Littérature générale

  • Babel nuit

    Philippe Garnier

    Remontant aux premières années de sa jeunesse, le narrateur - un homme de 38 ans - nous délivre d'emblée un curieux secret : il aurait cohabité, d'aussi loin qu'il se souvienne, avec des parents parlant non seulement une langue étrangère, mais d'origine inconnue. Et de surcroît, chacun la sienne, son père mixant plutôt des onomatopées saturées de consonnes, tandis que sa mère se contentait de moduler des voyelles monosyllabiques. Hors ce malentendu initial, rien à signaler d'incongru dans cette famille, d'autant que ce couple aux propos cryptés semble, lui, n'éprouver aucun problème à s'insérer dans la vie sociale, à suivre les actualités télévisées ou les progrès scolaires de leur fils unique. Difficile du coup, pour ce futur adolescent, de trouver quelqu'un avec qui partager une si invraisemblable énigme, un confident qui accepterait de le croire sur parole. Le voilà condamné à grandir en taisant la source de son malaise, puis à entrer dans l'âge adulte, sans être jamais parvenu à décoder ce dialogue de sourds oedipien.
    Vingt ans plus tard, son père a fini par mourir, le mystère de sa glossolalie demeurant entier, malgré maintes enquêtes auprès d'expertes en idiomes exotiques. Ne reste plus que le verbiage de la veuve pour rappeler le narrateur à son traumatisme inchangé. Jusqu'à ce soir d'été où, peu après le départ de Dana, la charmante aide-ménagère, le mur d'incompréhension va soudain se fissurer. Et faire émerger des borborygmes maternels cette question d'une désarmante simplicité : « Tu entends quand je te parle ? » La première phrase audible sortie de sa bouche depuis des décennies. Sous le choc de cette révélation tardive, le fils se sent perdre pied, maintenant que ses plus anciennes certitudes sont prises en défaut. Plutôt que d'engager la conversation, il s'enfuit sans demander son reste...

  • David Goodis est le poète maudit du roman noir.
    Le destin de ses héros coincés entre un passé obsédant et une déchéance inexorable (Tirez sur le pianiste, Sons espoir de retour, Vendredi 13) est à l'image du sien : écrivain précoce au succès commercial presque immédiat, scénariste à Hollywood, il se brise un jour, sombre dans l'alcoolisme et meurt à cinquante ans dans l'indifférence la plus totale, en 1967.
    C'est du moins le cliché que s'acharnent à conserver de lui ses lecteurs de ce côté-ci de l'Atlantique.
    Là-bas, à Philadelphie et à Hollywood, il en allait tout autrement.
    Ce livre n'est ni une biographie ni un livre de plus sur le polar. C'est une enquête sur la littérature et sur les images qui la parasitent au point, parfois, de prendre sa place.

  • En 1947, David Goodis a le monde dans sa poche - un film à succès avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall tiré de son roman Dark Passage, un emploi lucratif dans l'un des plus grands studios de Hollywood, et une foule de livres et d'idées qui percolent dans son imagination fertile. La décennie à peine terminée, il balance tout aux orties. Goodis revient à Philadelphie vivre chez ses parents et son frère cadet handicapé mental, où il passe les années 50 à écrire des romans quasi pornographiques pour les éditeurs de livres de poche les moins respectables. Il aurait pu être complètement oublié s'il n'avait été « reconnu » en France, publié dans la légendaire Série Noire, et porté aux nues par les intellectuels de St-Germain-des-Prés pour ses héros « existentiels ». Suivant l'exemple de François Truffaut (Tirez sur le pianiste, 1960), les cinéastes ont fait de beaucoup de ses livres des films que l'auteur - mort en 1967 à 49 ans - n'a jamais pu voir.
    En été 1982, le journaliste Philippe Garnier, travaillant alors pour l'émission Cinéma, Cinémas, décide de satisfaire sa curiosité sur David Goodis : pourquoi étaitil adulé en France, mais virtuellement inconnu dans son propre pays ? Pourquoi avait-il abandonné une existence que beaucoup d'écrivains auraient tué pour avoir ? Et qu'en était-il des rumeurs concernant les singuliers penchants sexuels de l'auteur ?
    Publié aux Éditions du Seuil en 1984, Goodis : La vie en noir et blanc proposait une autre forme de non-fiction en France. Moins qu'une biographie, ou qu' un livre de plus sur le polar, c'était un essai sur la culture américaine dans tous ses états : industrie des pulps et des paperbacks, cinéma, télévision. Et surtout une enquête sur la littérature populaire et les images ou clichés qui la parasitent au point, parfois, de prendre sa place.
    Plus de trente ans après, l'auteur se penche de nouveau sur Goodis, incorpore les découvertes faites entre temps, corrige les erreurs, ajoute de nombreuses illustrations, et rend compte du culte dont Goodis fait désormais l'objet en Amérique, notamment dans sa ville natale de Philadelphie.

  • Lire le journal, changer une ampoule, décrocher le téléphone...
    Autant d'activités de notre quotidien qui, dans cette courte fiction, prennent une dimension extraordinaire. Le père de famille n'a pour tout horizon que son appartement, dont il récuse la banalité. Est-il sage ou fou ? Son comportement obsessionnel fait dériver le récit vers des péripéties inattendues, à la fois grotesques et oniriques, sous l'oeil perplexe de ses enfants. Envisageant avec finesse et humour les relations familiales, entre solidarité et cruauté, ce texte témoigne d'un combat absurde mené contre la solitude, le silence et la décrépitude du quotidien.
    A travers cette figure paternelle énigmatique se dessine la difficulté de s'inscrire dans un monde où plus rien ne nous fait signe.

  • Jeune graphiste parisien divorcé d'une latino-américaine, stéphane récupère son fils pablo, neuf ans, pour les vacances d'été.
    Ils sont expédiés dans un club de vacances sur une côte vénézuélienne minée par les glissements de terrain et les enlèvements toutes catégories. trois semaines dans une prison touristique de luxe peuplée de mères solitaires et d'iguanes apprivoisés, où l'adulte et l'enfant doivent d'abord réapprendre à vivre ensemble mais aussi frayer avec l'étrange tribu des membres du club, repliée sur elle-même et nostalgique, hantée par les disparitions d'enfants...
    Jusqu'à celle d'anabel, qui soudain dérègle tout,

  • Los Angeles est une ville où les distances s'estiment à l'heure qu'il est, pas au kilométrage. Stretch s'était retranché dans cette ville qu'il habitait depuis plus de vingt ans et qu'il avait fini par ne plus voir. Il écrivait pour des magazines de musique jusqu'au jour où sa femme et son salaire le quittèrent. Engagé par la Western Exterminator, il apprécie son boulot de dératiseur et exterminateur de termites, il travaille seul dans les maisons et devient un passionné des ciments, des bardeaux, des bungalows californiens avec un porche devant, des piliers en pierre de rivière, des poutres japonisantes... Stretch était blanc, libre et vieux d'un demi-siècle.
    Son ancien métier : disquaire dans l'univers secret et compliqué des collectionneurs de disques aux coins coupés. Cette marque indiquait qu'ils étaient soldés et ne pouvaient être commercialisés dans les réseaux traditionnels. Stretch voit passer entre ses mains toute la production des années 50 et 60, puis dès 70, il vit le rock et le punk de l'intérieur. Si les disques sont le fil conducteur de ce récit, avec les trafic, les folies et les convoitises qu'ils suscitaient, Stretch sert aussi à l'auteur pour tenter de démêler le rapport qu'il a eus avec la musique.

  • Les passagers

    Philippe Louis Garnier

    Une série d'évènements curieux, souvent cruels, va émailler la traversée pour Yokohama de Yann Tanguy. À bord, il découvre quatre compagnons de voyage, insolites et attachants, qui comme lui ont décidé de larguer les amarres. Qui sont-ils et que cachent-ils ?
    Yann est à la recherche d'un nouveau souffle donné à sa vie. Il y a peu, il était encore un brillant entrepreneur au Liban, poursuivi à jamais, pensait-il, par un traumatisme de jeunesse. Et voilà qu'il se retrouve sur le Nérée, Dieu réputé bienveillant, et puissant cargo.
    Sa perspicacité et sa forte personnalité l'aideront-elles à percer tous ces mystères ou un Nérée indéchiffrable, sans doute le véritable maître des lieux ?
    Et, que va-t-il advenir de son coup de foudre pour Virginie, cette jeune passagère si fragile ?
    Une seule certitude, après six semaines trépidantes, Yann ne sera plus le même homme.

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