Lunatique

  • Pingouin et la Sorcière est le premier livre d'une série écrite et illustrée par Michael Knight (trad. Juliette Penblanc/ Michael Knight), qui raconte les aventures d'une sorcière et de son ami Pingouin. Des histoires simples, drôles et tendres, et surtout pleines d'humanité et de sagesse.
    Michael Knight est artiste peintre.

  • Pingouin et la Sorcière et la saveur d'un jour fait suite à Pingouin et la Sorcière, premiers livres d'une série écrite et illustrée par Michael Knight (trad. Juliette Penblanc/Michael Knight), qui raconte les aventures d'une sorcière et de son ami Pingouin. Des histoires simples, drôles et tendres, et surtout pleines d'humanité et de sagesse.
    Michael Knight est artiste peintre.

  • Fin observateur du monde qui l'entoure, Martin se pose beaucoup de questions, aussi, cherchant des explications à tout, élucubrant de savantes ratiocinations, scientifiques, mathématiques, logiques. Le monde de Martin est ainsi clair comme de l'eau de roche - cette même eau vive qui serpente dans le square, et dans laquelle se noient les beaux garçons. Un livre simple sur des choses compliquées.

    L'arête d'une vaguelette scintille. C'est une petite tache de lumière qui se déplace en tremblant : elle n'est pas très sûre d'elle-même. Elle se demande ce qu'elle fait là, elle aussi. L'élément aquatique lui semble étranger : elle essaie de ne pas se poser trop de questions, elle se laisse porter. Elle se dit qu'il ne peut rien lui arriver de grave. Elle passe sous le pont. Martin change de côté et surveille le courant : voilà la tache qui reparaît. Elle poursuit sa course comme elle peut. Le mouvement est très lent, c'est apaisant. Martin se dit que cette lenteur serait un bon modèle à suivre pour ses vaisseaux sanguins : il demande à son corps de retrouver un rythme plus calme. Déjà, son coeur bat moins fort. Le sang ne brûle plus, le crâne tiédit doucement. Dehors, ça caille.

  • Que demandent ces paysans insoumis de la fin du Moyen Âge, qui s'insurgent autant contre les seigneurs que contre le clergé ? Un bouleversement social et spirituel. Le peuple n'en peut plus d'être malmené, accablé par les impôts, les taxes, le servage et le clergé qui spécule autant sur les céréales que sur les âmes. La guerre des paysans incarne une formidable et singulière révolution populaire qui chambarde les esprits autant que les corps.
    « Sepp sortit un morceau de tissu bleu d'environ deux aunes et demanda à Gerson s'il accepterait d'y peindre leur emblème. Et que donc échangerez- vous contre cela ? répondit Gerson avec un sourire de connivence. Rien bien sûr ! dit Sepp. Le désir de justice et de liberté n'a pas de prix, et vous le savez bien ! Les deux hommes se prirent gravement dans les bras. Pour la première fois, Gerson l'orphelin sentit qu'il avait un frère ».
    Dans ce roman, la langue sonne, elle figure le visage de cette époque à la manière des peintres et des graveurs. Des mots souvent agglutinés comme les êtres, une langue innervée d'oralité, infusée du génie des dialectes à produire des images.

  • Les bandits

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    Un père emmène seul ses deux enfants en vacances. La maison familiale, les enfants la connaissent par coeur, ils y passent tous leurs étés. Il n'y a pas grand-chose à faire là-bas, c'est la campagne. Une année, le père a une idée : ils vont traverser la France en train pour aller au bord de la mer, comme quand il était petit. C'est le début d'une grande aventure. « Le garçon et la fille comprennent que ce sera un voyage important pour eux aussi, mais ils ne savent pas pourquoi. Ils le sauront plus tard. Le père, lui, le sait sûrement déjà : il n'a pas choisi ce moment par hasard, il sait que chaque moment compte.»

  • Un pur hasard

    Thierry Bodin-Hullin

    Plongée dans le monde fascinant des jeux de stratégie, Un pur hasard est avant tout l'histoire d'un homme, Paul Hébert, inventeur du jeu de pions, dont les règles s'inspirent des échecs, de l'Othello, des dames, du go et de tant d'autres encore. Mais voilà que ce maître absolu régnant sans partage depuis dix ans sur les 121 cases de son pionnier disparaît, laissant son plus grand admirateur et aussi ami fidèle - dans l'expectative. C'est alors qu'il le convoque dans la chambre d'hôtel où il se terre pour lui exposer les règles du nouveau jeu auquel il s'adonne sans relâche, un jeu où sa santé mentale est en jeu...

  • Life is a Beatles´ Song

    Marlene Tissot

    "Qui ne connaît les Beatles ? Qui n'a jamais fredonné au moins un de leurs titres ? En dix ans seulement d'existence, les Beatles se sont imposés comme le groupe le plus populaire et le plus influent de l'histoire du rock. Par-delà leur musique et leurs expérimentations techniques, ils ont révolutionné la société de leur époque. Leurs chansons continuent d'être jouées et reprises dans le monde entier, et imprègnent encore la culture d'aujourd'hui. Y compris la littérature ! Il faut dire aussi que les titres sont marrants et plutôt inspirants pour qui ne manque pas d'imagination : Octopus' Garden, The Fool On The Hill, Why Don't We Do It On The Road, Sitting On A Cornflake Waiting For The Van To Come... Marlene Tissot s'est amusée à composer sa playlist et nous prouve ainsi que Life is a Beatles's song."

  • Mes Deuzéleu

    Cyrille Latour

    C'est une lettre que j'ai imaginée pendant des années sans jamais oser l'écrire - comme toutes ces lettres inachevées dont on se persuade que, une fois envoyées, elles solderaient tous les comptes passés. Le repas avec mes parents et la marche sous le ciel d'avril m'ont enfin décidé. C'est une chance à saisir. La dernière chance. Une lettre pour cet adolescent que j'ai croisé il y a près de trente ans et dont la photo, pour une raison qui me reste inconnue, a eu longtemps sa place dans l'album familial.
    J'avais six ans. J'ignore son nom. J'ignore son âge. Il était pubère. Je ne l'étais pas.
    Oublier ? Pardonner ? Surmonter ? Refouler ? Que peut faire Camille, avec deux « l » et un « e » - deuzéleu -, devenu adulte, pour survivre à ce qu'il s'est passé chez les B. ? Écrivain, il choisit d'écrire, pour témoigner.
    Sans rien épargner, sans rien excuser. Pour enfin être entendu de ceux qui ne l'ont pas écouté.

  • Pas moins que lui

    Violaine Bérot

    Vingt ans, vingt longues années à se regarder vieillir tandis que demeure intact le souvenir d'Ulysse. S'emparant de la Pénélope d'Homère, Violaine Bérot comble les lacunes de l'Odyssée à son sujet pour dresser le portrait iconoclaste et sensuel d'une femme fière qui n'admet d'autre loi que celle de son fol espoir dans le retour de l'homme qu'elle aime.
    Pénélope, femme éprise et reine, s'obstine. Elle rendra heureux Ulysse. Pas moins que lui.

  • Le manuscrit de Je suis une usine est resté plus de quarante ans dans les papiers d'Yves Le Manach, à tel point qu'il en avait oublié jusque l'existence.
    En 1973, son livre Bye Bye Turbin ! paraissait aux éditions Champ Libre, composé de notes et de textes écrits à la fin des années soixante, pour certains sur un coin d'établi, ou dans les chiottes de l'usine Sud Aviation, ou à l'heure du casse-croûte. Il avait quitté l'usine en 1970 pour s'installer à Bruxelles, avec sa compagne. C'est durant cette période qu'il a écrit ses « histoires d'usine », rue du Châtelain...
    L'usine évoque abondamment, il est vrai, les violences et les frustrations trop longtemps contenues par ses « élus », tous les jours, tous les mois, toute la vie. Suffisamment pour expliquer que certains ne conçoivent d'autre liberté que l'irréparable. Ni d'autre échappatoire au monstre concentrationnaire que le monstrueux : « On ne s'étonnera pas si un jour les rêves nourris au plus secret d'eux-mêmes, rêves de violence, de mort, de vengeance, d'amour et de totalité, viennent éclater dans la réalité. », nous prévient-elle.

  • La passerage des décombres prospère dans les terrains vagues et les abords des routes et des chantiers ; des coins plutôt tranquilles où jouer quand on est petit, où traîner quand on grandit, où rêver et se souvenir quand l'autre est parti.

  • Imaginons une société soumise à la peur - ici, celle née d'un chômage de masse, mais, sans doute, d'autres peurs peuvent aboutir au même résultat.
    Une société où la question de la sécurité en vient à saturer l'espace social.
    Or, étant toujours sujette à des failles, la sécurité est à renforcer, encore et toujours. Marc et Cécile reçoivent une lettre les informant qu'une annexe du commissariat va s'installer dans leur sous-sol. Marc est pleutre, c'est Cécile qui se rebelle contre le grignotage de leur vie privée, refuse le rôle d'épouse soumise aux décisions de son mari (qui sont des non-décisions, puisqu'il accepte tout) et s'interroge, à mesure que le fossé se creuse entre eux, sur ce qui les lie.
    Pourquoi donc s'opposer au renforcement de l'arsenal protecteur ? Sauf, bien sûr, à avoir soi-même quelque chose à se reprocher... On devient vite suspect aux yeux des tenants de l'ordre mais, chose plus intéressante, y compris à ses propres yeux. C'est cette expérience que Cécile raconte, entre rébellion et acceptation. À mesure que la pression s'accentue autour d'elle (à cause de son mari, de son chef de bureau, des policiers), à chaque fois qu'elle refuse de se soumettre à une nouvelle mesure prise par Massard, c'est qu'elle a déjà intégré la précédente.

  • L´Heure du poltron

    Marie Frering

    Dix récits, en époques et lieux différents, où tremblent les destins des personnages, où les événements franchissent en transfuges les frontières de l'intérieur et de l'extérieur, où le réel et l'irréel sont poreux, où les vies s'écartent de ce qui semblait être leur trajectoire.

  • Mailles à l'envers

    Marlene Tissot

    Mailles à l'envers, c'est une histoire à la première personne, celle d'une gamine qui dévide son enfance à coups de souvenirs oppressants et implacables. Dès les premiers mots, le lecteur se trouve harponné par des images fortes, happé dans un monde sordide où se battent et se débattent la mère accro au sexe et à l'héro et le père violent et alcoolo avec, en toile de fond, des usines d'engrais chimiques. Sinistre, donc. Mais sans rien de triste non plus. Ça ne rigole pas beaucoup, certes, mais on est loin du pathos naturaliste des faits divers à sensation. Et le lecteur, mi-goguenard mi-égrillard, se repaît des malheurs de « cette fille », trop rêveuse pour être tout à fait canaille, trop réaliste pour être tout à fait naïve. Les anecdotes se croisent sans jamais s'entremêler, et l'auteure, inexorablement, tisse un roman jalonné de petits poèmes comme autant de cailloux jetés à terre pour garder la trace du droit chemin. Qui mènerait où ? Au « pays joyeux des enfants heureux,/ Des monstres gentils/ Oui c'est un paradis » ? Dans un monde banalisé en Technicolor, où les filles en short pailleté défendent leur honneur « avec grâce et férocité » ?...
    Mailles à l'envers, c'est tout à la fois le désarroi de la Petite Sirène que chaque pas dans le monde des hommes fait souffrir, et l'émerveillement d'une vie pleine de chaleur perçue dans les dernières allumettes craquées par la marchande d'Andersen ; un conte moderne, porté par une langue résolument désinvolte et audacieuse, aux tournures à la violence contenue, étincelantes de spontanéité.
    Un premier roman, un coup de maître.

  • Maurizio a quitté son village sarde pour les beaux yeux d'une touriste française, et voilà que l'idée le prend de rentrer au pays pour ouvrir une librairie ! Aidé de Giacomo, son ami d'enfance, avec qui il a correspondu toutes ces années d'exil, Maurizio, « un homme sans histoire, sans bruit, dans un pays où l'on crie pour se dire bonjour » va devoir affronter la rancune tenace et la redoutable défiance de ses compatriotes.

  • Tony Badass ne sait pas bien lire, ça ne l'intéresse pas du tout. Tony Badass n'aime pas l'école. Il s'ennuie. Il s'ennuie tellement ! Il préfère de très loin être sur l'ordinateur et jouer, jouer, jouer nuit et jour. Seulement, la vie n'est pas un jeu, Tony Badass va vite l'apprendre. Jeté en prison, il réveille par inadvertance le bon génie Alfonsedodé. Ce dernier va l'inciter à lire et à réfléchir. Et si c'était le premier pas sur le chemin de la liberté ?

  • Je vous embrasse

    Pascale Pujol

    Un homme, une femme, et Paris pour décor de cette histoire d'amour languissante. Jeu de séduction, jeu d'illusions, plein de promesses non dites, de gestes attendus et de baisers espérés. Mais, la belle n'est pas bête, et se rebelle. Mots vengeurs, jamais rageurs, tout en délicatesse et subtilités de langue. Pascale Pujol dépoussière avec Je vous embrasse les codes courtois des amours galantes. Raffiné et non moins mordant, un régal d'insolence bienséante.

  • Frankentruc

    Jeremy Banx

    Le monstre créé par le docteur Frankenstein ne savait pas quoi faire. Il avait passé presque toute la matinée à se fabriquer des trolls en origami, après quoi, ayant épuisé son stock de feuilles, il s'était mis à regarder le plancher fixement pendant une heure. Le docteur Frankenstein était au désespoir.
    - Mon monstre a besoin d'un compagnon de jeu ! s'écria-til.
    Il faudrait que je lui fasse un petit ami.
    Et c'est ainsi que de ce qu'il restait d'un rongeur de nature indéterminée, rapporté au château par Igor, le chat, le docteur Frankenstein créa pour le monstre un ami, à qui il donna le nom de Frankentruc. Les deux compagnons immédiatement s'entendent à merveille et font les quatre cents coups jusqu'au jour où, à cause d'un accident dans le laboratoire, ils mettent en miettes le pauvre docteur Frankenstein...

    Exactement 200 ans après le Frankenstein de Mary Shelley, paraît le Frankentruc de Jeremy Banx, une oeuvre qui renouvelle avec une grande originalité la tradition parodique inspirée par ce texte fondateur. En marge des oeuvres telle La Fiancée de Frankenstein qui mettent en scène l'improbable vie amoureuse du monstre, Frankentruc explore le thème de l'amitié entre deux êtres que tout oppose, et réussit surtout ce tour de force inédit de soumettre le docteur Frankenstein à ses propres expériences de laboratoire pour le faire ressusciter.
    Par son humour macabre, Frankentruc s'annonce aussi comme un classique pour Halloween.

  • Philippe Annocque s'est appliqué à déchiffrer les cartes postales que son grand-père, Edmond, adressait à ses parents alors qu'il était prisonnier de guerre en Allemagne, de 1916 à 1918. Ses mots d'aujourd'hui - explications, réflexions, exclamations, questions - se mêlent à ceux écrits pour dire, 100 ans plus tôt, le rien des jours qui se succèdent indéfiniment et se ressemblent infiniment. Mais, le rien n'est pas anodin, et le prisonnier de guerre, contraint par la censure, occupe de son écriture resserrée jusqu'à l'illisible l'espace restreint des cartes, pour dire tout simplement qu'il est vivant. Dans Mon jeune grand-père, l'auteur superpose sa lecture à ce qu'il retranscrit, et cette lecture aussi il la donne à lire.

  • Jérôme Deneubourg fait le récit d'un avortement clandestin qui a eu lieu en 2016, en Argentine - un pays où aujourd'hui l'avortement condamnent les femmes à la prison ou à la mort. De son propre aveu, jamais il n'aurait eu l'idée, sans la lecture de L'événement d'Annie Ernaux, de venir en aide à son ex-petite amie.
    À l'heure où l'avortement est remis en cause en France, on apprend comment les avortements clandestins continuent d'être pratiqués dans ce pays démocratique et cultivé, pourvoyeur de prix Nobel de littérature et du pape François. Dans Qui a peur d'Annie Ernaux ?, tout est vrai. Ce livre est en quelque sorte un contre-don indirect - ou comment un texte peut pousser à agir.
    /> Jérôme Deneubourg a conçu son livre comme une lettre d'amour, que Victoria ne lira jamais.

  • Prête-moi ta plume

    Raymond Penblanc

    C'est l'histoire de Jeanne, sur fond d'Histoire avec un grand H, celle qui enlève les hommes des champs pour les coucher en d'autres terres, où rien ne pousse que des sanglots. Histoire d'une enfance en Bretagne, d'un amour pour Christophe, et d'une famille unie, où se mêlent subtilement autobiographie et fiction. Histoire d'une passion : la littérature, et son corollaire, cette envie folle chevillée au corps : l'écriture, pour raconter des histoires.
    Raymond Penblanc ajuste ses mots au plus près des personnages, jusqu'à en épouser la forme des corps et des pensées. L'écriture est charnelle et délectable, drôle aussi, et juvénile par sa ferveur et sa fougue.



    Morceau choisi : " Elle n'aura poussé qu'un miaulement contrit. Timide déjà, s'excusant presque. Et cependant bien décidée à vivre. Elle arrive avec quelques jours d'avance. Le printemps aussi. Le père a entrevu les premières violettes dans l'herbe du talus, tout en se gardant bien de les cueillir, ça porte malheur. Ce matin (mais il fait encore nuit à cette heure) il ne pleut pas et il fait doux, tandis que le vent, qui soufflait très fort la veille, vient brusquement de céder. On est le 20 mars 1918, dans une petite ferme de la Bretagne du sud. Pas vraiment le bout du monde, la pointe du Raz se trouve à moins de trois heures de route, et Quimper, la préfecture, à seulement une heure.



    À propos de Prête-moi ta plume ,Lire.
    Raymond Penblanc, c'est plonger dans un monde à part, simple, dur et beau, un monde qui caracole au gré des phrases et fait danser les mots sur la lande bretonne.
    "Prête-moi ta plume" est l'histoire de Jeanne, sur fond d'Histoire avec un grand H, celle qui enlève les hommes des champs pour les planter en d'autres terres, où rien ne pousse que des sanglots. Histoire d'une enfance, d'une vie, d'un amour, d'une famille, c'est aussi et avant tout l'histoire d'une passion : la littérature, et son corollaire, cette envie folle chevillée au corps : l'écriture.

    Raymond Penblanc ajuste ses mots au plus près des personnages, jusqu'à en épouser la forme des corps et des pensées. Une rigueur qui n'a cependant rien d'austère, au contraire. L'écriture est charnelle et délectable, drôle aussi, et juvénile par sa ferveur et sa fougue.
    Récit pittoresque où se mêlent subtilement autobiographie et fiction, et où la langue, hardie, embrasse les péripéties, poignantes ou comiques, qui font une vie ; et quête de vérité pour comprendre « les épisodes échevelés de [ce] grand récit » que l'auteur s'est juré d'écrire : tel est "Prête-moi ta plume".





    Raymond Penblanc a revisité Les Trois Mousquetaires dans sa dixième année, plagié Chateaubriand dans sa quinzième, pillé Rimbaud dans sa seizième, avant de voler de ses propres ailes. En témoignent des poèmes chez Guy Chambelland et dans la revue Contrordre, 3 romans aux Presses de la Renaissance, des nouvelles dans une vingtaine de revues. Après Phénix (CLÉ, mai 2015) il retrouve les éditions Lunatique pour la publication de son cinquième roman.

  • Suite à une détonation, un toutou a sa mémère bascule dans une autre vie :
    Une vie de chien. Au fur et à mesure de ses errances et de ses rencontres, il découvre un monde fait de multiples formes de violence.
    À travers le regard décalé d'un chien perdu sont abordés : le terrorisme, la violence des laissés-pour-compte, les sévices institutionnels, la férocité des combats de chiens, l'inhumanité de la chasse,...

  • " Oeil-de-lynx vient de naître, avec qui il va devoir s'efforcer de vivre en bonne entente. " Dix ans plus tard, Pascal cale son oeil valide derrière l'oculaire d'une lunette astronomique. Les étoiles, c'est sa passion avouée, et Sarah son amour secret.
    Une histoire courte qui finit mal, forcément. Pas d'envolée lyrique, mais un vocabulaire ajusté, tendu avec rigueur, polissant une oeuvre forte et sensible à la fois.

    Oeil-de-lynx a tout du grand roman : un héros solitaire, touchant et volontaire, des sentiments, de l'action, des sourires et des pincements de coeur. Un condensé de chef-d'oeuvre qui aurait aussi bien pu avoir pour titre Le Rose et le Noir ; le rose symbolisant la candeur enfantine du personnage, le noir le tragique de l'histoire.
    Pascal a cinq ans quand un camarade de classe lui plante un Bic dans l'oeil. Drame stupide autant qu'incompréhensible, que le petit garçon surmonte à coups de promesses et de sentences à la moralité féroce : " Mieux vaut perdre la vue que la vie. Et, à cinq ans, on a encore toute la vie devant soi. " Adolescent, Pascal succombe aux doux rêves, à la tendresse et à la cruauté, ingrédients de toujours des histoires d'amour. Celle d'oeil-de-lynx ne déroge pas à la règle, et Raymond Penblanc se révèle habile joailler, enchâssant d'une plume experte chacun de ses mots dans une phrase ajustée aux tourments de son jeune héros.
    L'écriture, vive et pénétrante jusqu'à l'insolence, exerce sur le lecteur, consentant, une imparable attraction. Elle l'ébranle au plus profond et en appelle à son imagination, à sa compassion... ainsi qu'à son sens de l'humour, si tant est que l'on puisse rire de l'ironie du sort de Pascal, à défaut d'en pleurer.

  • Présenté par son auteur comme un récit-témoignage, Bref Séjour chez les morts rapporte avec l'âpreté de la radicalité une expérience des limites : limites du corps, limites de la connaissance, limites de la science. Car, si tout est dit, rien n'est expliqué.
    Nul vertige fantastique ne vient cependant saisir le lecteur, confronté à cette " autobiographie impersonnelle " (racontée par le biais d'un " il "). Au contraire, le geste littéraire ici tend à rendre toute chose compréhensible par les autres, au sens le plus fort de la préhension.
    Il y a dans l'écriture de Raymond Penblanc la volonté de dire au plus sobre, au plus juste, la réalité, qu'elle soit fictionnelle ou vécue. Cette exigence et cette rigueur ascétique corsètent tout épanchement poétique. L'auteur écrit comme l'on explore une somme d'expériences humaines, décantant, distillant, transmuant dans le creuset des phrases un " moi " d'auteur en émois de lecteur.
    Éblouissant de maîtrise, tout en évitant l'écueil d'un élitisme intellectuel, Bref Séjour chez les morts offre une plongée dans le bouillonnement intense de mots, d'images, de sensations, d'informations d'une création littéraire par-delà la simple représentation de la réalité.
    Empêché de recourir au subterfuge de l'interprétation par cette écriture " vraie " qui ne réfute ni ne tait les humiliations et la honte, qui désavoue tout polissage, toute fioriture, le lecteur, à l'instar de l'homme pétrifié dans son corps, se constitue prisonnier d'une narration à l'efficacité redoutable. Perturbant. Perturbant et fascinant.

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