Sciences humaines & sociales

  • L'étude de la dictature a acquis, en Occident, une dimension presque exotique. Mais les régimes autoritaires restent une réalité douloureuse pour des milliards de gens. Ceux dont les libertés et les droits sont bafoués. Ceux qui subissent arrestations arbitraires, corruption, injustice. Quelle est la nature de la dictature ? Comment s'implante-t-elle ? Quelles sont les conditions et les circonstances qui favorisent son épanouissement ? Et comment les dictateurs conservent-ils le pouvoir, même lorsqu'ils sont méprisés et moqués par ceux qu'ils gouvernent ? Dans ce bref essai volontiers provocateur, fruit d'une longue réflexion, Alaa El Aswany examine la dictature comme une véritable maladie et s'attache à démontrer que, pour comprendre le syndrome de la dictature, nous devons d'abord examiner les circonstances de son émergence, ainsi que les symptômes et les complications qu'il provoque, tant chez le peuple que chez le dictateur.

  • Les cinquante chroniques réunies dans ce livre sont des instantanés de la réalité, elles s'emparent d'une anecdote ou d'un fait divers, développent une argumentation et finissent toujours par conclure : "La démocratie est la solution." Elles constituent un document exceptionnel sur l'état de l'Égypte d'avant la révolution, et sur les tensions, contradictions et difficultés qui subsistent aujourd'hui encore dans ce pays.
    Rigoureux dans ses analyses, pédagogue dans ses prises de position et opiniâtre dans son combat pour une vraie démocratie à construire, le plus célèbre des écrivains égyptiens contemporains fustige tour à tour un régime corrompu, le délitement de la justice, l'indigence des structures hospitalières, la torture et les exactions de la sécurité d'État, les manoeuvres visant à une transmission héréditaire du pouvoir, l'inégalité des droits octroyés aux femmes, la haine des différences religieuses, les fausses interprétations de l'islam et la persistante présence des hommes de l'ancien régime dans bien des rouages de l'État.
    Comme le rappelle la préface, si les grands romans d'Alaa El Aswany amenaient à comprendre la nécessité d'une révolution pour l'Égypte, ces chroniques montrent toute l'étendue des risques qu'il a pris et continue de prendre, désignant entre dictature et dérives doctrinales une voie juste et exigeante, à laquelle il se consacre avec une inébranlable détermination.

  • EXTRÉMISME RELIGIEUX ET DICTATURE sont les deux faces d'un même malheur historique. Voici plus de trente ans que les Égyptiens - et avec eux tous les peuples arabes - sont acculés face à ce dilemme : impossible sans démocratie d'en finir avec le fascisme religieux, impossible de bâtir la démocratie sans mettre fin au fascisme religieux. Entre ces maux d'égale nocivité il n'y a pas à choisir : il faut les combattre tous deux avec une même ardeur. C'est sur cette difficile ligne de crête que les Arabes doivent se maintenir s'ils souhaitent redevenir pleinement sujets de leur propre histoire. Cette problématique qui sous-tend toute l'oeuvre littéraire d'Alaa El Aswany est également le thème central de la chronique hebdomadaire par laquelle, depuis cinq ans, il poursuit au grand jour son double combat pour la liberté.
    Tant que les femmes ne seront pas considérées comme des êtres humains à part entière, tant que les coptes et les bahaïs d'Égypte, tant que les chiites de Bahrein et d'Arabie Saoudite ne seront pas totalement égaux en droits avec les autres citoyens, les peuples arabes ne pourront pas secouer les chaînes de leur servitude. Liberté, égalité, justice, démocratie : pendant cinq ans - avant la révolution de 2011, puis tout au long des péripéties qui ont suivi -, l'auteur de L'Immeuble Yacoubian a martelé ces mots pour mieux les faire pénétrer dans la conscience de ses concitoyens.
    Ces valeurs sont-elles incompatibles avec l'islam ? Non, nous dit-il, mais elles le sont avec ce que l'islam est devenu, au terme de siècles de décadence et de tyrannie, dans sa version la plus caricaturale, celle d'un salafisme sclérosé aux références médiévales propagé grâce à l'argent du pétrole sur le terrain propice de sociétés en crise. Au coeur de la religion se trouvent des valeurs spirituelles - ou humaines - universelles. Tout le reste - les rites, la charia - est une construction opportuniste au service d'une volonté de pouvoir, un moyen d'asservir les hommes et de les aveugler.


    GILLES GAUTHIER

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