• Dans ce troisième volet d'un cycle amorcé par Les Enfances Chino (2013), Les Amours Chino (2016) et Chino aime le sport (2017), Chino visite les jardins de son enfance. Ce livre est un roman mais rien n'est chronologique. Entre 1950 et 2019, les époques se mêlent. N'apparaissent que des mondes furtifs, des souvenirs à trous. Tout se forme et se déforme dans une langue qui passe sans crier gare de l'élégiaque larmoyant au mirliton comique, du savant au populaire, du français grand style aux argots.
    C'est aussi un grand éloge du jardin. Pas de lieu plus fini qu'un jardin : clos, cadastré, et aucun qui soit davantage capable d'infini. Dans tous passent les odeurs, les couleurs et les bruits qui font resurgir par associations sensorielles la matière d'une vie. Dans ce monde « merveilleux » tout parle, les morts comme les vivants ; même les arbres, les sangliers, les biscottes, la confiture, le café au lait, la lune, les étoiles et les cailloux. L'Histoire s'y déploie parce qu'au fond du décor passent des personnages qui en portent les stigmates. En 1956, à la gadoue du jardin désaffecté de J., ex-parachutiste d'Indo, se superposent les tas de boue de Diên Biên Phu. En 1957, un réveillon en famille au bout d'un lopin glacé fait sortir des sabots des grands-parents les génies de leur monde rural agonisant ; quelques photos de morts ramènent des souvenirs de 14-18 ; la guerre d'Algérie s'incruste à cause de cousins absents, envoyés aux Aurès par la IVème République. Chino au jardin est aussi le conte d'une vocation : « Ferastu poète ? » Aragon et André Breton reviennent tout salés de la pêche à pieds. Francis Ponge reçoit en short dans son bois de pins. Sur l'estran barbotent quelques Têtes-Molles : René Char, Saint-John-Perse, Eluard.

  • Pour expliquer le titre de ce nouveau livre, Christian Prigent cite l'écrivain russe Velimir Khelb- nikov (1885 - 1922) : « Nous avons besoin de point d'appui, c'est-à-dire de journaux intimes ». Mais le titre peut s'entendre aussi négativement : Pas d'appui ! Pour tenir, résister, il faut à la fois chercher en soi, s'éprouver, et lire, regarder, penser.
    Point d'appui est autant un journal qu'un livre de combat. On passe par des rêves notés le matin même, des pensées du jour, des anecdotes souvent drôles, des critiques de films, de livres, d'auteurs (Houellebecq), des polémiques, des questions d'actualité ou d'histoire, des souvenirs litté- raires, des visions mais aussi des poèmes, des interludes (« haïku pour rire, mirlitonades fastoches »).
    /> On y croise de nombreuses théories, de nombreux sentiments. On y parle des défunts, des amis. À la lecture, nous découvrons l'atelier intime de l'écrivain, où se forge sa pensée et sa langue. Il nous ouvre l'espace de ce que lui-même appelle son « désoeuvrement dépressif », et que vient combler l'écriture diariste. Tout est disparate mais comme l'écrit Christian Prigent « l'alternance fait rythme, une architecture émerge ».

  • La Langue et ses monstres est un recueil de vingt essais portant sur des écrivains de la « modernité ».
    Les onze premiers figuraient dans l'édition princeps de l'ouvrage (chez Cadex, en 1989). Ils concernent d'abord quelques figures emblématiques du xxe siècle : Gertrude Stein, Burroughs, Cummings, Khlebnikov, Maïakovski ; puis des vivants remarquables apparus dans le dernier quart dudit siècle : Lucette Finas, Hubert Lucot, Claude Minière, Valère Novarina, Marcelin Pleynet, Jean-Pierre Verheggen.
    Ces textes avaient été rédigés entre 1975 et 1988 dans le contexte des débats d'époque (la fin des avant-gardes historiques et l'effort de quelques-uns pour maintenir, envers et contre toute liquidation réactionnaire, l'exigence d'expérimentation littéraire). Tous ont été repris et corrigés dans l'intention d'en éliminer le plus crispé par les polémiques du temps et le plus marqué par un vocabulaire théorique daté. Le même objectif a conduit à éliminer pour cette réédition le préambule et le bilan de l'édition originale.
    Les neuf essais suivants ont été composés entre 2005 et 2014 pour des revues, des préfaces, des actes de colloques. Tous ont été refondus pour la présente édition. Ils réfléchissent sur Sade, Jouve, Artaud, Ponge, Pasolini, Jude Stefan, Bernard Noël, Éric Clémens, Christophe Tarkos. De Sade (1800) à Tarkos (1990) ils encadrent donc historiquement les onze textes qui précèdent. Du point de vue de la théorie littéraire et de l'analyse stylistique, ils tentent de réfléchir sur ce qui constitue, en dehors de toute préoccupation « avant-gardiste », un effort « moderne » d'invention écrite. Et ce jusqu'à l'apparition récente des textes de Christophe Tarkos, qui nous ont invités à repenser, une fois de plus, les causes et les effets de cet effort.
    Ce livre n'est donc pas qu'une réédition mais, largement, un ouvrage nouveau. On y trouve des propositions sur les fameuses « grandes irrégularités de langage » (Georges Bataille) inventées par les poètes les plus déroutants du xxe siècle : les poétiques « anamorphosées » de Cummings ou de Bernard Noël, l'érotisme à la fois savant et énergumène de Pierre Jean Jouve ou de Jude Stefan, la « violangue » telle que la pratique un Jean-Pierre Verheggen, le « babil des classes dangereuses » réinventé par Valère Novarina, le « jeu de la voix hors des mots » dans les poèmes zaoum de Khlebnikov, les « glossolalies » façon Antonin Artaud, le « cut up » de William Burroughs, etc.
    Mais, au delà, bien d'autres questions sont évoquées : le rapport littérature/science/philosophie (chez Sade ou chez Clémens), le lien entre les choix stylistiques et les postures politiques (chez Maïakovski, Ponge ou Pasolini), l'articulation entre les monstrueuses reconfigurations verbales que pratiquent tous ces auteurs (ainsi Vélimir Khlebnikov ou Antonin Artaud), les crises subjectives dont elles sont l'effort de résolution et l'impact qu'elles rêvent envers et contre tout d'avoir sur le corps social qui en reçoit les coups.
    Le pari est que ces questions ne sont pas, quoi qu'on en dise ici et là, de vieilles lunes. Mais des interrogations fondamentales. Fondamentales en tout cas pour les lecteurs qui ne se contentent pas de fables distrayantes, de sociologie romancée ou de suppléments « poétiques » à la rudesse des vies.
    Fondamentales pour ceux qui voient dans la littérature une expérience radicale de ce qui nous parle et nous assujettit. Une expérience qui n'a d'intérêt que si ses voix excentriques traversent les représentations couramment admises pour composer de nouveaux accords avec le désir des hommes, leur angoisse, leur sensation d'un monde vivant.
    Ceux dont parle La Langue et ses monstres ont relevé ce défi. L'auteur des essais qu'on trouve dans ce livre a d'abord tenté de se rendre plus clairs les effets que quelques oeuvres « monstrueuses » exerçaient sur lui. Cet effort a fait lever des questions : de quoi parlent ces oeuvres qui nous mènent « au bord de limites où toute compréhension se décompose » (Bataille) ? quel « réel » représentent-elles dans leurs étranges portées ? de quelle nature est la jouissance sidérée qu'elles provoquent en nous ? de quels outils disposons- nous, et quels autres devons-nous forger pour en déchiffrer les intentions ? en quoi ce déchiffrement peut-il nous aider à mieux évaluer ce dont on parle en fait quand on parle de littérature (l'ancienne comme la moderne et aussi bien la plus contemporaine).

  • Dans les " langes " des " coupures de journaux ", disait Blaise Cendrars, nous arrive " le bébé aujourd'hui ". Le voici, tout juste démailloté. Son lange est un journal, avec ses rubriques (société, politique, sports, sciences, gastronomie, météo, culture). Chacune d'elles est recomposée en vers satiriques. Mais moins pour " châtier les moeurs " que pour dire, bouffonnement, une stupéfaction un peu effrayée.

  • Ce livre fait suite à Les Enfances Chino, roman publié chez POL en 2013.
    A la fin du précédent volume, le « héros », Chino, est parvenu au sommet de la pente dite « enfance ». Dans Les Amours Chino, il a basculé sur l'autre versant puis dévalé, longuement, d'adolescence à sénescence, vers les passions (amoureuses, érotiques). Les grandes et les petites. Les « fleur bleue » comme les pornographiques, les durables et les furtives, les douloureuses et les joyeuses, les exotiques et les banales.
    De l'évocation de ces épisodes, toujours datés, Christian Prigent a fait un roman, en dix-huit chapitres. On n'y suit pas l'ordre linéaire du temps. Les actions ne surgissent que sous la dictée d'émotions non assignées à une logique de récit. Plusieurs époques, plusieurs scènes, plusieurs objets d'amour s'y trouvent recomposées sans souci de reconstitution. C'est que tout remonte en vrac du feuilleté de la mémoire qu'on a gardée des corps, des paroles, des sites, des instants.
    Et s'embrouille dans l'afflux de bien des agitations sensuelles.
    Pour arrêter ce mouvement sur quelques images à peu près nettes et pour encadrer cet afflux, on a voulu une forme découpée en spots brefs, concentrée, régulière : explicitement artificielle.
    Ce pourquoi ce roman est en vers. C'est un vers sévèrement compté - impair, pour éteindre la mélodie trop chantonnée. Ostensiblement rimé (même si parfois de façon acrobatique, voire clownesque). Et emporté par un train obstiné de quatrains (trois à chaque fois).

  • - Salut les modernes : Où est, dans la poésie d'aujourd'hui, le nouveau ? Bien présomptueux serait celui qui prétendrait le savoir.
    On ne peut faire mieux que s'alerter (question d'oreille) du phénomène de l'invention. Voici quelques écrits poétiques, récemment parus. D'une certaine manière ils font " école ". Une étrangeté coriace s'y affirme qui défie la lecture. Des noms ? : Philippe Beck, Charles Pennequin, Christophe Tarkos. Ces noms ne prétendent pas couvrir le champ. Leurs écrits m'ont simplement donné un peu plus fortement que d'autres la sensation d'un phénomène nouveau.
    Affaire de goût, sans doute. Et d'affinités. Dans la différence, aussi bien - éventuellement violente. D'où, adressées à eux, quelques remarques et quelques questions.
    - Salut les modernes : Voici quelques lectures, voire explications de textes, dans des oeuvres anciennes (de Lucrèce à Jarry, en passant par Marot, Voiture, Balzac, Maupassant, Mallarmé, Rimbaud, Verlaine). Elles se veulent un peu décalées, un peu décollées vers...
    Autre chose (la fiction ? la poésie ? l'aventure de la lettre ?). Elles s'appuient sur une conviction : que les modernes ne sont pas les enfants des anciens mais que, plutôt, la perplexité qui nous vient des modernes nous fait regarder les anciens d'un oeil moins tué d'indifférence et qu'ainsi nous pouvons les réenfanter : les rendre à l'inquiétude de la vie.

  • Demain je meurs

    Christian Prigent


    " hier, j'étais né ; demain, je meurs ", souffle la voix qui sort du lit d'agonie.
    entre cet hier et ce demain : une vie, celle du père. qui raconte cette vie est qui entendit murmurer la voix. scènes, vignettes, tracés d'émotions, poussées d'interprétation, visions en vitesse, conversions bouffonnes. temps : une demi-heure en gros, à vélo. espace : deux kilomètres. décor : bretagne, années 1950. fond d'histoire : la guerre d'indochine, l'affaire henri martin, budapest 1956, les communistes, andré marty, thorez, staline.
    la chienne du monde parle. le monde aboie fort. on file pas chronique, engrène pas annales en ordre de maillons : on mixe, on bricole, on pétrit sa boule avec du déchet de biomachin ou de chronotruc. et puis : roule cette boule, enroule les cadences, enchaîne véloce - et va la musique !.

  • Recueil de transcriptions de « partitions » composées pour des lectures-performances publiques. Un CD est joint à ce livre, comprenant la lecture par l'auteur, seul ou accompagné de l'actrice Vanda Benes, de la totalité des textes.

    Projet : faire éprouver le poids de langue hétérogène, incentré, troué et dissonant dont est faite la rumeur de fond d'où tout écrit tire le matériau qu'il va formaliser.
    Cette rumeur, c'est « l'expérience » : non pas la vie nue (une « nature » hors langue) - mais le réseau des représentations toujours-déjà verbalisées dans lequel nos vies se déplacent, se déforment et se reforment.

  • Ce volume rassemble une série de chroniques sur la télévision, parues bimensuellement, pendant deux ans, dans le magazine Le Matricule des anges. On y évoque par exemple des séries comme Caméra Café, des documentaires comme L'Odyssée de l'espèce, des émissions « culturelles » comme Corpus Christi, etc. Mais il ne s'agit pas d'un essai sur la télévision : savamment pensif, forcément critique, naturellement moralisateur et fulminant. C'est plutôt la confession d'un qui presque chaque soir (aux heures de préférence les pires, celles dites « de grande écoute ») se vautre devant la boîte à vider les cerveaux. Qu'est-ce qui pousse à communier dans l'idolâtrie devant ce petit autel d'insignifiance et de trivialité ? Pourquoi aimer à ce point une telle servitude ? Allumer le récepteur, c'est ouvrir un dictionnaire des idées reçues, une encyclopédie des veuleries du siècle, le Quid de ses snobismes, de son mauvais goût mercantile, de ses violences spectaculaires ou doucereuses. Rien de plus navrant que la vie et le monde vus à la télé. Mais, à ce point de bêtise et de crudité, rien non plus de plus marrant. Facile : suffit de zapper, à la fois consterné et hilare ; puis, en à peine accéléré, rien qu'un peu décalé, de décrire les images plates et de recopier les dialogues chromos qui déboulent, de journaux télévisés saucissonnés en grande solderie de séries planétaires, via les bouffonneries publicitaires, les cérémonies météorologiques, les sitcoms ménagers, les feuilletons tiroir-caisse et les docu-fictions en peau de lapin pour les presque nuls. Tout est là. Et hop, moteur : tout tourne à la farce, c'est guignol, c'est carnaval !

  • Ce livre est le troisième volet d'un cycle amorcé par le roman Les Enfances Chino (POL, 2013) et continué par le roman en vers Les Amours Chino (POL, 2016).
    Dans le premier volume, le tout jeune Chino grimpait la côte de ses « enfances ». Parvenu au sommet de cette pente, il dévalait l'autre versant, d'adolescence à vieillesse, au fil de ses passions amoureuses et érotiques : c'était le sujet du second volume.
    Dans Chino aime le sport, il nous promène dans une galerie de tableaux : les portraits de ceux qui furent ses idoles « sportives ».
    Il s'agit d'une suite de poèmes dédiés à une trentaine de champions du demi siècle 1945/2015. Cyclistes et footballeurs, surtout. Mais aussi athlètes et boxeurs. Un rugbyman, un navigateur, un nageur. Même un cheval. Figures idolâtrées par l'enfant Chino dans les années 1950 (Lev Yachine, Charly Gaul), admirées dans les années 60 par l'adolescent (Gastone Nencini, Tom Simpson), relayées par des exemples plus récents - jusqu'à quelques stars d'aujourd'hui comme le cycliste Christopher Froome ou les footballeurs Djibrill Cissé et Yoann Gourcuff.
    Une première partie (poèmes dits « courts ») fixe en vignettes, ou brefs blasons, quelques images synthétiques (Marcel Cerdan, Garrincha...). Des poèmes plus longs (dits « moyens », puis « longs ») proposent des développements plus narratifs (la geste de Gino Bartali, celle de Charly Gaul...). Une « très longue » séquence finale propose une balade, de la Course de la Paix au Tour de France, dans une Europe centrale sur la carte de laquelle des noms de champions (Zatopek, Stablinski, Gustav Schur, Géminiani...) se mêlent à d'autres non moins capables d'inciter à la médi- tation : Cracovie, Berlin, Prague, Walesa, Wojtyla, etc.

    Tout est en vers (comptés, rimés). C'est que les figures de champions sont immergées dans une profusion de récits et abondamment légendées (par l'exaltation sur-jouée des reportages et l'identification passionnée des fans). Elles touchent toujours, du coup, au légendaire. Le mode lit- téraire du légendé/légendaire est le chant épique. On en joue ici une version profanée, vulgarisée, atterrée, un peu éclatée. Voire (forcément) parodiée, mirlitonée. Mais c'est une épopée quand même, avec l'attirail prosodique ad hoc - même si, on l'espère, quelque peu « modernisé ».
    Passer d'une grande figure de sportif à une autre, dans le temps qui va de la fin de la se- conde guerre mondiale jusqu'aux nouvelles donnes socio-politiques des années 2000, c'est aussi retracer le cours violent, raturé de questions et saturé d'émotions, des conflits du temps : Ferenc Puskas, c'est la Hongrie révoltée de 1956, Rachid Mekhloufi les drames de la guerre d'Algérie, Javier Sotomayor le défi du Cuba de Fidel Castro aux USA, Tommie Smith et John Carlos l'action des « Black Panthers » vers 1968, Mark Spitz « Septembre noir » et l'attentat de Münich en 1972, Marlies Göhr la découverte du dopage d'état après la chute du mur de Berlin en 1989. Et, plus près de nous, chaque nom (Lance Armstrong, Christopher Froome, etc) fait durcir un nerf de perplexités et de colères face à ce qui des questions comme on dit « de société » hante le monde du sport (la publicité, l'argent, le dopage). Autant dire que par voie un peu contreban- dière, aligner ces blasons de grands sportifs, c'est aussi mine de rien dessiner et peut-être donner à penser quelque chose du tableau de la grande Histoire.

  • 'Le jeune Chino descend dans un tableau de Goya. Les figures s'animent. Entre des lavandières au fond et deux jeunes filles sur la colline d'en face : 2 km, une demi-journée. Rencontres : copains, fillettes, saints guérisseurs, âmes en peines, vieilles tordues, chiens qui parlent, jardiniers ivrognes, champions idolâtrés. Formes : aquarelles de sites, blasons météo, chansons paillardes, dialogues socratiques, opérettes en kit, livrets de ballet, fabliaux, lais et mirlitonades. Sujets : démêlés avec la parentèle, violences aux animaux, deuils, controverses sur l'école, la société, le sexe. L'Histoire s'inscrit sur des plaques de rues, des tombes, des feuilles de journaux. Des mondes à la fois bouffons et effrayants roulent dans les chutes rythmiques. Et peu à peu, dans l'inachevé de l'enfance, coagule l'achèvement adulte : rideau.'

  • Berlin sera peut-être un jour est une réédition revue, complétée et mise à jour d'un ouvrage publié en 2005 aux éditions Zulma sous le titre Berlin deux temps trois mouvements . 10 ans après la première parution de ce texte remarquable, l'un des plus beaux écrits jamais écrits sur la ville, Christian Prigent fait le point sur le Berlin d'aujourd'hui. Il évoque, sur un ton à la fois lyrique, nostalgique et humoristique cette ville qui n'est jamais sortie de son coeur. Cet anti-guide de Berlin est un ouvrage essentiel et rare, le meilleur jamais écrit sur cette ville. L'écriture magistrale de Christian Prigent nous permet de toucher du doigt aussi bien le poids d'une histoire brutale que l'imaginaire de cette ville à nulle autre pareille.

  • à la dublineuse

    Christian Prigent

    • Cadex
    • 6 Juillet 2001

    Un long poème de Christian Prigent pris dans les couleurs du peintre Serge Lunal : À la Dublineuse est un livre haut en couleur. Le cadeau que Cadex se fait à lui-même.
    "Rentrez vos yeux dans vos naseaux" dit le long poème écrit il y a quelques années par Christian Prigent et jusque-là inédit. À la Dublineuse fait dans son titre référence à Joyce et évoque la mer qui sépare la France de l'Irlande. Mais c'est bien de vision qu'il est question dans ces joyeux vers : le paysage mis à plat ressemble à un tableau. Du rose des viandes, au violet du sujet en passant par le "fond rouge/muqueuse de l'eau qui bouge", le texte porte sa propre palette que rehausse les couleurs avec lesquelles il a été imprimé : bleu le plus souvent, il lui arrive d'alterner sur la page le rouge, l'orange et l'outremer. Mais comme si cela ne suffisait pas, le peintre nîmois Serge Lunal s'est emparé de lui pour le plonger dans un maestro de couleurs, vives comme des courants marins les jours de grande marée. Ça secoue drôlement les mirettes d'une double page à l'autre, jouant comme le texte joue, alternant l'invasion des rouges, le surgissement des bleus, noyant ici le texte, le rejetant là sur le bord de la page, lui laissant ailleurs une île de blanc où s'étendre. On connaissait la propension de Prigent à faire jouer les mots comme un potache scatologique ("Je t'ai salie vieille eau d'séant"). Associé à la vigueur du pinceau de Lunal, le comique prend ici quelque chose d'enfantin, dans une apparente spontanéité qui emporte tout. Tout le livre est recouvert de peinture, comme s'il avait été trempé dans la matière même des couleurs. Le travail remarquable de la photogravure nous fait voir les lignes de force et de brisure du geste du peintre, où se lisent quelques citations du mouvement Support/Surface. Un tel livre est inimaginable pour un petit éditeur, le coût de la photogravure devant être prohibitif. À moins d'en faire un livre d'artiste, tiré à peu d'exemplaires et vendus en galerie. Gérard Fabre qui dirige les éditions Cadex en a fait un livre de poésie, destiné à tous (tiré à 750 exemplaires), au prix d'un affreux thriller de grande maison d'édition. Si ce n'est pas un coup de coeur ça !
    Hierry Guichard, in Le Matricule des anges

  • Professeur (le)

    Christian Prigent

    • Al dante
    • 15 Novembre 2011

    Le Professeur se compose en 28 chapitres qui sont autant de saynètes pornographiques qui ponctuent une relation amoureuse.
    Un vingt-neuvième chapitre, intitulé Fin, clôt ce récit. Chaque chapitre est composé d'une seule phrase, longue (plusieurs pages), écrite selon un rythme lancinant, parfois heurté, syncopé. Il y a ici une confrontation violente entre le travail formel, « abstrait » de la langue, et le sujet, pornographique, où le corps et ses élans sont présents dans toute leur crudité. Ce livre se situe dans une droite lignée bataillienne, il en est même un hommage, où la notion de « pure perte », chère à Georges Bataille, est ici remplacée par Christian Prigent en « part putain ».
    L'histoire : un professeur initie une élève à l'amour, selon les codes de la possession. Effectivement, leur relation relève du domaine du sadomasochisme : lui dans le rôle du maître, elle dans celui du sujet docile. Lui édicte les règles, elle obéit et « fait au mieux » : elle accepte toutes les règles du jeu, acceptant pour cela toutes les aventures, même les plus inédites et les plus risquées. Quant à lui, il va jusqu'au bout de son imagination, au bout de son désir.au bout du possible, jusqu'au pire de sa désespérance.
    Car dans cette histoire, plus que d'aller au bout de ses fantasmes, le but est bien plus d'oser aller jusqu'au bout de ses peurs, de ses angoisses existentielles, pour tenter de s'en libérer, et la dimension tragique de ce livre est bien, justement, dans la conscience nue de l'impossibilité de cette quête. Derrière ce récit pornographique, se révèle une véritable parabole sur la conscience d'être mortel, au sens philosophique du terme.

  • Soit une journée à la plage, du " petit-lever " au " nocturne " final, en passant par " pique-nique " et " petit quatre-heures ". Des personnages passent (parentèle, filles convoitées, déités en stage dans des marines rococo). Des événements ont lieu (idylles, marées noires, footing, noyades). On dialogue sur quelques points de morale et d'esthétique. C'est donc du roman (quoique tué dans l'oeuf). Mais en vers. Ces vers sont métrés (mais impairs, non mélodiques), rimés (même si souvent par acrobaties bouffonnes) et distribués en quelques centaines de quatrains.

  • Quelques échantillons d'écrits (un livret). Leur mise en voix (un CD). Des remarques sur le rapport des deux, ou voix-de-l'écrit (une préface).

  • Commencement

    Christian Prigent

    Celui qui parle traite d'une difficulté comique à se dépêtrer de son propre tas, à naître, à parler, à entrer chaque matin dans la vie d'action, de conversation et de profession. Il n'expose pas les tranches de sa vie mais refait en langues sa vie de non-vie et sa vie d'envies : visite des souvenirs montés à l'envers, choses vraies vues par-derrière, baudruches des fictions sur des ciels exacts : voici les jeunes gredins des soleils lointains, les essais d'idylle version bocagère et les mélodrames avec plusieurs dames ; voici les vestiaires pour peaux strip-teasées à fond sur du rien ; voici la gymnastique d'Eros dans des greniers crâniens ; voici le music-hall à fonction critique, le Château des Par-Quatre des parfaites familles, la fête politique sur ses tréteaux en toc ; voici Judith, Nausicaa et leurs avatars ; voici Calypso, Circé, Clélie, Juliette, Pandora ; ciao, Artemisia, woman number one! bonjour, Père Caboche! ça va, Mère Pinard? salut Ferdi Kubler, Louise Brooks et LoIlobrigida! Le monde d'esprit passe dans son train fantôme repeint en idiot sur des toiles foraines. C'est fait pour se muscler la langue : bousculades des souffles, contorsions rythmiques des sites syllabiques, roulement des phrases sur la déflation des scènes ravagées, exercices pour commencer, naître et dire : merci, je vis, j'écris, congé à la folie!

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