Noah Van Sciver raconte, avec autodérision, comment il a décroché son premier rendez-vous galant en surfant sur l'ancêtre de nos messageries instantanées.
    En une quarantaine de pages impétueuses, il n'épargne rien de cette période de jeunesse où il vivait dans une banlieue minable de Phoenix à la fin des années 90. Traînant dans son quartier avec ses amis skateurs, de médiocres frimeurs, Noah apprend à ses dépens que tout n'est pas rose et que la vie est, parfois, faite de situations délicates, de petites déceptions et d'humiliations, mais que rien ne pourra jamais anéantir l'esprit de camaraderie.
    Sauf, peut-être... le temps qui passe. On connaissait le talent de Noah Van Sciver pour la fiction grâce à la trilogie des Fante Bukowski, on lui découvre maintenant une aisance certaine pour l'autobiographie qu'il pratique avec légèreté et désinvolture. De ce récit court se dégage une nostalgie truculente et drolatique : marque de fabrique de cette jeune coqueluche de la bande dessinée américaine qui, au vu de sa généreuse productivité, pourrait nous offrir très rapidement de nouvelles pépites !

  • « Vers 9 ans, j'ai compris que je n'avais pas le sens de l'humour. A 13 ans et demi, j'ai trouvé un chat dans les bois. Je l'ai écrabouillé avec une pierre. A 15 ans, j'ai mis ma main dans le broyeur de la cuisine. A 16 ans, j'ai fait semblant de tomber amoureux d'Alyssa. Elle a vraiment essayé de me faire ressentir des choses. » Ainsi commence The end of the Fucking World, un récit initiatique cru et corrosif dans la ligné de cer-tains grands road-movie américains : Badlands, True Romance ou encore Sailor & Lula. Alyssa aime James, James pense que, peut-être, il aime Alyssa. Grandir c'est difficile, spécialement lorsque qu'on est incompris des adultes et qu'on a l'impression d'être méprisé par le monde entier. Lassés de cette vie déprimante, les deux person-nages de The End of the Fucking World entament la fin de leur adolescence par une longue fugue où ils vont se retrouver confrontés à des situations extrêmement cri-tiques.

  • Michel, reporter radio d'une quarantaine d'années, surnage dans le monde moderne et disruptif des années Macron : crowdfunding, Tinder et marketing par internet font irruption dans sa vie plutôt rangée.
    Le moins que l'on puisse dire est qu'il ne partage pas l'enthousiasme du reste de sa génération. Ce deuxième album des aventures de Michel est l'occasion pour Pierre Maurel de mettre en scène la cruauté mais aussi la drôlerie des situations rencontrées par son anti-héros joufflu aux abois. Ainsi faire soigner une rage de dents par un ami d'ami vétérinaire de son état n'est probablement pas une bonne idée mais Michel ne le saura qu'après. Michel - Les temps modernes décrit avec un ton léger et mordant les plans débrouille et les galères de personnages attachants que Michel rencontre sur sa route. Ennuis d'argent, de santé, d'amour sont abordés avec une bonne dose de mauvaise foi. Comme dans Blackbird, le dessin vif et rond de Pierre Maurel restitue avec justesse les personnages et le tragi-comique de leur situation.

  • Michel est un reporter radio free-lance d'une quarantaine d'années. Cela fait quelque temps déjà qu'il tente de concilier sans grand succès ses aspirations politiques et artistiques avec les galères que lui envoie le destin. Pas facile de garder de l'enthousiasme et du mordant à l'ombre de la startup nation des années Macron. Mais Michel sait aussi profiter des bons moments de la vie, comme d'annoncer, entre deux reportages sur les cheminots en grève, la naissance de sa petite-fille à un vieil ami, ou apprécier un bout de fromage devant un paysage au couchant. Cependant, trop occupé par ses propres tracas, il n'a pas vu vieillir ses parents. Et il doit se rendre à l'évidence: leurs disputes incessantes sur les petits riens du quotidien masquent mal leur inéluctable perte d'autonomie.
    Et il semble bien, contre toute attente, qu'il soit la personne désignée pour trouver des solutions, alors qu'il arrive à peine à s'occuper de lui-même.
    Pierre Maurel n'hésite pas, dans ce nouvel opus des aventures de Michel, à malmener son héros au grand coeur et au physique bedonnant, en le plongeant dans des situations grinçantes et burlesques. Mais c'est pour mieux nous rappeler qu'au final, la seule chose qui donne la force de tenir, c'est l'attention qu'on porte aux autres dans toutes ses déclinaisons : l'amitié, l'entraide, la lutte et puis évidemment, l'amour.

  • Menotte s'est enfui de son foyer, il vit depuis avec son chien Quenotte dans un bâtiment désaffecté à l'orée de la forêt. Orphelin, il survit de menus larcins et de cambriolages. Grâce à son doigt qui peut s'allonger à l'infini et aux dents aiguisées de son petit compagnon, aucune serrure ne leur résiste ? ! Dans les parages, il y a aussi Max et son crapaud. Malgré leur différence d'âge, Menotte finit par se lier d'amitié avec lui.
    Ensemble, ils occupent leur journée à arpenter les terrains vagues lugubres et les friches industrielles de la ville déserte. Pour tromper l'ennui, ils balancent des pierres aux passants et ça les fait bien marrer. Au fil de leurs errances, ils finissent par tomber sur le campement des trois de la bande du Chêne et s'empressent de le saccager. C'est le début des hostilités entre les deux clans ? ! Dans cette Guerre des boutons désenchantés, il y a surtout un combat pour l'émancipation.
    Adolescents dans la marge, livrés à eux-mêmes dans le monde des adultes invisibles, ils s'inventent leurs propres identités et construisent leur mythologie. Au coeur de cette utopie ingénue, la maturité surgit parfois là où on ne l'attend pas, à travers la rébellion, la fraternité, l'amour ou encore les prémices d'une organisation de vie autonome. Menotte & Quenotte est le premier long récit de Michel Esselbrügge, jeune auteur allemand que l'on avait pu lire en français pour la première fois, il y a quelques années, à L'employé du moi avec L'usine à tête de gras dans la collection Vingt-Quatre.

  • Blackbird

    Pierre Maurel

    Imaginez : le gouvernement abroge la loi sur le prix unique du livre et déclare illégale l'auto-édition afin de contrôler au mieux les discours dissidents. Que faire ? S'organiser, pardi ! Voici le point de départ de ce récit d'anticipation qui survient dans un futur pas si éloigné. C'est dans cet environnement que Pierre Maurel nous invite à suivre un petit groupe de jeunes artistes qui ont décidé de s'engager clandestinement pour produire et diffuser leurs bandes dessinées afin de lutter contre le totalitarisme du pouvoir en place. Blackbird se lit comme un manifeste politique en faveur de l'expression libre et de la gratuité. Il se présente comme un remède contre l'oppression, les régimes sécuritaires et la consommation forcée. Par-dessus tout, Blackbird est un hymne au fanzinat, à ces bulles de libertés qui naissent hors contrôle et qui, parce qu'elles sont autonomes, secrètes et inattendues nous disent quelque chose d'essentiel sur le monde qui nous entoure. Le dessin au trait, précis et maîtrisé, prend souvent le pas sur le dialogue et renforce la dynamique de ce thriller militant !

  • Pour payer son loyer et subvenir aux besoins de sa petite famille, Joe n'a eu d'autres choix que d'accepter le maximum d'heures supplémentaires à la pizzeria où il travaille. Complètement fauché, il est obligé de rentrer à pied après son service du soir, alors qu'il pleut des cordes depuis de jours. Il aime Nicole, sa femme, mais lui reproche tout de même cette situation instable. S'ils n'avaient pas eu le bébé, tout serait peut-être différent.
    Pour couronner le tout, sa belle mère toxico s'installe chez eux après avoir quitté son compagnon. Alors, il boit plus que de raison pour endurer l'adversité, quitte à passer pour un vrai salopard auprès de ses proches et de ses collègues du restaurant. Joe touche le fond, seule une intervention divine pourrait le sortir de ce mauvais pas. Le Bord du gouffre narre quatre jours de l'existence d'un homme, quatre jours où les évènements malheureux coïncident pour faire sombrer Joe.
    Avec fatalisme, mais en évitant habilement le pathos, Noah Van Sciver y dépeint les conditions de vie des indigents de l'Amérique. Un état de précarité réaliste qu'il connaît bien pour avoir travaillé dans des fast-foods avant que sa carrière d'auteur ne décolle. Parue aux Etats-Unis quelque temps avant la trilogie des Fante Bukowski, cette oeuvre, beaucoup plus sombre et pessimiste, dénote déjà l'intérêt de ce jeune auteur pour les figures romantiques, les illusions perdues et la complexité de la comédie humaine.

  • Voici déjà un an que Fante Bukowski s'est installé à Colombus, une ville en pleine extension, capitale culturelle de l'Ohio. En "? beautiful loser ? " qui se respecte, héros-poète et roi des poseurs, il n'a toujours pas rencontré le succès qu'il pense égocentriquement mériter. Tant qu'il n'aura pas connu la bonne fortune avec sa littérature, il devra dealer avec la précarité. Ainsi, il occupe ses journées à picoler, discuter avec une prostituée au grand coeur et traîner avec Norma, son amie performeuse.
    Mais, alors qu'il reste encore le loyer à payer et que ses parents ne lui versent plus un centime depuis des mois, un miracle survient : un éditeur lui propose de devenir "? ghost writer ? ". Il devra écrire l'autobiographie de Royella, une starlette qui a le vent en poupe. Pour lui, l'enjeu est de taille ; ne risque-t-il pas de passer pour un vendu ? ? Qu'importe, pour l'instant il a trop besoin de cet argent.
    Et puis, il va enfin pouvoir fanfaronner auprès de son père à propos de sa réussite critique et financière... "? Fante Bukowski, L'échec était parfait ? " est le troisième et dernier volet de la série de Noah Van Sciver, auteur prolifique de la bande dessinée indépendante américaine actuelle. Explorant pour la première fois le passé de Fante, notamment au travers des relations qu'il entretenait avec son père, il parachève, avec l'humour caustique qu'on lui connaît, son récit sur la figure de l'écrivain maudit.
    Il aura ainsi rendu son personnage plus célèbre qu'il n'aurait jamais pu lui même l'espérer.

  • Comme beaucoup de jeunes de son âge, Sydney se pose beaucoup de questions car elle ne se reconnaît pas du tout dans le monde qui l'entoure. À quinze ans, elle est plutôt grande, fine et réservée, la puberté ne lui a pas fait de cadeaux. C'est dans une banlieue pavillonnaire qu'elle habite seule avec sa mère et son petit frère depuis la mort de son père. Elle a le béguin pour Dina, sa voisine et meilleure amie qui lui préfère les abrutis finis du lycée. Pauvre Sydney commence comme une sitcom à l'américaine mais il n'en sera rien. Sydney n'est pas tout à fait une adolescente comme les autres. À la demande de la conseillère pédagogique de son lycée, elle se raconte dans son journal intime ; ses amours, ses premières expériences sexuelles, son entourage, ses frustrations, mais aussi son énigmatique pouvoir métapsychique qui lui en fait voir de toutes les couleurs.

  • Slasher

    Charles Forsman

    Christine est amoureuse de Joshua. Bien sûr, elle est profondément excitée par les vidéos qu'il poste pour elle sur le Net où il s'entaille délicatement la poitrine face caméra. Mais ce qu'elle ressent pour lui est un amour intense et pur.
    Son père vient de mourir et sa mère risque de sombrer dans l'alcool, une fois de plus. Pour couronner le tout, son manager, qui la croit timide et docile, est à deux doigts de l'abus de pouvoir. Alors, oui, le désir qu'elle a pour Joshua est la plus belle chose qui existe dans cette partie du monde qu'on appelle les États- Unis. Elle devra quitter sa vie conformiste, pour rejoindre celui qu'elle aime, dans cette chambre où sa mère, complètement dingue, le retient prisonnier. Rien ne pourra l'en empêcher. C'est l'histoire d'une femme qui a décidé d'accepter ce qu'elle est vraiment : quelqu'un de fort, malgré ses pulsions sanguinaires et ses fantasmes morbides. On connaît le talent de Charles Forsman pour créer des personnages fouillés et des situations explosives depuis la parution de The End of The Fucking World, devenu ensuite une série culte sur Netflix. Avec Slasher, il pousse plus loin encore ses interrogations sur la relation entre normalité et perversité.

  • C'est la nuit, on y voit à peine, on ne sait pas comment s'y prendre, mais il va bien falloir la monter cette foutue tente ! Et voilà, les plaisirs du bivouac qui commencent pour la petite Lucy et sa grande soeur. Au coeur de l'été, les deux filles s'installent pour quelque temps dans un camping typique de la campagne française. Parmi ceux qui reviennent chaque année, il y a le jeune Roman : un garçon aventurier et brusque, que l'on devine, trop souvent, livré à lui-même. Il connaît les lieux comme sa poche, à l'aise sur son territoire, rien ne pourrait l'effrayer.
    Mais, lorsqu'il trouve sur son chemin une nouvelle tête, celle de Lucy, il se transforme en un animal farouche. Qui s'y frotte s'y pique ! Le temps d'un séjour fugace, les deux enfants vont apprendre à s'apprivoiser.
    Progressivement, malgré les secrets et les blessures, la curiosité pour l'autre l'emportera sur la méfiance. Cette rencontre éphémère et tumultueuse, au coeur d'une nature jaunie par l'été brûlant, se profile au travers des couleurs au crayon de Noémie Marsily, accompagnée pour cette aventure de la scénariste Isabella Cieli. Memet est un récit subtil, appuyé par une mise en scène faite de petites touches sensibles et délicates qui évoque la douce nostalgie des vacances de notre enfance.

  • Alors qu'une nouvelle antenne-relais est en construction aux abords de la ville, des morts inexpliquées se multiplient. La thèse de l'accident est rapidement écartée car auprès de chaque victime, est retrouvée une pierre parallélépipédique qui semble relier les affaires entre elles. S'il s'agit bien de meurtres, l'identité et la motivation de leurs auteurs (un tueur en série, des opposants fanatiques au projet d'antenne-relais ? ) restent mystérieuses.
    Mais pour les autorités légales, il s'agit de rationaliser, de trouver des causes, de protéger l'industrie des télécommunications et de dénicher des coupables. Entre un mari énigmatique et en retrait et ses collègues lourdauds, la gendarme Loreleï Soares se fie à son instinct pour faire avancer l'enquête dont les premiers suspects sont un sanglier et un lynx. S'agirait-il d'une nouvelle étape dans la guerre ancestrale entre l'homme et la nature ? Auteur de nombreux ouvrages singuliers (chez Atrabile ou la Cinquième Couche entre autres), Thomas Gosselin s'associe à Isao Moutte au dessin pour ce polar énigmatique qui questionne habilement les rapports entre l'homme et la nature, la fragilité de leur cohabitation, les luttes de pouvoir et l'équilibre des forces.
    Entre scènes d'action et pages contemplatives, La trêve, chérie livre un épisode tendu de ce face-à-face éternel et sans pitié. Le thème du rapport entre l'homme et la nature a été de nombreuses fois traité mais La trêve, chérie propose une tout autre approche. Construit sous la forme d'une enquête policière, le récit change régulièrement de rythme au fil des soubresauts de l'enquête ou des réflexions de ses personnages.
    Les courses poursuites s'enchaînent avec les questionnements identitaires dans ce polar métaphysique qui ne se refuse rien, ni la symbolique limpide d'une écluse, ni les discours menaçants d'un perroquet. La trêve, chérie a quelque chose du tour de force car en un peu moins de 90 pages, il aborde, de manière brillante, originale et décomplexée, rien de moins que l'avenir de l'humanité et sa cohabitation avec la nature.
    La richesse des textes de Thomas Gosselin joue d'ailleurs un rôle central dans cette réflexion et cet étonnant récit.

  • Robin Hood

    Simon Roussin

  • L'ombre de la nuit

    Jordan Crane

    Robert est un adolescent en colère. Amis, frères, parents, tout le monde semble ligué pour lui pourrir l'existence. Une nuit, il s'échappe de la maison familiale pour enfourcher la moto de son copain Ernesto, avec la vague idée de partir, loin. Eldrige est un homme proche de la retraite, exaspéré par une vie de couple d'où toute tendresse s'est évaporée. Lorsque sa fille débarque pour la nuit après une dispute avec son compagnon, il est rapidement pris à partie et déguerpit à la cave pour finir son repas et se consoler au gin-tonic.
    Les personnages dépeints par Jordan Crane sont aussi divers qu'ils sont touchants. Chacun des neuf récits de L'Ombre de la nuit nous projette dans des ambiances tendues, avec une efficacité rare dans la description de ses personnages et des situations. Séquence onirique, science-fiction, comédie dramatique, le spectre est large mais secoue à chaque fois par la crédibilité de son écriture. Jordan Crane offre également dans ce livre l'étendue de ses capacités graphiques, un trait lisse et précis qui s'accompagne de la maîtrise des masses ou de la bichromie.
    Détaillé pour décrire un garage, ou une femme nue armée d'un marteau, il peut aussi se faire plus rond pour dépeindre une ballade à la campagne d'un couple amoureux

  • Morveuse

    Rebecca Rosen

    La mère de Julia se morfond depuis toujours dans l'auto apitoiement. Cette sensation étouffante de n'être pas grand-chose a peu à peu colonisé jusqu'au corps de Julia, qui se gratte compulsivement les narines débordantes de mucus depuis l'enfance. Partie à Bruxelles pour suivre des études artistiques, elle voit bien qu'elle ne ressemble en rien à tous les autres étudiants qui peuplent son école d'art. Tout ce qu'elle touche lui semble devenir triste, gluant et amer. Entourée de gêne et de silence, elle n'a plus, suite au décès de sa mère, les moyens de payer sa part de loyer. C'est alors, au hasard d'un concert, qu'elle rencontre les membres d'un collectif féministe qui vont faire basculer son existence. Julia plaque le peu qu'il lui reste pour les rejoindre dans un squat et embrasser leur mode de vie radical, marginale parmi les marginaux. Avec elles, elle souhaite danser, boire, tomber amoureuse et peut-être enfin, lutter contre autre chose que ses propres démons.
    Morveuse séduit par ses couleurs fortes et sa ligne gracieuse. Rebecca Rosen surprend par la maturité d'un récit courageux autour de problématiques sociétales comme le suicide assisté, et le déterminisme social qui brise tout espoir d'émancipation chez les individus. Rebecca Rosen est une autrice canadienne, installée à Bruxelles depuis quelques années. Morveuse est sa première bande dessinée.

  • Monsters

    Ken Dahl

    Succès de librairie contagieux et enthousiasme viral, la première édition de Monsters est désormais épuisée. Il fallait absolument rendre ce bijou de l'autobiographie frustrée et névrosée à nouveau disponible !
    Augmentée d'une postface inédite qui, dessinée par l'auteur lui même, s'interroge profondément sur l'impact de ce livre sur sa propre vie, cette réédition offre une nouvelle peau à l'histoire de Ken Dahl : couverture cartonnée, vernis sélectif sur les zones sensibles, le tout bien protégé pour éviter de répandre l'infection.
    Imaginez ne plus jamais pouvoir embrasser quelqu'un sur les lèvres, par-tager de la nourriture, faire une pipe, fumer un joint entre collègues, em-prunter une brosse à dent, ou cracher dans le café de votre patron, sans transmettre une maladie horrible et incurable... Ken, le personnage cen-tral de Monsters, doit se rendre à l'évidence : il a transmis l'herpès à sa compagne. Ce virus dont il ne connaît rien va rapidement détruire son couple et modifier profondément la perception qu'il a de son propre corps.

  • L'âge dur

    Max de Radiguès

    Gautier sort avec la belle Louise, mais ressent aussi quelque chose pour Marc. Romain n'a jamais embrassé personne. Candice essaye d'avoir les devoirs de Pauline. Martin copie sur Jeanne. Nicolas a appris à jouer Stairway to Heaven. Ça n'impressionne pas du tout Sarah. Michel est trop timide pour parler avec Claire, surtout depuis le coquard qu'il lui a donné...
    À travers une série d'instantanés, Max de Radiguès représente le petit monde de l'adolescence telle que nous l'avons tous vécue ; des premiers flirts aux peines de coeur, des cigarettes en cachette, des jalousies mal placées, des devoirs oubliés, de la complicité et de la camaraderie, des découvertes comme des déconvenues. Au centre de ces petits évènements du quotidien, des personnages pour lesquels l'auteur a manifestement beaucoup d'affection. La composition des planches est réduite à son strict minimum afin de laisser la part belle aux interactions, transformant ainsi la moindre des futilités en une expression exceptionnelle de la sensibilité. L'Âge dur nous replonge avec délicatesse dans nos années « collège » et nous rappelle que l'âge bête (ou ingrat pour d'autres) n'est pas que mal-être et souffrances, mais aussi insouciance et plaisirs.

    Cette nouvelle édition est enrichie de pages inédites (dont 16 en couleur). À la suite de L'Âge dur, Max de Radiguès a publié plusieurs albums chez Sarbacane mettant en scène de jeunes protagonistes qui lui ont valu de nombreux prix. Preuve, si tant est qu'il y en ait besoin d'une, que la thématique de l'adolescence continuera d'être une source d'inspiration essentielle pour lui.

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