Littérature générale

  • Comment la langue façonne-t-elle l'esprit d'une époque ?
    Tout au long du règne de Hitler, Victor Klemperer étudia les graves distorsions infligées à la langue allemande par le nazisme. Les enseignants seront désormais soumis à une « révision nationale et politique » -- comme les voitures, note-t-il en 1934. On parle désormais de « système » pour désigner le régime des années de Weimar, vilipendé en tant que régime parlementaire et démocratique « enjuivé ». Quant à l'adjectif « fanatique », il passe du registre péjoratif au registre laudatif ; le terme « libéral », lui, devient, à l'inverse, péjoratif, avant de disparaître tout à fait au profit de « libéraliste ». Klemperer assiste en fait à une sorte d'inversion sémantique généralisée, dont il note chaque manifestation dans son Journal. Il en tirera LTI, grand livre sur la manipulation de la langue par l'idéologie.
    La langue confisquée restitue sa démarche, ce geste critique qui aide à comprendre comment on adhère à un langage, quel qu'il soit. Car, comme l'écrit Klemperer, « on désigne l'esprit d'un temps par sa langue. » Elle est un révélateur, elle ne ment jamais : c'est elle, toujours, qui dit la vérité de son temps.
    Le lecteur croisera dans ces pages d'autres écrivains, ayant vécu et travaillé à de tout autres époques, en de tout autres lieux, et ayant affectionné, comme l'auteur de LTI, la forme du journal-essai, du carnet - des écrivains ayant tous pour point commun d'avoir écrit « en noir sur la page noire de la réalité ». Et qui nous aident comme lui, à travers leurs quêtes respectives de la vérité, à faire face à notre temps, ce temps de repli identitaire et de « post-vérité », un temps d'inquiétantes résurgences sémantiques aussi, où se voit brouillée la distinction essentielle du vrai et du faux.

  • Le nom de Musil (1880-1942) est rattaché à L'Homme sans qualités, ce grand roman faisant notamment le tableau de la disparition d'une civilisation. Mais Robert Musil n'est ni l'homme d'un seul livre, ni simplement le peintre du délitement d'un empire austro-hongrois auquel il donna le nom de Cacanie. La poétesse Ingeborg Bachmann rappela que l'auteur de L'Homme sans qualités avait voulu « faire bien plus qu'écrire un roman, bien plus que raconter l'histoire d'une Cacanie déclinante, et bien plus qu'élaborer une critique des idées de l'époque ». Musil pensait en effet que des possibilités d'accomplissement ignorées s'offraient à l'individu, et il chercha, à travers chacun de ses livres, à s'en approcher. Il y a une utopie intime musilienne, d'un grand potentiel subversif. Afin de la mettre à jour, cette biographie dresse le portrait d'un homme fascinant à maints égards, maître et serviteur de son ouvre jusqu'à l'oubli radical de soi ; elle restitue un itinéraire à cheval sur deux siècles, ainsi que la genèse et la création d'une ouvre qui fut écrite littéralement envers et contre tout, à une époque de catastrophes.

    En s'attachant à souligner l'extrême modernité de cette démarche (l'antidote parfait aux idéologies du déclin et au présentisme qui nous encombrent jusqu'à l'asphyxie), son humour terrible aussi, ce livre invite à découvrir un regard, une pensée, d'une acuité inouïe, qui se révèlent d'un précieux secours pour faire face à notre temps saturé de discours économiques et identitaires négateurs de toute idée d'accomplissement.

  • Par un matin de printemps, la conscience de Jeannot, dotée d'une autonomie inhabituelle, se découvre entourée d'une multitude de personnages, dont Mémoire, sa compagne fidèle. Tous ses efforts vont dès lors tendre à faire évoluer le personnage vers un éveil susceptible de lui assurer une pérennité véritable. Quelques discrètes fleurs de coucous s'avéreront être d'inattendus mais puissants auxiliaires. Une fois effacé un vieux traumatisme et résolu quelques oublis, leur discrète influence permettra-t-elle d'atteindre la permanence, de saisir l'essence du temps qui passe, puis de retrouver la trace d'une enfant rieuse ayant pour nom l'éternelle jeunesse ? Cette aventure familiale originale est l'occasion de confronter des points de vue différents, qui font émerger de la banalité du quotidien, une perception plus essentielle.

  • Morgen ; le temps de Samaïn

    Frédéric Joly

    • Theles
    • 28 Septembre 2007

    Pourquoi faut-il que morgen, à chaque fin du jour, éprouve cet appel lancinant et ces visions qui le transpercent ? en ce soir de novembre, les coups d'une main inconnue frappés à la porte ébranlent profondément ses certitudes.
    Puis le regard envoûtant de cette vieille femme au petit matin, le pousse définitivement à partir sur les flots dans la quête douloureuse de ses origines. mais n'est-ce pas un piège ? car voici que l'orage l'enveloppe et l'isole, alors que l'un après l'autre, les fondements de la réalité s'estompent. le voyageur vacille, tandis qu'un autre univers semble se glisser à la place. lorsqu'il se révèle enfin dans un torrent apocalyptique, morgen croit bien mourir, en même temps qu'il reconnaît le monde qui est le sien.
    Commence alors un périlleux apprentissage pour maîtriser la réalité changeante, et dompter des pouvoirs qui le dépassent. il lui faudra retrouver la maîtrise de l'intention pour qu'enfin le sort soit levé et qu'il reforme avec sa compagne le couple de magiciens royaux. le temps presse, car un grand péril menace la cité d'isdor aux mains de badhor. aux termes d'un grand conseil dans la forêt, le couple va prendre la tête d'une alliance sacrée pour délivrer la cité prisonnière de l'ennemi dans un grand combat magique.
    Grâce à une imagination aussi féconde que palpitante, l'auteur a réussi à créer un univers unique ; son écriture entraîne le lecteur dans les dédales de villes et de royaumes oú la réalité est celle des chamanes et des magiciens.

empty