Rue D'ulm

  • Rien dans les 17 règles « conservées » par l'IFAB (International Football Association Board) depuis 1882 ne dit que les femmes ne peuvent pas jouer au football. Certaines sources documentent très tôt le premier match de football féminin, en 1881 à Édimbourg entre une sélection anglaise et une sélection écossaise. Pourtant l'histoire des femmes et du football est loin d'avoir été un long fleuve tranquille : s'il a eu ses heures de gloire après la Première Guerre mondiale, le football féminin est retombé dans l'anonymat jusqu'aux milieux des années 1960 avant de devenir aujourd'hui l'objet de beaucoup d'intérêts, non seulement sportifs, mais aussi politiques et économiques.
    Au-delà de son succès populaire dans les stades et à la télévision, la dernière Coupe du monde en France en 2019 a peut-être été un tournant dans l'histoire du football féminin. Pour l'instant, comparé à son homologue masculin, ce football demeure une toute petite « affaire » et il est sans doute trop tôt pour évaluer l'héritage économique de ce tournoi mondial. Cette étude vise à fournir des outils d'analyses et des données statistiques permettant de mieux comprendre l'écosystème du football féminin actuel et notamment d'éclairer la question du niveau de rémunération des footballeuses qui a fait polémique dans les médias.

  • Depuis le début des années 2000, l'expression de « déserts médicaux », régulièrement utilisée par les médias et nos gouvernements successifs, décrit des situations où les populations font face à des difficultés d'accès aux soins (délai d'attente pour un rendez-vous, nombre insuffisant de médecins traitants disponibles...). Ces situations sont la conséquence, notamment, d'une raréfaction globale de l'offre de soins, plus marquée chez les médecins généralistes.

  • Les Français sont-ils vraiment particulièrement défiants ? Le cas échéant, envers qui ?
    Depuis combien de temps ? Quelles seraient les causes de leur défiance ? Et comment en mesurer ses conséquences sur la croissance économique, sur le chômage, sur l'emploi, sur les difficultés à réformer notre modèle social ?
    Cet opuscule constamment cité, best-seller de la collection depuis sa première parution en 2007, et plus que jamais d'actualité, contribue à répondre à ces questions en auscultant un mal français bien réel à la lumière de riches bases de données concernant les attitudes sociales et les comportements de plusieurs dizaines de milliers d'individus vivant dans une trentaine de pays.
    L'ouvrage a reçu le Prix du meilleur livre d'économie en 2008.
    />

  • L'évasion fiscale est un sujet qui se dérobe aux outils de l'analyse économique traditionnelle. D'une part, comme toute activité illégale, l'évasion fiscale échappe à l'observation du chercheur en même temps qu'elle se dissimule aux autorités : l'analyse empirique de son ampleur, de ses déterminants et de la manière dont différents dispositifs l'affectent est nécessairement très limitée. D'autre part, sur le plan théorique, l'application simple du calcul coût-bénéfice auquel est supposé se livrer le contribuable « rationnel » conduit à un paradoxe : contrairement à une idée largement répandue, les bénéfices de l'évasion fiscale sont tellement élevés, et le risque de sanction est tellement faible, que l'on peut s'étonner qu'elle soit aussi peu pratiquée dans l'ensemble des économies développées. Plutôt que l'évasion fiscale, c'est donc la « soumission fiscale » qui en constitue le pendant, la disposition à payer l'impôt, qu'il convient d'expliquer pour en comprendre les déterminants.
    Le double défi que posent les décisions d'évasion fiscale à l'analyse économique n'a pu être relevé que très récemment, grâce à l'émergence, au cours des vingt dernières années, d'une nouvelle approche, l'économie comportementale, qui s'appuie sur la psychologie pour mieux comprendre les comportements économiques ; et, conjointement, d'une nouvelle méthode,

  • Dans cet essai inédit en français qui est devenu un classique sur la question du traduire, Folena fait dialoguer avec les grands théoriciens de notre temps nombre d'auteurs anciens (d'Aristote à Cicéron et Jérôme, de Marie de France à B. Latini, Boccace ou L. Bruni...), sans négliger les avancées théoriques de Dante. Comment se définissait l'exercice de la traduction médiévale et humaniste ? Quels étaient ses critères ? Que visait la transposition d'une langue à l'autre ? Facteur crucial de la diffusion de la culture et de l'expérience religieuse et littéraire entre le XIIIe et le XVe siècle, la traduction s'affirme peu à peu, à travers les néologismes traducere ou tradurre, comme une pratique artistique autonome, affranchie de l'autorité des langues sources, ouverte aux échanges entre langues voisines - une nouvelle herméneutique.

  • Avec l'ouverture des économies et le développement des échanges internationaux croissent les craintes des consommateurs de voir arriver sur le marché national des produits de piètre qualité et potentiellement dangereux pour la santé humaine ou l'environnement. Afin d'assurer un niveau de sécurité adéquat, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) autorise les pays à mettre en oeuvre différentes normes sanitaires et techniques. Sur le principe, ces normes ne doivent pas être protectionnistes, néanmoins, certains décideurs publics peuvent être tentés de les utiliser pour protéger les producteurs domestiques de la concurrence étrangère.
    Quel est l'effet réel de ces normes sur le bien-être des consommateurs et sur les flux de commerce entre pays ? Leurs définitions et applications sont-elles influencées par certains groupes de pression pour leur propre profit ?
    À partir des résultats de recherches menées depuis près de deux décennies, l'auteure propose plusieurs pistes d'action, tant pour une meilleure coordination des réglementations entre les pays que pour une meilleure insertion des pays en développement dans la politique réglementaire internationale.
    Cette étude pourra intéresser

  • Au cours des années 1990, on a assisté à l´apparition de nouveaux instruments dans le domaine de l´action publique en matière de pollution (indice de la qualité de l´air, plans régionaux...) et à l´émergence de controverses sur les effets sanitaires des

  • Le thème de l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes est un vrai serpent de mer :
    Chaque année, aux alentours du 8 mars (la « Journée de la femme »), est dénoncée l'inégalité persistante entre les hommes et les femmes sur le marché du travail ; le discours se concentre sur le contenu à donner au terme d'« égalité » ; parfois, une loi est votée. Puis rien ne semble beaucoup évoluer, jusqu'au 8 mars suivant.
    Cet opuscule commence par retracer les progrès accomplis en matière d'égalité hommes/femmes dans les dernières décennies. Pourtant, alors que désormais les femmes sont plus éduquées que les hommes, les inégalités professionnelles demeurent marquées. L'analyse de leurs déterminants et des politiques publiques - notamment des expériences étrangères - montre que pour résorber des inégalités de salaire persistantes, il faudra mettre en place des politiques de longue haleine. Elles seules pourront avoir des effets durables, en affectant les comportements individuels et les normes sociales.

  • Malgré les multiples politiques conduites depuis près de trente ans pour venir en aide aux habitants des ghettos urbains que sont devenues certaines banlieues françaises, la situation y demeure extrêmement difficile. Pauvreté, chômage, échec scolaire, faible accès aux soins, violence : comment enrayer la spirale négative dans laquelle sont entraînés les quartiers dits « prioritaires » ?
    Les évaluations dont nous disposons concordent pour montrer que plusieurs « politiques zonées » emblématiques n'ont pas obtenu les résultats escomptés, en particulier les zones franches urbaines (ZFU), basées sur des allègements de charges et d'impôts offerts par les pouvoirs publics aux entreprises localisées dans les quartiers « prioritaires ». L'évaluation de dispositifs similaires mis en oeuvre aux États-Unis ou au Royaume-Uni conforte cette conclusion. La surreprésentation de populations fragiles amplifie les handicaps sociaux dont souffrent les habitants de ces quartiers, rendant ces politiques souvent inopérantes.
    Cette situation appelle des politiques plus radicales, combinant mixité sociale, mixité scolaire et accompagnement individualisé : discrimination positive sur le marché du travail, « emplois francs », pénalités renforcées pour les communes qui ne respectent pas la part de logements sociaux prévue par la loi ou encore dispositifs de busing inspirés des États-Unis. Autant de politiques qui pourraient utilement venir compléter la boîte à outils du gouvernement.

  • La France a subi un changement structurel rapide au cours des trois dernières décennies. Elle n'est plus seulement spécialisée dans quelques domaines du secteur manufacturier mais s'est désormais tournée vers celui des services : recherche et développement, activités de commerce ou du secteur financier. Ces changements sont profonds et n'apparaissent pas neutres au regard de la structure de l'emploi et de la distribution des salaires.
    Les auteurs se livrent à une analyse détaillée de l'évolution de l'emploi en France depuis 1994. Ils montrent que le marché du travail, en accroissant la proportion des emplois à bas et haut salaire au détriment des emplois intermédiaires, s'est fortement polarisé et que la crise de 2008 a exacerbé ce phénomène. Quelle est l'importance de la polarisation de l'emploi sur les inégalités de salaire ? Quelles sont les forces à l'oeuvre ? On trouvera ici des pistes de réflexion originales sur le devenir de l'emploi et les politiques publiques à emprunter pour contrecarrer les effets négatifs de ces changements majeurs.


  • en afrique, au sud du sahara, les différentes strates de l'histoire longue se sont accumulées pour faire de cette région celle oú les inégalités de ressources et de conditions d'existence sont les plus élevées du monde.
    dans les deux dernières décennies, la faillite des institutions extractives héritées de la colonisation, puis la vague de démocratisation ont contraint les nations africaines à affronter ces inégalités. la fragmentation de l'espace et le dualisme des sociétés ont conduit à une ethnicisation clientéliste du jeu politique et aux conflits que l'on observe aujourd'hui.
    étudiant l'histoire de la construction de ces inégalités et plusieurs exemples contemporains, d.
    cogneau souligne le poids de l'héritage inégalitaire, tout en montrant qu'il ne constitue pas une fatalité.

  • Depuis le milieu du xxe siècle, les pays développés connaissent une augmentation continue des dépenses de santé et un formidable accroissement de la longévité.
    Quel est le tien entre ces deux évolutions ? contrairement à une opinion répandue, te vieillissement ne joue qu'un rôle mineur dans la croissance des dépenses de santé. celle-ci résulte principalement de la dynamique du progrès médical : de nouveaux produits et de nouvelles procédures apparaissent continuellement, dont la diffusion alimente la consommation de soins. ces dépenses sont-elles justifiées ? doivent-elles continuer à progresser ? brigitte dormont montre que leur croissance soutenue peut correspondre à un optimum collectif.
    Certes, le coût des soins augmente rapidement, mais leur efficacité aussi. une augmentation de la longévité, une baisse des handicaps et une amélioration de la qualité de la vie sont obtenues en contrepartie des dépenses de santé. et la valeur de ces gains en bien-être dépasse largement le coût des soins.

  • Les réformes introduites en Russie dans les années 1990 n'ont pas seulement porté sur une libéralisation économique et politique. Pays ultracentralisé, la Russie a alors adopté une structure fédérale décentralisée. Cette expérience de décentralisation menée sous Eltsine est considérée comme l'un des facteurs de l'effondrement économique russe. Après 1999, l'ère Poutine a au contraire été marquée par une forte recentralisation. Revenant sur les raisons de l'échec de la décentralisation russe, et s'appuyant sur l'exemple d'autres pays où le fédéralisme s'est développé avec un certain succès (Mexique, Chine), E. Zhuravskaya montre que la centralisation actuelle est également néfaste pour la Russie. L'hétérogénéité de ce pays continent appelle à un fédéralisme qui conserverait une centralisation politique tout en garantissant à tous les niveaux (local, régional et fédéral) des élections libres dans un contexte véritablement démocratique.

  • Les filles constituent quasiment la moitié des bacheliers scientifiques et réussissent mieux à cet examen que les garçons. Pourtant les grandes écoles d'ingénieurs - qui représentent plus que jamais la voie d'accès aux positions de pouvoir - demeurent aujourd'hui des bastions masculins. C'est cette énigme apparente qu'il s'agit de résoudre : comment rendre compte de cette « disparition » des filles ? Où sont-elles passées ?

  • En France comme dans la plupart des pays européens, la croissance de la productivité du travail a ralenti depuis 2008, et cette tendance semble désormais toucher aussi les États-Unis. Les explications souvent avancées apparaissent insuffisantes, qu'elles insistent sur les problèmes de mesure liés aux « investissements intangibles », sur l'atonie durable de la demande en Europe ou encore sur la nature du progrès technique, qui induirait des gains de productivité durablement faibles.
    Cet opuscule explore une autre dimension : les ajustements de l'emploi. Du maintien de l'emploi des diplômés au développement de l'autoentrepreneuriat, ils contribuent massivement au ralentissement de la productivité, notamment en période de récession. Au-delà de cette phase, les auteurs mettent en débat la stratégie de lutte contre le chômage par la baisse du coût du travail et la flexibilité, qui peut conduire non seulement à dégrader la qualité de l'emploi, mais également à affaiblir la dynamique de la productivité.

  • Comparés aux Anglo-Saxons, les riches Français donnent peu. En moyenne, les dons du top 10% des contribuables français les plus riches oscillent entre 0,2% et 0,4 % de leur revenu. C'est huit à dix fois moins que les riches Américains, cinq fois moins que les Canadiens. Quel est donc le secret de ce charitybusiness ? La France devrait-elle s'en inspirer ? Exploitant des données fiscales inédites, les auteurs documentent ici pour la première fois l'ampleur des différences de philanthropie entre les contribuables les plus riches de par le monde et en analysent les causes.
    Leur enquête permet d'anéantir nombre d'idées reçues : non, l'incroyable niveau de philanthropie des riches Américains n'est ni le résultat de leur faible niveau d'imposition, ni une conséquence mécanique de la forte croissance des inégalités dans les pays anglo-saxons, encore moins une question d'incitations fiscales : celles-ci sont aujourd'hui plus élevées en France que partout ailleurs ! En dessinant les mérites et les failles du charity business anglo-saxon, ce livre permet de mieux définir le délicat rôle de la puissance publique dans l'organisation et dans la structuration du secteur à but non lucratif.

  • La question de l'immigration fait partie des grands débats publics de la France d'aujourd'hui. Ce débat est d'autant plus vif qu'il a été ranimé, d'une part, par la « crise des migrants » que connaît actuellement l'Europe et, d'autre part, par les attentats qui ont récemment endeuillé notre pays. Si la question de l'immigration se pose avant tout en termes d'identité et de sécurité, sa dimension économique n'est pas à négliger : elle conditionne les perspectives d'intégration des immigrés présents sur le territoire national, ainsi que les degrés d'ouverture ou de fermeture auxquels seront confrontés les immigrants de demain.
    Le constat que fait ce livre est le suivant. Depuis la fin des Trente Glorieuses, et malgré sa tradition d'asile et d'accueil, la France a voulu réduire une immigration qu'elle a perçue comme un « problème » ; ce faisant, elle a accueilli une proportion d'immigrants non qualifiés plus forte que les autres pays ; les à priori négatifs des Français vis-à-vis de l'immigration s'en sont trouvés renforcés, et leurs attentes à l'égard de politiques d'immigration restrictives, renforcées. La France s'est ainsi enfermée dans un cercle vicieux : faible taille, faible qualification et faible diversité de son immigration l'empêchent de tirer parti des bénéfices économiques qu'une immigration plus importante, mieux sélectionnée sur la base de l'éducation et des qualifications, et originaire d'un champ géographique plus large et plus varié que l'ancien champ colonial, pourrait lui apporter.
    Il faut donc repenser l'immigration comme une contribution positive, comprendre les atouts qu'elle représente en matière de diversité, d'innovation et d'insertion dans l'économie globale, et suivre des pistes de réformes inspirées des expériences de pays disposant d'une immigration à la fois plus large sur le plan quantitatif, plus qualifiée et plus diversifiée... et plus consensuelle.

  • Première publication issue de l'Observatoire du bien-être du Cepremap, ce livre esquisse un tableau du bonheur dans la France actuelle, à l'aide de plusieurs enquêtes françaises et internationales. Ce portrait fait apparaître plusieurs paradoxes. Le premier est un mal-être spécifique à la France qui se révèle particulièrement inquiète quant à son destin collectif. À ce malheur collectif s'oppose un bonheur privé. Enfin, le mal-être et le pessimisme français concernent avant tout les questions économiques. Une nouvelle exception française se fait jour :
    C'est en France que l'association statistique entre bonheur et argent est la plus forte. Bien plus qu'ailleurs en Europe, le revenu influence non seulement le bonheur, mais aussi la confiance dans les autres et dans les institutions.
    Ces traits qui traversent la société française ont une contrepartie dans les opinions politiques. Ils nourrissent notamment la montée de l'extrême droite qui attire les plus insatisfaits et les plus pessimistes. C'est sur cette toile de fond que se sont jouées les dernières élections présidentielles, où les intentions de vote traduisaient clairement le degré de pessimisme ou d'optimisme des électeurs. Le mouvement d'Emmanuel Macron a explicitement voulu incarner la promesse d'un choc politique. Les statistiques font effectivement apparaître un sursaut d'optimisme au mois de juin 2017 chez l'ensemble des Français, témoignant de la possibilité d'inverser cette culture française du pessimisme.

  • La démocratie n'est plus une évidence. Dans de nombreux pays développés, ses dysfonctionnements sont tels qu'ils remettent parfois en cause le principe démocratique lui-même (le « pouvoir du peuple ») ou certaines idées qui en dérivent, comme la représentation.
    Ce livre montre pourquoi et comment il est possible d'améliorer le fonctionnement de notre démocratie sur, au moins, un point spécifique : la technique de vote. L'élection au suffrage universel est un moment crucial pour la démocratie, or il existe des manières différentes de voter, qui portent des symboliques différentes et qui ont des conséquences différentes. Demande-t-on à l'électeur derrière quel candidat il se range, ou bien lui demande-t-on son avis sur chacun ? Favorise-t-on les candidats consensuels ou exclusifs ? Encourage-t-on le regroupement ou l'émiettement des partis ?
    Le lecteur trouvera ici une synthèse des connaissances à propos des votes « par évaluation », dont la caractéristique commune est de recueillir l'opinion de chaque électeur sur chaque candidat. Cette synthèse repose, d'un côté, sur la théorie du choix social et, de l'autre, sur de nombreuses expériences réalisées en collaboration avec le public, dans les bureaux de vote, en ligne ou en laboratoire. On y voit que certaines méthodes envisagées sont plus satisfaisantes, pour beaucoup d'électeurs, que les systèmes actuels, qu'elles pourraient être utilisées en pratique et qu'elles tendraient sans doute à favoriser les candidats consensuels.
    En s'interrogeant sur ce que pourrait être notre démocratie, ce livre nous parle aussi de ce qu'elle est actuellement, de ses petits défauts comme de ses failles plus profondes. Il apporte un éclairage original sur un objet du débat citoyen, et constitue une source d'information et de réflexion pour toute personne intéressée par l'art difficile de la décision collective.

  • Le commerce international n'est pas toujours un facteur de pacification des relations entre Les pays.
    Certes, si deux pays commercent davantage de manière bilatérale, ils sont plus fortement incités à résoudre pacifiquement le conflit qui peut les opposer. Mais s'ils commercent davantage avec le reste du monde, la diversification des partenaires agit comme une assurance contre les coûts économiques d'un conflit militaire, et elle peut en augmenter La probabilité. La mondialisation, en affaiblissant les dépendances économiques locales, a donc une influence ambiguë sur la paix.
    Etudiant l'équilibre entre commerce régional et multilatéral et le rôle des accords commerciaux, les auteurs montrent comment l'architecture des échanges internationaux, si elle est structurée de manière cohérente, permet de réduire la conflictualité. Cette réflexion est illustrée par quelques cas concrets (Turquie-Grèce et Inde-Pakistan).

  • L'imaginaire « orientaliste » a fait de l'Inde le pays de la mystique et de la tradition. Le système de caste, pensé comme millénaire et immuable, est l'une des caractéristiques indiennes les plus fortement associées à cette idée. Ce point de vue offrait une interprétation facile à l'atonie de la croissance indienne entre les années 1950 et la fin des années 1970 : on a même parlé d'un taux de croissance « hindou ».
    Mais depuis le début des années 1980, la croissance économique indienne s'est accélérée brusquement, le sous-continent acquérant en l'espace de trois décennies le statut de puissance économique de premier plan, en pointe dans de nombreuses industries.
    L'Inde « éternelle » s'est donc révélée pleinement capable d'entrer dans la modernité, sans que le système de caste disparaisse pour autant. Aujourd'hui encore, la caste joue un rôle central dans la vie quotidienne de millions d'Indiens, influant à la fois sur leurs choix les plus intimes et sur leur environnement socioéconomique, souvent de façon violente.
    Si l'Inde est en train de s'extraire de la pauvreté pour entrer de plain-pied dans la « modernité », comment comprendre qu'une institution aussi ancienne que le système de caste perdure, voire se renforce ? C'est cet apparent paradoxe que cet opuscule cherche à comprendre et à mesurer à partir de sources quantitatives réunies ici pour la première fois. Car la caste, qui est aujourd'hui présente partout, sauf dans les statistiques officielles, est loin d'être un anachronisme : en phase avec l'évolution du sous-continent, elle a su s'adapter, comme elle avait su s'adapter dans le passé à d'autres transformations.

  • Concernant les seniors, le système français continue d´entretenir l´inactivité plutôt que l´emploi. Si les préretraites publiques ont peu à peu disparu depuis dix ans, la majorité des entreprises choisissent aujourd´hui encore d´ajuster leurs effectifs à la baisse par le départ des seniors. Et cette volonté ne rencontre guère de résistance chez les intéressés, dans la mesure où un système d´assurance chômage spécifique leur permet d´attendre la retraite dans des conditions acceptables.
    Nous proposons une réforme qui, en rendant plus difficile l´accès à la retraite via le chômage indemnisé, permettrait de limiter les sorties consensuelles de l´emploi par une combinaison optimale entre assurance et incitations en fin de carrière. Il faudrait compléter ce dispositif par une taxe spécifique pénalisant les entreprises qui continueront de licencier des seniors.

  • Le salaire est une composante essentielle du niveau de vie. Son montant présente pour l'immense majorité des travailleurs un enjeu considérable. Comment les différents salariés perçoivent-ils à la fois le salaire qu'ils touchent et les écarts qui le séparent de celui des autres ? Portant sur les modalités subjectives de la perception des salaires ainsi que sur les critères de justice auxquels se réfèrent les individus pour évaluer leur montant, les deux grandes enquêtes dont est issu cet ouvrage mettent au jour les relations que les travailleurs entretiennent avec leur salaire ainsi que le sens qu'ils attribuent à leur rémunération. Un même questionnaire, l'enquête « SalSa » (« les salaires vus par les salariés »), a été administré à un échantillon de salariés des entreprises, privées et publiques, d'un côté, et à un échantillon de salariés de la fonction publique de l'autre.
    Il ressort de ces enquêtes que, du point de vue des salariés, le salaire ne se réduit jamais à une simple somme d'argent destinée à satisfaire des besoins. C'est aussi une façon de mesurer la valeur du travail accompli, sa reconnaissance par la société et donc la valeur de la personne ellemême, en soi mais aussi en relation avec les autres. C'est pourquoi la façon dont les individus connaissent, appréhendent et jugent leur rémunération et celle des autres est un élément essentiel pour comprendre les procédures de détermination et donc de négociation des salaires, mais aussi le sens que les individus attribuent à leur travail.

empty