Editeur Globe

  • 11 septembre 1844, apparition. Heyum Lehmann arrive de Rimpar, Bavière, à New York. Il a perdu 8 kilos en 45 jours de traversée. Il fait venir ses deux frères pour travailler avec lui. 15 septembre 2008, disparition. La banque Lehman Brothers fait faillite. Elle a vendu au monde coton, charbon, café, acier, pétrole, armes, tabac, télévisions, ordinateurs et illusions, pendant plus de 150 ans. Comment passe-t-on du sens du commerce à l'insensé de la finance ? Comment des pères inventent-ils un métier qu'aucun enfant ne peut comprendre ni rêver d'exercer ? Grandeur et décadence, les Heureux et les Damnés, comment raconter ce qui est arrivé ? Non seulement par les chiffres, mais par l'esprit et la lettre ? Par le récit détaillé de l'épopée familiale, économique et biblique. Par la répétition poétique, par la litanie prophétique, par l'humour toujours. Par une histoire de l'Amérique, au galop comme un cheval fou dans les crises et les guerres fratricides. Comment prendre la suite de Yehouda Ben Tema qui écrivit dans les Maximes des Pères : « Tu auras cinquante années pour devenir sage. Tu en auras soixante pour devenir savant » ? Nous avons 1207 pages et 30 000 vers pour devenir instruits, circonspects, édifiés. Groggy. Public Adulte.

  • Ordinary people

    Diana Evans

    Troisième roman de Diana Evans, Ordinary People décrit, à travers deux couples quarantenaires les failles et les errances d'hommes et de femmes issus d'une classe moyenne auxquels le pouvoir d'achat en baisse offre peu de perspectives. L'auteure anglaise plonge le lecteur dans la vie intime et domestique de deux cocons familiaux au bord de la rupture, celui de Michael et Melissa, rencontrés il y a plus de dix ans, parents de deux enfants, et de Damian et Stéphanie, mariés depuis bientôt quinze ans, trois enfants. Que devient le couple face aux ambitions personnelles et professionnelles déçues ? Aux longs trajets pendulaires ? À l'argent qui manque toujours un peu ? Diana Evans se fait l'observatrice de la vie conju­gale confrontée au capitalisme et à la crise, et décrit minutieusement la fragile architecture amoureuse.

  • L'histoire vraie, trouble et tortueuse d'une série de meurtres qui comptent parmi les plus mystérieux et les plus monstrueux de l'Histoire des États-Unis. Dans les années 1920, les hommes les plus riches au monde étaient Amérindiens, et appartenaient à la tribu des Osages. Une fois le pétrole découvert sous leurs terres, dans l'Oklahoma, ils se sont mis à rouler dans des automobiles conduites par des chauffeurs, se sont fait construire de belles demeures et ont envoyé leurs enfants étudier en Europe. Puis, un par un, les Osages ont commencé à disparaître dans d'étranges circonstances. Dans ce Wild West où se croisaient desperados et magnats du pétrole, ceux qui osaient enquêter sur cette tuerie étaient assassinés à leur tour... Le nombre de morts ne cessant d'augmenter, le FBI se saisit de l'affaire, et perça les mystères d'une gigantesque conspiration, mettant au jour une série de crimes aussi choquante qu'effrayante. Fondé sur des années de recherche, La Note américaine est un chef-d'oeuvre de narrative nonfiction : David Grann mène l'enquête, et chacune de ses découvertes amène son lot de surprises sinistres, de rebondissements et de secrets lourds à porter. Un livre percutant, d'une grande puissance, qui constitue un témoignage littéraire bouleversant. Public Adulte.

  • L'aube americaine Nouv.

    L'aube americaine

    Joy Harjo

    Avant le départ certains sont forcés d'assister à l'intrusion dans leurs maisons de colons armés de Bibles et de fusils. Parmi eux, l'ancêtre de Joy Harjo, Grand-père Monahwee, offre son portrait à l'un de ces gentlemen en le priant de le montrer à ses enfants et de leur raconter son histoire. Quant à moi, dit-il, je ne désire plus voir un seul visage blanc quand j'aurai franchi le Grand Fleuve et serai arrivé en Oklahoma.
    Il vivra presque centenaire et tiendra parole. Deux siècles plus tard, Joy Harjo décide de revenir sur ces terres par de vieilles pistes. Pour dire l'espérance sans taire la colère. Pour rendre justice à la souffrance sans négliger l'amour intact de la Nature et de tous ses habitants. Pour maintenir la mémoire vive sans entraver le repos des morts. Pour accomplir les rituels, pour réparer ce qui peut l'être, pour épargner aux enfants et petits-enfants les noeuds inextricables des regrets.
    Pour célébrer, en poète, les noces du deuil et de la paix de l'âme, de l'horreur et de l'aurore américaines.

  • L'étrange vallée

    Anna Wiener

    2013, l'an 37 après Steve Jobs. Facebook vient d'entrer en Bourse avec une valorisation de cent milliards de dollars, Apple va le faire bientôt pour dix fois plus. Les jeunes, brillants et fougueux, patrons de la Silicon Valley promettent au monde entier, pour son bien, rien de moins que l'ultime révolution, non sanglante. Une nouvelle façon de vivre, de commercer et de communiquer : plus vite, tout le temps, avec tous.

    Dans le vieux monde et dans ses vieux métiers, on s'ennuie ferme et surtout, on gagne petit. Alors, comme tant d'autres, Anna Wiener, vingt-cinq ans, quitte un emploi frustrant dans l'édition new-yorkaise et s'envole pour San Francisco et ses start-up spécialisées dans le Big Data. Elle plonge dans le monde merveilleux de l'hyper-productivité souriante, de l'efficacité extravagante et de l'immédiateté surréaliste, aux mains de jeunes gens qui jonglent avec les millions et le verbe disrupter. On aurait dû se méfier. En anglais, il veut dire détruire. Que faire ? Invoquer le mantra « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme » ? Mais qui a lu Rabelais ? Et, de toute façon, dans la Vallée, personne ne vous entend crier.

  • Nomadland

    Jessica Bruder

    Les mensonges et la folle cupidité des banquiers (autrement nommée « crise des subprimes ») les ont jetés à la rue. En 2008, ils ont perdu leur travail, leur maison, tout l'argent patiemment mis de côté pour leur retraite.
    Ils auraient pu rester sur place, à tourner en rond, en attendant des jours meilleurs. Ils ont préféré investir leurs derniers dollars et toute leur énergie dans l'aménagement d'un van, et les voilà partis. Ils sont devenus des migrants en étrange pays, dans leur pays lui-même, l'Amérique dont le rêve a tourné au cauchemar.
    Parfois, ils se reposent dans un paysage sublime ou se rassemblent pour un vide-greniers géant ou une nuit de fête dans le désert. Mais le plus souvent, ­ils foncent là où l'on embauche les seniors compétents et dociles : entrepôts Amazon, parcs d'attractions, campings... Parfois, ils s'y épuisent et s'y brisent.

  • Ses parents viennent de mourir dans un accident de voiture. Désireuse d'accomplir leur dernière volonté d'être enterrés dans leur village natal, Ruth Schwarz, jeune physicienne absorbée par le travail qu'elle mène pour rédiger sa thèse sur l'univers bloc et sous l'emprise d'amphétamines entreprend les démarches. Mais elle est bientôt confrontée à une série d'obstacles qu'on dirait surgis d'un cauchemar.
    Le village en question, Groß-Eiland ne figure sur aucune carte, personne ne le connaît, c'est comme s'il n'existait pas.

  • Imaginez un choeur polyphonique réunissant douze femmes dont un homme trans, âgées de 19 à 93 ans, presque toutes noires, chantant leur(s) expérience(s) britannique(s) dans une scénographie multipliant décors et points de vue de Newcastle à Cornwall en passant par Londres et dans une chronologie s'étendant du XXe siècle aux trébuchements d'un XXIe siècle remodelé par les mouve-ments #metoo et #Blacklivesmatter. Cela donne Fille, Femme, autre, un roman-fusion époustouflant où, comme le soutien-gorge en son temps, la ponctuation a été allègrement jetée par la fenêtre. Son auteure, Bernardine Evaristo, a raflé comme une tornade dans son passage tous les honneurs dont le Man Booker Prize 2019 devenant ainsi la première femme noire à recevoir le prestigieux prix. C'est l'histoire entremêlée d'Amma, Yazz, Dominique, Carole, Bummi , LaTisha, Shirley, Winsome, Penelope, Megan/Morgan, Hattie et Grace et d'autres encore. Chacune d'elles cherche un avenir, une maison, l'amour, une mère absente, un père perdu, une identité, un genre - il, elle, iel - une existence, et au passage, le bonheur. Toutes ont traversé l'espace et le temps - pour atterrir au coeur de l'Angleterre, carrefour historique des migrations et échouer aux confins éternellement figés des castes britanniques. Femmes invisibles dans la société anglaise, elles prennent corps et âmes sous la plume libre et libératrice d'une auteure, poète, dramaturge qui, avec ce huitième roman, signe une oeuvre d'une grande vitalité.

  • En l'espace de quatre ans, Jesmyn Ward qui, depuis Bois sauvage a fait de l' État du Mississippi son territoire, a assisté à la mort de cinq jeunes garçons qui lui étaient chers. Ces morts n'avaient à priori rien en commun, si ce n'est le spectre puissant et hors statistique de la pauvreté et du racisme qui conditionne l'avenir difficile des jeunes hommes issus de la communauté noire américaine. Les Moissons funèbres est un roman introspectif, âpre et mélancolique, sur la pauvreté dans le Sud profond des États-Unis.

  • Maid

    Stéphanie Land

    Il est arrivé qu'un écrivain devienne femme de ménage. Pour vivre de l'intérieur une condition sociale qui n'était pas la sienne, et pouvoir témoigner, dénoncer les conditions de travail indignes, les horaires inhumains, mettre sa plume au service de celles que personne n'écoute. Ce fut le cas de Florence Aubenas, et de Barbara Ehrenreich qui signe la préface de ce livre. Mais il arrive - plus rarement - que ce soit l'inverse. Qu'une femme de ménage devienne écrivain. Au début de ce récit, Stéphanie Land est seule et mère d'une petite fille de 2 ans et, pour (sur) vivre et leur procurer un toit, elle nettoie les maisons auxquelles elle s'amuse à donner des noms romanesques : la Maison du Clown, la Maison Porno, la Maison Triste, la Maison de la Femme qui Entasse... Elle explore ainsi le ventre de l'Amérique depuis sa classe moyenne supérieure à la réalité de ceux qui la servent. À la fin de son récit, sa fille a 7 ans et s'apprête à lui sauter au cou pour la féliciter : Stéphanie va recevoir son diplôme de création littéraire de l'Université de Missoula. Montana. Suivi en cours du soir à distance. Entre les deux, Stéphanie a briqué, balayé, frotté, rangé, et vu l'envers du décor de l'Amérique triomphante. Elle a aspiré la poussière chez les autres, et aspiré à devenir quelqu'un d'autre. Elle raconte.

  • L'écart

    Amy Liptrot

    L'Écart raconte la vie d'une femme, son combat contre l'alcool et la joie que procure la communion avec la nature écossaise des îles d'Orkney. Grande, fine, intrépide et avide de passion, elle vacille, tel un petit navire dans la tempête, elle hésite entre deux destins : Se laisser emporter vers le Sud, vers ce Londres qui brille, dans la nuit violente qui fait oublier le jour où l'on est trop seul, où tout est trop cher, où le travail manque. Ou se fracasser contre les falaises de l'île natale, dans cet archipel des Orcades battu des vents dont la vie rude lui semble vide et lui fait peur. Elle l'ignore encore mais il existe une troisième voie : écouter résonner l'appel qui la hante, qui vient toucher cette part d'elle assoiffée de grand large, de grand air, de grande beauté. Non pas rester mais revenir. Choisir. Troquer la bouteille assassine contre une thermos de café fort, troquer l'observation narquoise et éperdue de la faune des nuits de fêtes tristes pour la contemplation des étoiles et des nuages, et l'inventaire des derniers spécimens de râle des genêts, un oiseau nocturne comme elle, menacé comme elle, farouche comme elle. Sa voie s'appelle l'Écart. C'est l'humble nom d'une bande côtière où les animaux sauvages et domestiques peuvent se côtoyer loin des regards, où folâtrent des elfes ivres d'embruns. C'est le nom fier de son premier roman. Public Adulte.

  • Marié dès l'âge de dix-huit ans à une femme que sa communauté lui a choisie, Shulem Deen a longtemps mené une vie austère encadrée par les règles strictes des skver. Considérés comme trop extrêmes même par les plus fanatiques - les satmar, les belz, les loubavitch -, les skver font revivre les coutumes et les pratiques des premiers Juifs hassidiques et se tiennent à l'écart du monde extérieur. Seulement, un jour, Shulem s'est mis à douter. Dans ce récit passionnant, il raconte le long et douloureux processus d'émancipation qui a poussé sa communauté ultra-orthodoxe à l'exclure pour hérésie. Un parcours poignant qui, loin de tout règlement de comptes, offre une analyse fine des raisons conduisant des hommes et des femmes à quitter leur monde.

  • Hillbilly élégie

    J. D. Vance

    « On les appelle Hillbillies, Rednecks ou White Trash. Pour moi, ce sont mes voisins, mes amis, ma famille. » J.D. Vance. Dans ce récit à la fois personnel et politique, J.D Vance raconte son enfance violente et chaotique dans les Appalaches - cette immense région des États-Unis qui a vu l'industrie du charbon et la métallurgie péricliter - et décrit avec humanité et bienveillance la rude vie de ces « petits blancs » du Midwest que l'on dit xénophobes et qui ont voté pour Donald Trump. Roman autobiographique, roman d'un transfuge, Hillbilly élégie nous fait entendre la voix d'une classe désillusionnée et pose des questions essentielles : Comment peut-on avoir du travail et ne pas manger à sa faim dans le pays le plus riche du monde ? Comment l'Amérique démocrate, ouvrière et digne est-elle devenue républicaine, pauvre et pleine de rancune ?

  • Que sont devenus les rescapés et les survivants de Nagasaki?? Combien sont-ils encore?? Et surtout, qu'ont-ils à nous dire?? Longtemps, Reiko Kruk-Nishioka s'est tue. Aujourd'hui, après mûre réflexion, c'est par un récit romancé, écrit à hauteur d'enfant, agrémenté de dessins de sa plume, qu'elle a choisi de témoigner. Keiko, 10 ans, assiste depuis des mois, fascinée, au ballet des Libellules rouges de l'école d'avia-tion voisine. Un chant affirme « les femmes ne montent pas sur les avions » ? Qu'importe. Keiko sera pilote. En attendant, son coeur bat plus fort quand Koyama, son prince rouge à l'écharpe blanche, l'emmène voir les biplans de près, leurs hélices de bois, leurs ailes de toile peinte, puis lui offre un baptême de l'air improvisé. Mais c'est la guerre et bientôt, les avions pacifiques sont enrôlés pour partir à l'attaque. Tous les autres, plus solides, ont déjà été abattus. A fréquenter les pilotes, Keiko découvre leur peur, leurs doutes, leur soif de vivre, le fait qu'ils ne sont encore que des enfants dans un monde où les adultes mentent et se trompent systématiquement. Un jour, un peu avant midi, à 20 km de là, une bombe pas comme les autres tombe sur la ville de Nagasaki.

  • Aucune enquête, aucun chiffre, aucun reportage ne saura nous faire prendre en haine l'esclavage contemporain comme l'image des moignons maculés de sang d'Eddie, 17 ans, conduisant sa Subaru dans la scène d'ouverture, hallucinée, de ce roman. Il vient de s'évader de la ferme Delicious Foods, exploitation géante - et pas seulement agricole -, au coeur de la Louisiane où Darlene, sa mère, a été recrutée 6 ans plus tôt, comme d'autres toxicomanes. Productrice de fruits et légumes, Delicious Foods maltraite ses ouvriers et les maintient prisonniers au coeur de la Louisiane grâce à la triple contrainte de la terreur physique, d'un endettement perpétuel à l'entreprise et d'une addiction à la drogue qui leur est continuellement fournie. Abandonné à son sort, le tout jeune Eddie fera tout pour retrouver la trace de sa mère, la rejoindre et l'aider à se libérer de ce piège. Dans ce prodigieux roman qui a valu à Hannaham tous les honneurs Outre-Atlantique (Pen/Faulkner Prize - roman), trois voix se succèdent pour raconter la spirale infernale : une mère prisonnière, un fils révolté et puis... la drogue, pour une fois présentée sous son jour le plus troublant : elle est un bateleur, un séducteur, un amant jaloux.

  • Coupable

    Reginald Dwayne Betts

    Les livres lus en prison, le temps passé à ré?échir, la peur, la frustration, l'isolement éprouvés en incarcération, mais aussi son intelligence, son caractère, ses décisions, ses choix, le désir fou de devenir, après la centrale, celui qu'il était au fond, ont fait de lui un témoin. Dans cet homme nouveau cohabitent tous les Reginald : celui qui assume, celui qui regrette, celui qui est le même, celui qui est ressuscité?: « Et si c'est en prison que vont les hommes/noirs pour devenir Lazare (ou devenir Jonas). » Celui qui, devenu père, se demande comment dire la vérité sur la violence à ses enfants, et cela donne : « parce qu'est-ce que je dis à mes fils de ce que leurs mains pourraient bien faire, au cours de longues/discussions sur ce que font/les mains des hommes. Leurs mains, les miennes. » Celui qui, devenu avocat et juriste, expurge et caviarde des documents authentiques pour faire comprendre la mécanique judiciaire broyeuse d'âmes, et cela donne : « C'est la politique... d'emprisonner les gens... la pratique... d'emprisonner les indigents... la... pratique... de détenir les prisonniers... indéfiniment. » À sa sortie, Reginald était devenu celui qu'il était : un poète majeur.

  • Crazy brave

    Joy Harjo

    Crazy. Folle. Oui, elle doit être folle, cette enfant qui croit que les songes guérissent les maladies et les blessures, et qu'un esprit la guide. Folle, cette jeune fille de l'Oklahoma qui se lance à corps perdu dans le théâtre, la peinture, la poésie et la musique pour sortir de ses crises de panique. Folle à lier, cette Indienne qui ne se contente pas de ce qu'elle peut espérer de mieux : une vie de femme battue et de mère au foyer. Brave. Courageux. Oui, c'est courageux de ne tenir rigueur à aucun de ceux qui se sont escrimés à vous casser, à vous empêcher, à vous dénaturer. De répondre aux coups et aux brimades par un long chant inspiré. D'appliquer l'enseignement des Ancêtres selon lequel sagesse et compassion valent mieux que colère, honte et amertume. Crazy Brave. Oui, le parcours existentiel de Joy Harjo est d'une bravoure folle. Comme si les guerres indiennes n'étaient pas finies, elle a dû mener la sienne. Une guerre de beauté contre la violence. Une guerre d'amitié pour les ennemis. Et elle en sort victorieuse, debout, fière comme l'étaient ses ancêtres, pétrie de compassion pour le monde. Les terres volées aux Indiens existent dans un autre univers, un autre temps. Elle y danse, et chacun de ses pas les restaure.

  • Liao Yiwu fait parler les exclus, les marginaux et les oubliés de la Chine contemporaine?: trafiquant d'êtres humains, pleureur professionnel, embaumeur, migrant, survivant, promeneur de cadavres... Dans la Chine moderne et glorieuse, le mot diceng, qui signifie « les bas-fonds », a été rayé du vocabulaire. Les réformes du Président Mao et de ses successeurs ont aboli toutes les catégories honteuses de la population. Les marginaux, les mendiants, les truands, les lépreux, les proxénètes et les prostituées, les trafiquants d'êtres humains, les promeneurs de cadavres, les perceurs de coffres-forts, les adeptes de la secte hérétique Falun Gong, les experts du Feng shui, cette superstition d'un autre temps ? Ils n'existent plus. Pourtant, Liao Yiwu les a rencontrés. Tout au long des années 2000, au gré de ses séjours en prison, de ses errances dans la rue, de ses escapades et de ses petits boulots, il a sympathisé avec eux et il a recueilli leurs confidences, en poète. Le point commun de ces vingt-huit individus de tous horizons ? Ils ont tous été privés de liberté d'expression, réduits au silence, niés dans leur existence même. Enfin écoutés par une oreille attentive, ils se rattrapent en débordant de sincérité. Et ce foisonnant portrait de groupe, non content de rendre à chacun sa dignité perdue, dresse un tableau burlesque, spirituel et déchirant d'une autre Chine.

  • Fairyland

    Alysia Abbott

    En 1973, après la mort de sa femme, Steve Abbott, écrivain et militant homosexuel, déménage à San Francisco. Avec sa fille de deux ans, Alysia, il s'installe dans le quartier de Haight-Ashbury, le centre névralgique de la culture hippie. Là où Joan Baez a pris le micro dix ans plus tôt pour appeler à lutter contre la censure et en faveur de la liberté d'expression. Là où les représentants officiels de la Beat Generation - William Burroughs, Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Lawrence Ferlinghetti, Neal Cassidy - annoncèrent l'avènement de la révolution psychédélique.
    Steve Abbott découvre une ville en pleine effervescence dans laquelle la communauté gay se bat pour ses droits, il rejoint la scène littéraire de l'époque et fréquente cette génération de jeunes gens bien décidés à tout vivre, tout expérimenter. Commence pour le duo père-fille une vie de bohème, ponctuée de déménagements, de fêtes et de lectures de poésie a` l'arrière des librairies. Alysia Abbott revient sur les aventures de son enfance alors que le virus du sida ronge peu a` peu la ville.

  • 1989. La colère monte depuis des mois en Chine. Ce jour-là, le 4 juin, elle éclate. Des millions de citoyens se rassemblent dans les rues et sur la place Tian'anmen, pour réclamer davantage de démocratie et de justice. Le pouvoir répond par des balles, des baïonnettes et des chars d'assaut, et, aussitôt après, propose au peuple défait un nouvel opium : l'argent, à tout prix. Ce livre - qui évoque aussi la mémoire du meilleur ami de l'auteur, Liu Xiaobo, prix Nobel de la Paix 2010, mort en détention en 2017 -, est un recueil de témoignages de quelques-uns des " émeutiers " du 4-juin.
    Leur crime ? Ils ont écrit, photographié, décrit la réalité de ce jour-là. L'un est poète, l'autre, banquier, un troisième, étudiant, un quatrième a pissé sur un char à l'arrêt. Les qualifications ubuesco-kafkaïennes de leurs actes ? " Tromperie économique ", " récriminations réactionnaires furieuses ", " incitation à la propagande contre-révolutionnaire ". Leurs peines ? Tortures, brimades, persécutions, douze ans de bagne, ou seize ans, ou vingt ans.
    Et ensuite, après la sortie, une condamnation à rester des " parasites de la société " à vie, des marginaux définitifs. Trente ans plus tard, leurs bourreaux sont toujours au pouvoir.

  • Au moment où j'écris, je vis toujours dans cette porcherie qu'est la Chine, et je me languis de pouvoir nettoyer mon âme en profondeur. L'auteur de ces lignes, Liao Yiwu, signe le récit de quatre ans d'enfer dans les prisons chinoises. Sa faute : avoir écrit le poème Massacre à l'aube du jour où l'armée ouvrit le feu sur les étudiants de la place Tian'anmen. "En prison, dit-il, j'ai connu le vrai visage de la Chine." Le visage des truands et des marginaux, des victimes et des bourreaux, des condamnés à mort que l'on vide de leur sang avant de les exécuter...

  • Fils de Berlin

    Karolien Berkvens

    Où était Jakob Richter le 9 novembre 1989 ? À la maternité, au chevet de sa femme, Stéphanie, qui s'apprêtait à accoucher ? Ou sur le Mur de Berlin en train de s'écrouler ? Dans son souvenir, il se trouvait aux deux endroits à la fois, celui de la naissance et celui de la renaissance. Trente ans après, quoi qu'il en soit, son euphorie est retombée. Devenu membre du SPD, conseiller en urbanisme, Jakob doit naviguer entre les promoteurs immobiliers qui veulent faire de Berlin une vitrine pour riches et pour touristes, et les comités de riverains qui leur résistent. Fabian, lui, l'enfant de la chute du Mur, vient de rencontrer Isa, une activiste de la lutte contre le changement climatique, décidée à le sortir de sa torpeur et de son cynisme d'adolescent prolongé. Quant à Stéphanie, la mère, victime d'un accident en 2001, c'est du fond de son coma éveillé qu'elle assiste aux affrontements entre les deux hommes. Et Paula, la pimpante aide à domicile qui prend soin d'elle, et grâce à qui la famille tient debout tant bien que mal, vient d'annoncer qu'elle repart pour l'Italie... À travers l'histoire de cette famille atypique, éloquente, tonique, attachante, c'est le destin de Berlin qui se dessine. La ville blessée était unique au monde. Réparée, va-t-elle ressembler aux autres ? Comment vivre ensemble quand l'histoire commune ne suffit plus ? De quoi se parler quand on n'est pas d'accord sur l'essentiel ? Comment rester soi-même dans un décor bouleversé ?

  • Amit Chaudhuri - ou son double romanesque - retourne à Bombay, la ville où il a grandi, pour donner une lecture. Il s'attend, comme à chacun de ses séjours, à retrouver Ramu, son ami d'enfance, avec qui il aime tant sortir et dériver dans la ville. Seulement, après des années d'addiction, Ramu est en cure de désintoxication. Esseulé, Amit Chaudhuri, répond aux exigences de sa mère et de sa soeur qui le mènent notamment à l'hôtel Taj Mahal où a eu lieu la sanglante attaque terroriste en 2008. Construit comme un long plan séquence, Ami de ma jeunesse décrit avec précision et par touches impressionnistes le portrait mouvant d'une mégalopole frappée par la mondialisation puis frappée par les attentats terroristes de 2008. Il faut lire Ami de ma jeunesse comme on verrait un film neo-réaliste italien tant la réalité y est regardée sous toutes ses coutures.

  • L'auteure raconte son parcours et sa rébellion contre l'éducation musulmane sunnite qui lui a été imposée en Arabie Saoudite. Contrainte de porter le hijab à 9 ans et le niqab à 13 ans, elle découvre le monde par la biais d'Internet puis des livres et de la science. Menacée en raison de son engagement pour les droits de l'homme et de la femme, elle se résout à quitter son pays et sa famille.

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