Pu De Lyon

  • Dans le tourbillon des années 1935 à 1955, Henri Calet compose une somme impressionnante de textes : chroniques, romans, nouvelles, critiques littéraires ou artistiques, pièces radiophoniques, scénarios, reportages... Il trace ainsi son sillon d'écrivain à la fois faussement léger et légèrement désespéré, adepte de l'utilisation du « je » et de « l'humour gris ».
    À travers des entretiens accordés aux radios et journaux entre 1935 et 1955 et réunis ici pour la première fois, c'est un Calet méconnu que nous révèle l'impressionnant travail de Michel P. Schmitt, non le Calet des livres, mais celui du métier. Nous voici plongés dans l'ombre de son oeuvre et de ses doutes. L'ouvrage, conçu de manière chronologique, entremêle finement les textes rassemblés par Michel P. Schmitt, la biographie de Calet, le contexte historique et littéraire de l'époque. Ce travail est introduit par un magnifique texte de l'écrivain Joseph Ponthus et complété par un inventaire exhaustif des oeuvres, des articles et des entretiens donnés par Calet.

  • Culture écrite et inégalités scolaires ; sociologie de l' Nouv.

    Que signifie « échouer » ou « réussir » à l'école primaire ? Comment comprendre les difficultés éprouvées par des élèves d'origine populaire en lecture-écriture, grammaire, conjugaison, orthographe, vocabulaire, expression orale et expression écrite ? Comment se construisent, jour après jour, les processus de production des inégalités scolaires dans les salles de classe ? Ce livre tente de répondre à ces questions, en procédant à l'étude détaillée des pratiques et des productions scolaires d'élèves du CP au CM2 en français. Soulignant le rôle central du rapport au langage dans la production des différences scolaires, l'auteur fonde son analyse sur une sociologie de l'éducation informée des travaux anthropologiques et historiques concernant la spécificité des cultures écrites. Il entend ainsi rendre raison de l'« échec scolaire » du double point de vue d'une anthropologie de la connaissance et d'une anthropologie du pouvoir. Cet ouvrage est issu de l'enquête menée par Bernard Lahire pour sa thèse de doctorat, soutenue en 1990. Trente ans plus tard, les réflexions et analyses qu'il propose n'ont rien perdu de leur actualité. Dans une préface écrite à l'occasion de cette réédition, il souligne le poids de sa propre trajectoire sociale - son statut de transfuge de classe issu d'un milieu populaire - sur le choix de son objet d'étude.

  • Christine Angot, une écriture de l'altérité Nouv.

    Provocatrice, irrévérencieuse, Christine Angot est devenue, notamment depuis la publication de L'Inceste en 1999, une écrivaine incontournable. Retraçant livre après livre les expériences souvent douloureuses de son double de papier, elle place son écriture sous le signe de la transgression, irritant du même fait une bonne partie de la critique française.
    Francesca Forcolin nous donne à lire dans cet ouvrage la première monographie d'envergure consacrée à celle que l'on a souvent nommée « la reine de l'autofiction ». Très novatrice dans son approche, son analyse s'appuie sur l'exploration de différents mythes : oedipe, Ulysse ou Antigone sont convoqués pour éclairer le parcours de l'écrivaine. L'étude est complétée par un entretien avec Christine Angot, qui permet d'approfondir le rapport de l'auteure à son oeuvre.

  • Pour la dignité ; ouvriers immigrés et conflits sociaux dans les années 1980 Nouv.

    Recrutés massivement depuis les années 1960 dans les usines Citroën et Talbot, les travailleurs immigrés, ces « OS à vie », y sont fortement encadrés par des syndicats à la solde des directions et par des organismes émanant de leurs pays d'origine. Or, au printemps 1982, alors que la gauche est au pouvoir depuis peu, ces ouvriers jusqu'alors discrets se mobilisent et s'emparent des répertoires d'action et des mots d'ordre des luttes ouvrières. Face aux conditions de travail déplorables, aux bas salaires, aux menaces de licenciements collectifs, au racisme latent, aux transformations du travail et aux politiques d'immigration, ils réclament ce qui leur est dû : le respect, la liberté, la dignité.
    Au croisement de l'histoire et de la sociologie, Vincent Gay analyse minutieusement les relations sociales à l'intérieur et à l'extérieur des usines, la place de la politique dans les débats, les pratiques des ouvriers immigrés, leur appropriation du syndicalisme et de la grève. Dans un contexte de crise et de restructurations industrielles, c'est un moment charnière de la contestation sociale, ouvrière et immigrée qui resurgit.

  • L'anthropologie a mis au jour que tous les êtres humains n'ont pas la même compréhension du monde ni de ce que signifie être au monde ; parmi ces ontologies, aucune ne surclasse les autres. Existe-t-il alors un point de vue neutre à partir duquel les étudier et les comparer ? Dans ces manières d'être et de «composer des mondes», quelle est la part du processus ? Quelle est la part de l'inscription de l'homme dans l'enchevêtrement des existences et celle de l'observateur dans son objet ? Telles étaient les questions posées dans le cadre du festival «Mode d'emploi» organisé par la Villa Gillet en novembre 2013, lors du débat de Philippe Descola et Tim Ingold, animé par Michel Lussault.
    /> Le livre conçu aujourd'hui à partir de ce débat propose une ouverture par Michel Lussault, un dialogue réagencé et révisé où alternent les voix de Philippe Descola et de Tim Ingold, enfin un post-scriptum de la main de chacun des deux intervenants.

  • L'autobiographie religieuse a été pratiquée partout et dans toutes les confessions. Mais c'est en Occident qu'elle a pris un essor fulgurant à partir de 1600. Églises, sectes, congrégations ont massivement publié des récits de conversion ou de persécution, des témoignages d'ascèse, d'extase, d'apparitions... Si le genre n'a cessé de décliner depuis le XVIIIe siècle, son ambition réflexive s'est diffusée dans le roman, la poésie et les écritures du moi.
    Adoptant une démarche géographique résolument originale, Philippe Gasparini se penche dans cet ouvrage sur une zone méconnue de l'espace autobiographique et passe en revue plus de deux cents auteurs, des plus célèbres (Jean-Jacques Rousseau, Thérèse de Lisieux) aux plus oubliés, appartenant aux différentes confessions chrétiennes, orthodoxie comprise, mais également au judaïsme, à l'islam et aux religions orientales. À travers ce tour d'horizon, des itinéraires et des tempéraments se dessinent. Des hommes s'interrogent, des femmes s'affirment. Et un nouveau champ des écritures du moi, jusqu'ici négligé par les universitaires, prend forme.

  • Dans cet ouvrage, Jean-Pierre Esquenazi s'empare d'un classique du cinéma mondial, Le Dictateur de Charlie Chaplin, dont la préparation débute en 1938 et qui est présenté au public pour la première fois le 15 octobre 1940. Mais c'est sous un angle particulier, celui du film politique, qu'il en analyse le contenu. Car cette oeuvre, dénonçant une situation au moment même où elle se déroule, appelant à la lutte contre l'inhumanité de ses instigateurs, est unique dans l'histoire du cinéma. Et cette volonté se traduit dans la manière de filmer de Chaplin. Car, alors que Le Dictateur s'ouvre comme une suite de Charlot soldat (1918) et de son esthétique, un monde sépare les deux films, qui résulte sans doute de la volonté chaplinienne de rendre compte de la dépression des années 1930 et de l'arrivée au pouvoir du fascisme et du nazisme. C'est donc à la question « Comment fait-on un film politique, notamment dans un contexte brûlant ? » que répond cet ouvrage passionnant, doté d'une magnifique iconographie directement issue des archives Chaplin.

  • Omniprésent dans les médias et le champ politique, mais aussi dans le langage ordinaire, le terme "bobo" n'est pas neutre. Son usage et ses variantes ("boboïsation", "boboïsé") tendent à simplifier, et donc aussi à masquer, l'hétérogénéité des populations et la complexité des processus affectant les espaces urbains qu'ils prétendent décrire. En réduisant les " bobos " à des caricatures, on juge des caractères, des intentions et des volontés, en oubliant que les représentations et les pratiques des individus et des groupes sociaux prennent place dans des trajectoires singulières et un monde hiérarchisé.
    Ainsi, scientifiquement parlant, "les bobos n'existent pas", et les notions de "boboïsation" ou de "boboïsé" ne conviennent pas pour saisir et caractériser la diversité des logiques et des mécanismes, voire, parfois, les contradictions à l'oeuvre dans les phénomènes de "gentrification", marqués par le " retour en ville " des catégories moyennes et supérieures, l'effacement des plus pauvres et le renouvellement des activités et des paysages urbains.
    C'est ce que montre cet ouvrage, qui propose un regard historique et sociologique sur le mot "bobo" et ses usages, dans les univers médiatiques, politiques et culturels, comme dans les discours des populations impliquées.

  • Richement illustré, cet ouvrage apporte une contribution inédite à l'histoire de l'architecture à travers l'étude de l'oeuvre de Jacques Perrin-Fayolle (1920-1990), figure majeure de la seconde moitié du XXe siècle dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, notamment dans le domaine de l'enseignement supérieur. L'oeuvre de l'architecte demeure à découvrir, qu'il s'agisse du campus de La Doua à Villeurbanne, qui réunit l'INSA et la faculté des sciences (Université Lyon 1), de l'École centrale de Lyon à Écully ou de l'École nationale des travaux publics de l'État à Vaulx-en-Velin. Cet ouvrage retrace la formation et la carrière de l'architecte, depuis l'École régionale d'architecture de Lyon jusqu'au Grand prix de Rome 1950, ses voyages au cours des décennies 1940-1970 et les domaines dans lesquels il s'est particulièrement illustré : urbanisme, logement, équipements culturels (bibliothèque municipale de la Part-Dieu) ou architecture hospitalière. Il n'existe à ce jour aucune synthèse sur l'architecture lyonnaise de l'après Seconde Guerre mondiale ; cet ouvrage s'annonce donc comme un jalon important de l'histoire de l'architecture.

  • Que faire des enfants de l'immigration coloniale et postcoloniale ? L'école doit-elle adapter ses programmes à leur présence ? La question de l'articulation entre l'universalisme républicain et la pluralité culturelle a toujours travaillé l'institution scolaire, mais elle s'est reconfigurée ces quarante dernières années pour répondre aux débats sur l'immigration et la mémoire coloniale. Que faire des héritages d'une histoire douloureuse pour les uns, glorieuse pour les autres, méconnue de beaucoup ? A partir des archives de l'Education nationale, mais aussi des textes officiels et des manuels scolaires, Laurence De Cock retrace les débats qui ont agité l'enseignement de l'histoire de la colonisation depuis les années 1980.
    En analysant la confection des programmes d'histoire, elle interroge l'influence des débats publics sur leur écriture et montre combien le passé colonial, progressivement saisi par le politique, bouscule en profondeur la fabrique scolaire de l'histoire. Pour un enseignement qui a toujours eu comme finalité de contribuer à l'intégration sociale, les nouvelles demandes de reconnaissance des enfants et petits-enfants d'immigrés sont un facteur de reconfiguration de la discipline historique et des finalités de l'école républicaine.

  • Cet ouvrage, doté d'une introduction permettant à chacun, selon son degré de connaissance du sujet, de s'approprier les clés de lecture nécessaires, fournit un nouvel éclairage sur la dynamique de la correspondance gidienne, portant ici sur une thématique hautement politique. C'est Roger Martin du Gard qui provoque la rencontre entre André Gide et le diplomate suisse Marcel de Coppet en 1920. Ce dernier est engagé dans l'administration coloniale (Madagascar, Sénégal, Guinée, Tchad, Congo, etc.). Leur correspondance débute le 25 novembre 1924, d'abord littéraire et intime puis de plus en plus politique.
    En 1925, Gide part pour une année de voyage en Afrique subsaharienne. En pleine période de crise coloniale, Marcel de Coppet, personnalité attachante, fut la cheville ouvrière du voyage de Gide au Congo et au Tchad et de ses engagements politiques et éthiques. Scandalisé par ce qu'il découvre de la colonisation française (massacres, recrutement forcé, drame du chemin de fer Brazzaville-Océan), Gide décide de dénoncer ces agissements : Voyage au Congo est publié en volume en juin 1927, après une parution dans La NRF à la fin de 1926 ; Retour du Tchad suivra bientôt. En annexe de cet ouvrage, on trouvera un « Rapport sur les aspirations des indigènes » signé par André Gide, un inédit du plus grand intérêt pour les historiens du fait colonial ou les spécialistes de la diplomatie culturelle dans l'entre-deux-guerres.

  • Mes impressions d'Afrique

    Henri Calet

    Mes impressions d'Afrique regroupe deux textes inédits de Henri Calet, qui devaient s'intituler L'Algérie du bout des lèvres et Un Maroc d'hiver. Textes charnières, ils furent rédigés alors que Calet était déjà un romancier reconnu, tout autant qu'un chroniqueur de grand talent, dans Combat notamment aux côtés d'Albert Camus et de Pascal Pia. Il s'apprêtait alors à publier son « récit fourre-tout » Le Tout sur le tout, qui connut un grand succès.
    Dans l'hiver 1947-1948, les Mouvements de jeunesse et d'éducation populaire invitèrent Calet, au même titre que d'autres intellectuels métropolitains comme Michel Leiris ou Francis Ponge, pour un séjour à Sidi Madani au sud d'Alger, afin d'y débattre de questions politiques et culturelles propres à l'Algérie. Cette invitation était aussi pour chacun l'occasion de jouir d'excellentes conditions matérielles pour mener à bien ses propres travaux :
    C'est ainsi par exemple que Ponge put rédiger un texte essentiel comme My creative method. Le séjour algérien de Calet se prolongea par un voyage au Maroc, à caractère plus privé cette fois-ci.
    Ces deux textes nord-africains de Calet, même sous leur aspect inachevé, n'en sont pas moins représentatifs au premier chef de son style, de son humour, de sa faculté aiguë d'observation, et plus encore peut-être de son inclination, qui sera de plus en plus forte au fil des années, vers la notation brève et l'écriture impressionniste.

  • A quelles conditions la philosophie politique et la sociologie permettent-elles d'ouvrir aujourd'hui de nouveaux espaces de liberté ? Comment, dans un monde globalisé, rendre aux individus leur autonomie et garantir davantage de justice sociale ? Comment réarticuler critique de la domination et philosophie de l'émancipation pour leur redonner une efficacité ? Telles étaient les questions posées dans le cadre du festival «Mode d'emploi», organisé par la Villa Gillet en novembre 2012, lors du débat de Luc Boltanski et Nancy Fraser, animé par Philippe Corcuff.
    Le livre conçu aujourd'hui à partir de ce débat propose une ouverture par Philippe Corcuff, un dialogue réagencé et révisé où alternent les voix de Luc Boltanski et de Nancy Fraser, enfin un post-scriptum de la main de chacun des deux intervenants.

  • « Suis-je le gardien de mon frère ? » À partir de ce verset de l'Ancien Testament, cinq intellectuels interrogent tour à tour les rapports que l'être humain entretient avec ses semblables : une lecture plurielle consacrée à la solidarité et à la responsabilité, où se confrontent les interprétations des trois grandes religions monothéistes et de la philosophie contemporaine. Conçu à partir d'un événement organisé par la Villa Gillet dans le cadre du festival « Mode d'emploi », en novembre 2015, quelques jours après les attentats de Paris, ce livre propose une belle réflexion polyphonique.

  • Présentateur et traducteur à la fin des années 1970, avec Isaac Joseph, de plusieurs textes majeurs de l'École de Chicago, auteur au début des années 1990 d'un manuel de sociologie urbaine qui aujourd'hui encore constitue une référence, mais aussi infatigable chercheur, à l'origine de très nombreux travaux et écrits de premier plan sur les processus de ségrégation, les logiques de peuplement, les manières d'habiter ou encore les sociabilités urbaines, Yves Grafmeyer est une figure marquante de la sociologie urbaine française des quarante dernières années. Sociologue de la vie urbaine, plus que sociologue de la ville (ou de l'urbain), il est aussi plus large- ment et avant tout un grand sociologue, qui a joué un rôle très important dans la promotion de la discipline en France, dans la structuration et l'animation de la recherche en sciences sociales et dans la formation de plusieurs générations de chercheurs.
    Ce livre qui lui est consacré présente, sous la forme d'entretiens, son parcours, ses travaux et les notions-clés de son oeuvre sociologique, ainsi qu'une sélection de textes particulièrement significatifs de sa production. Il intéressera à la fois les chercheurs et étudiants en sociologie, et plus généralement tous les curieux des questions urbaines.

  • Peut-on se taire quand il y a urgence ? la réponse à cette question est certes morale ou politique.
    Mais, dans la conférence qu'il a prononcée à lyon le 11 février 1999 et qui constitue l'essentiel de cet ouvrage, pierre bourdieu y répond avant tout en sociologue. centrés sur " le champ politique ", ses propos disent tour à tour ce que signifie cette notion et ce qu'elle permet de penser, les conditions de la domination politique et ce qui fait le silence de beaucoup, mais aussi ce que pourrait faire la force critique de la science.

    Les travaux de recherche qui ont fondé sociologiquement cette réponse sont évoqués par philippe fritsch dans une introduction où il montre leurs développements successifs et en interroge la problématique, à la fois dans sa continuité et dans sa diversité. ils le sont encore dans la transcription de l'entretien que, ce même jour, pierre bourdieu avait accordé sur la question des rapports entre les sciences sociales et la politique.
    Ils le sont enfin directement par quatre textes inédits qui expriment la constance d'une préoccupation et la variété de son énonciation.

  • S'inscrivant dans la droite ligne d'illustres précurseurs de la microhistoire tels qu'Alain Corbin et Giovanni Levi, Olivier Faure réussit le tour de force de tracer l'étonnant parcours d'un inconnu, modeste officier de santé dans la région de Tarare (non loin de Lyon) au début du XIXe siècle. Issu d'un milieu modeste du Jura et sans culture, Jean-Pierre Françon, épicier et dentiste ambulant, n'avait en effet rien pour réussir. Néanmoins, marié à la fille d'une puissante famille, il se mit à pratiquer avec succès la médecine sans l'avoir étudiée. Condamné pour exercice illégal, il obtint un diplôme par des manoeuvres dilatoires et reçut même une autorisation ministérielle pour exercer dans les Monts de Tarare où son diplôme n'était pas valable. Bien que critiqué par les docteurs du lieu, il sut séduire une clientèle nombreuse et fidèle qui lui permit d'atteindre les frontières de la richesse (20 000 francs à sa mort précoce, à 51 ans) et de la notabilité (il fut deux fois conseiller municipal et chirurgien de la Garde nationale). Plus qu'un simple récit factuel, cet ouvrage qui se lit comme un roman du XIXe siècle nous fait rentrer dans les arcanes d'un parcours à la fois banal et exceptionnel.

  • L'ouvrage d'Amélie Gregório offre un point de vue inédit sur la thématique de la colonisation à travers le prisme du théâtre populaire. L'auteure a choisi de centrer son étude sur la représentation de « l'Arabe » et sur la colonisation de l'Afrique du Nord - plus particulièrement de l'Algérie -, de par l'importance de l'expansion coloniale au Maghreb comme enjeu politique dans la société française du XIXe et du début du XXe siècle.
    Cet ouvrage novateur repose sur une logique de (re)découverte d'oeuvres oubliées du théâtre populaire en relation avec le processus colonial au cours d'un siècle (1830-1931). On apprendra que ce type de théâtre, non « officiel », a constitué l'un des principaux vecteurs culturels de l'esprit colonial et a fortement contribué à imposer la conquête et l'idée d'empire dans les mentalités. Mais dans quelle mesure exacte a-t-il été un acteur culturel de cette politique d'expansion et de domination ? Avec quelle fréquence, quelles inflexions ? Quelles idées a-t-il diffusé ? Quelles représentations de l'« Arabe » a-t-il véhiculé ? A-t-il été aussi le lieu d'une prise de distance, voire d'une contestation de la colonisation ? Autant de questions passionnantes pour qui s'intéresse au rôle social du théâtre comme à l'histoire de la colonisation.

  • Avec une préface de Michel Wieviorka, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Dès les années 1960, les mobilisations homosexuelles ont acquis une visibilité considérable, au point que l'une de leurs principales revendications, l'ouverture du mariage aux couples de même sexe, a enfin été satisfaite dans plusieurs pays. Ce qui ne signifie pas pour autant la pleine reconnaissance des droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres.
    Mais qu'en est-il aujourd'hui du coeur des revendications initiales - la sexualité - dans le mouvement LGBT ? Aux Etats-Unis, depuis les années 1990, la reconnaissance politique des questions portées par les militant.e.s s'est traduite par une professionnalisation du mouvement et non par une mobilisation plus forte de la base. Et l'institutionnalisation de la militance LGBT a coïncidé avec la disparition de la revendication sexuelle.
    L'étude des dynamiques de mobilisation et de démobilisation proposée ici montre que la place plus ou moins importante de la sexualité dans les objectifs et les formes d'action joue un rôle déterminant dans l'implication des acteurs sociaux.

  • D'une réflexion sur la matière et l'énergie générées par la musique émergent les notions de foisonnement et de prolifération. L'une et l'autre sous-entendent une matière dense, animée d'une énergie qui peut prendre des orientations différentes. Celles-ci sont évoquées au sein des trois grandes parties qui composent cet ouvrage, entrecoupées d'interludes (propres à la collection « Mélotonia ») donnant la parole à des musiciens et compositeurs.
    En premier lieu sont dépeints des répertoires où les canons et polyphonies foisonnent, à l'imitation des arabesques végétales et picturales, à l'instar des compositions de Jean-Sébastien Bach ou du compositeur marocain Ahmed Essyad. Puis c'est l'inscription du foisonnement au plus profond du geste compositionnel et interprétatif qui est étudié, dans les premières oeuvres d'Alban Berg, dans le champ jazzistique ou dans le travail musical du cinéaste Jean Grémillon. Suivent quelques études sur les foisonnements intertextuels, qui nous font voyager de la littérature (avec le mythe de Faust) aux arts visuels, en passant par les Fantaisies de Liszt. Un ouvrage d'une très grande richesse donc, en un mot foisonnant.

  • Invisibles, niées ou condamnées, les amours clandestines durables n'en sont pas moins bien présentes dans la vie sociale. Elles sont le quotidien de nombreux hommes et femmes en couple hétérosexuel ; elles occupent des esprits, des coeurs, des agendas et des hôtels. Ce livre invite à explorer ces « jardins secrets » à partir de l'analyse d'une trentaine de récits de vie et d'un corpus de témoignages recueillis sur Internet, traités sous l'angle de la sociologie du genre et des socialisations.
    L'auteure montre que l'extraconjugalité durable se caractérise par la transgression de deux normes fondamentales du couple contemporain :
    La norme de véracité et l'égalité des sexes. Elle propose enfin des clefs pour la compréhension de ces liaisons, à la fois fascinantes et dérangeantes, et plus largement de l'amour et de la sexualité des couples hétérosexuels.

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