• Guy Debord (1931-1994) a suivi dans sa vie, jusqu'à la mort qu'il s'est choisie, une seule règle. Celle-là même qu'il résume dans l'Avertissement pour la troisième édition française de son livre La Société du Spectacle :
    «Il faut lire ce livre en considérant qu'il a été sciemment écrit dans l'intention de nuire à la société spectaculaire. Il n'a jamais rien dit d'outrancier.»

  • «Ces Commentaires pourront servir à écrire un jour l'histoire du spectacle ; sans doute le plus important événement qui se soit produit dans ce siècle ; et aussi celui que l'on s'est le moins aventuré à expliquer. En des circonstances différentes,je crois que j'aurais pu me considérer comme grandement satisfait de mon premier travail sur ce sujet, et laisser à d'autres le soin de regarder la suite. Mais, dans le moment où nous sommes, il m'a semblé que personne d'autre ne le ferait.»

  • Poésie, etc.

    Guy Debord

    « Poésie, etc. » rassemble un ensemble de citations choisies par Guy Debord, dont les auteurs ne sont parfois aucunement des poètes.
    Mais elles se caractérisent toutes par un regard lyrique sur l'existence, et une concision qui les font accéder avec plus d'intensité et d'immédiateté au coeur de ce qui nous bouleverse.
    L'importance de la poésie et de la littérature dans les lectures de Guy Debord apparaît très tôt et ne se démentira jamais tout au long de son oeuvre. On y croisera entre autres, cités ou détournés, Baudelaire, Bossuet, Joyce, Pessoa, Shakespeare, Swift, Ronsard, Apollinaire, Breton, Villon, Éluard, Lautréamont, Cravan... Le recours à ces références donne à son travail de critique sociale une immense force de frappe, car directement et indissolublement lié à ce qui touche le plus intimement l'être humain.
    L'utilisation du langage poétique est en effet toujours associé, chez Debord, au projet révolutionnaire qu'il nourrit. Pour lui, cependant, « il ne s'agit pas de mettre la poésie au service de la révolution, mais bien de mettre la révolution au service de la poésie », afin d'en assurer le renouveau, la pénétration dans la vie quotidienne - en un mot :
    La réalisation -, et d'abolir ainsi la séparation entre la poésie et la vie vécue.

  • Stratégie

    Guy Debord

    La réflexion sur la stratégie est au coeur de la pensée de Guy Debord.
    Héritiers du dadaïsme, du surréalisme puis du lettrisme, lui et ses compagnons de route ont cherché un nouveau passage vers une contestation aussi large que possible des conditions de vie dans nos sociétés modernes. Ils n'ont eu de cesse de porter concrètement la lutte hors du champ de l'art, dans le domaine de la vie quotidienne :
    La révolution doit être d'abord la modification des perspectives au sein de cette vie. Les propositions théoriques de Guy Debord s'accompagnent ainsi tout au long de l'aventure d'un violent désir d'action pour faire changer la face d'un monde dont il rejette les faux-semblants, avec en ligne de mire la mise en oeuvre effective de son projet révolutionnaire. Le Jeu de la guerre imaginé par Debord dès le milieu des années 1950 témoigne de la place qu'a occupée dans sa réflexion la nécessité de penser stratégiquement tout projet d'action, quel qu'il soit.

  • "Nous pensons d'abord qu'il faut changer le monde. Nous voulons le changement le plus libérateur de la société et de la vie où nous nous trouvons enfermés. Nous savons que ce changement est possible par des actions appropriées. " Par ces mots prononcés en 1957, Guy Debord fonde l'Internationale situationniste.
    Né à Paris en 1931, Guy Debord a écrit La Société du spectacle et réalisé des films. Il a dirigé la revue de l'IS.

  • Panegyrique - vol01

    Guy Debord

    Toute ma vie, je n'ai vu que des temps troublés, d'extrêmes déchirements dans la société, et d'immenses destructions ; j'ai pris part à ces troubles.
    De telles circonstances suffiraient sans doute à empêcher le plus transparent de mes actes ou de mes raisonnements d'être jamais approuvé universellement. mais en outre plusieurs d'entre eux, je le crois bien, peuvent avoir été mal compris. (. ) personne, mieux que shakespeare, n'a su comment se passe la vie. il estime que " nous sommes tissés de l'étoffe dont sont faits les rêves ". calderon concluait de même.
    Je suis au moins assuré d'avoir réussi, par ce qui précède, à transmettre des éléments qui suffiront à faire très justement comprendre, sans que puisse demeurer aucune sorte de mystère ou d'illusion, tout ce que je suis. ici l'auteur arrête son histoire véritable : pardonnez-lui ses fautes.

  • " spécialistes homologués par des autorités inconnues, ou simples supplétifs, les experts révèlent et commentent de très haut toutes mes sottes erreurs, détestables talents, grandes infamies, mauvaises intentions...
    "

  • Le 1er janvier 1977, guy debord signait un contrat avec la société simar films pour la réalisation d'un long métrage en 35 mm, en noir et blanc, d'une durée de 90 mm.
    Il y était stipulé, d'entrée : " il est entendu que l'auteur accomplira son travail en toute liberté, sans contrôle de qui que ce soit, et sans tenir compte de quelque observation que ce soit sur aucun aspect du contenu ni de la forme cinématographique qu'il lui paraîtra convenable de donner à son film. " le titre même du film ne fut révélé qu'une fois celui-ci réalisé. c'est ainsi que procédait guy debord, suivant toujours " un principe naturellement peu favorable à la spéculation financière ", et ses producteurs ne s'en plaignirent point.

    Les médias, eux, au nom d'un public autrement malmené, regimbèrent. ordures et décombres déballés à la sortie du film " in girum imus nocte et consumimur igni ", qui paraissait en 1982, sans le moindre commentaire (et que nous reprenons en l'augmentant de deux articles), a fait état des diverses réactions, peu variées, de la presse.
    Face au mur d'incompréhension plus ou moins feinte et aux interprétations erronées, guy debord jugea utile en 1990 de publier une édition critique du texte de son film.
    C'est ce texte que nous donnons ici à relire. il est suivi d'une note inédite, datée du 22 décembre 1977, qui donne à voir les images, la poésie et le sens profond qui tissent la trame d'un film dont le thème tourne autour de " la vie réelle ".

  • La planete malade

    Guy Debord


    nous avons regroupé trois textes autonomes de guy debord, dont deux firent l'objet d'un tirage à part et dont le dernier, ici, fut rédigé en 1971 pour paraître dans un treizième numéro de la revue de l'internationale situationniste avant sa dissolution.
    malgré la diversité apparente des sujets analysés : les émeutes de watts (dans le déclin et la chute de l'économie spectaculaire-marchande en 1966), la décomposition des pouvoirs bureaucratiques et de leur idéologie (dans le point
    d'explosion de l'idéologie en chine, en août 1967), enfin le thème de la pollution et de sa représentation (dans la planète malade, inédit de 1971), c'est du " spectacle " sous toutes ses formes et de ce qu'il engendre qu'il s'agit.
    donnés avec la date de leur rédaction, ces trois textes témoignent non seulement de leur pertinence mais encore de leur actualité.

  • L'assassinat de Gérard Lebovici, avec le déchaînement des accusations contre moi que l'événement aura instantanément entraînées, date de 1984. Àla fin de l'année, j'ai rassemblé et examiné les attaques, dans ces Considérations qui furent publiées aux premiers jours de 1985.
    La suite a bien confirmé le sens que l'opération paraissait avoir. Jamais plus, on ne se sera aventuré à juger quelque autre éventuel responsable du crime. Les employés médiatiques ayant servi là n'eurent plus qu'à se taire sur cette question qui les avait tant émus ; comme si leur propre conduite n'avait été que normale.
    Quant à la critique qui persiste, on ne sait trop pourquoi, à s'intéresser à mon néfaste destin, elle s'est vue modernisée deux ou trois ans plus tard. Désormais, pour me faire une mauvaise réputation, elle va accumuler, sur chaque sujet, les dénonciations péremptoires. Spécialistes homologués par des autorités inconnues, ou simples supplétifs, les experts révèlent et commentent de très haut toutes mes sottes erreurs, détestables talents, grandes infamies, mauvaises intentions. (J'en montrerai prochainement d'instructifs exemples).

  • " J'ai du reste ajouté, en leur temps d'autres observations touchant les plus remarquables nouveautés que le cours ultérieur du même processus devait faire apparaître. En 1979, à l'occasion d'une préface destinée à une nouvelle traduction italienne, j'ai traité des transformations effectives dans la nature même de la production industrielle, comme dans les techniques de gouvernement, que commençait à autoriser l'emploi de la force spectaculaire. En 1988, les Commentaires sur la Société du Spectacle ont nettement établi que la précédente " division mondiale des tâches spectaculaires ", entre les règnes rivaux du " spectaculaire concentré " et du " spectaculaire diffus ", avait désormais pris fin an profit de leur fusion dans la forme commune du " spectaculaire intégré ".(...) C'est cette volonté de modernisation et d'unification du spectacle, liée à tous les autres aspects de la simplification de la société, qui a conduit en 1989 la bureaucratie russe à se convertir soudain, comme un seul homme, à la présente idéologie de la démocratie : c'est-à-dire la liberté dictatoriale du Marché, tempérée par la reconnaissance des Droits de l'homme spectateur. (...) En 1991, les premiers effets de la modernisation ont paru avec la dissolution complète de la Russie. Là s'exprime, plus franchement encore qu'en Occident, le résultat désastreux de l'évolution générale de l'économie. Le désordre n'en est que la conséquence. Partout se posera la même redoutable question, celle qui hante le monde depuis deux siècles : comment faire travailler les pauvres, là où l'illusion a déçu, et où la force s'est défaite ? "

  • Panegyrique

    Guy Debord

    • Fayard
    • 24 Septembre 1997

    Le tome second contient une série de preuves iconographiques.
    Les tromperies dominantes de l'époque sont en passe de faire oublier que la vérité peut se voir aussi dans les images. L'image qui n'a pas été intentionnellement séparée de sa signification ajoute beaucoup de précision et de certitude au savoir. Personne n'en a douté avant les très récentes années. Je me propose de le rappeler maintenant. L'illustration authentique éclaire le discours vrai, comme une proposition subordonnée qui n'est ni incompatible ni pléonastique.

  • Ces cinq enregistrements réalisés par Guy Debord couvrent une période de neuf ans qui s'étend des prémices de l'Internationale lettriste (1952-1957) à la fin de la première époque de l'Internationale situationniste (1957-1961), époque de la recherche d'un terrain artistique véritablement nouveau à partir de la réunification de la création culturelle d'avant-garde et de la critique révolutionnaire de la société.
    Ces documents sonores nous font entendre la voix singulière de Guy Debord, et s'il a pu dire plus tard que rien d'important ne s'est communiqué en ménageant un public, en 1953 il constatait : « Bien sûr, les auditeurs n'existent pas, c'est une illusion collective, comme Dieu quand il était à la mode. »

  • ' J'ai du reste ajouté, en leur temps d'autresobservations touchant les plus remarquablesnouveautés que le cours ultérieur du mêmeprocessus devait faire apparaître. En 1979, àl'occasion d'une préface destinée à une nouvelletraduction italienne, j'ai traité des transformationseffectives dans la nature même de la productionindustrielle, comme dans les techniques degouvernement, que commençait à autoriser l'emploide la force spectaculaire. En 1988, lesCommentaires sur la Société du Spectacle ontnettement établi que la précédente ' divisionmondiale des tâches spectaculaires ', entre lesrègnes rivaux du ' spectaculaire concentré ' et du' spectaculaire diffus ', avait désormais pris finan profit de leur fusion dans la forme commune du' spectaculaire intégré '.(...) C'est cette volonté de modernisation et d'unification du spectacle, liée à tous les autres aspects de la simplification de la société, qui a conduit en 1989 la bureaucratie russe à se convertir soudain, comme un seul homme, à la présente idéologie de la démocratie : c'est-à-dire la liberté dictatoriale du Marché, tempérée par la reconnaissance des Droits de l'homme spectateur. (...) En 1991, les premiers effets de la modernisation ont paru avec la dissolution complète de la Russie. Là s'exprime, plus franchement encore qu'en Occident, le résultat désastreux de l'évolution générale de l'économie. Le désordre n'en est que la conséquence. Partout se posera la même redoutable question, celle qui hante le monde depuis deux siècles : comment faire travailler les pauvres, là où l'illusion a déçu, et où la force s'est défaite ? '

  • Ce premier volume de la correspondance de Guy Debord couvre la période allant de la fondation en 1957 de l'Internationale situationniste, jusqu'à sa IVe Conférence en 1960.

    On y verra se préciser, au fil des jours, l'unique objectif d'une entreprise qui, en s'appuyant sur les éléments les plus radicaux de l'avant-garde et à travers la construction de situations, voulait " par tous les moyens, même artistiques ", le bouleversement complet de tous les aspects de la vie.

  • « L'époque ne demande plus seulement de répondre vaguement à la question "Que faire ?" [...] II s'agit maintenant, si l'on veut rester dans le courant, de répondre, presque chaque semaine, à la question : "Que se passe-t-il ?" [...] Le travail principal qui me paraît à envisager maintenant - comme contraire complémentaire de La Société du spectacle qui a décrit l'aliénation figée (et la négociation qui y était implicite) -, c'est la théorie de l'action historique. C'est faire avancer, dans son moment qui est venu, la théorie stratégique. À ce stade, et pour parler ici schématiquement, les théoriciens de base à reprendre et développer ne sont plus tant Hegel, Marx et Lautréamont que Thucydide-Machiavel-Clausewitz. » On verra, pour ce faire, comment tout au long de ces six années d'une correspondance riche en analyses et en projets divers - l'étroite collaboration qui s'est établie entre un éditeur et son auteur a rendu possible cette nouvelle stratégie. C'est ainsi que, par la voie du cinéma, Gérard Lebovici offrait à Guy Debord un champ plus vaste où il serait libre de s'exprimer. Trois films seront réalisés durant cette période.

  • C'est en 1979 que Guy Debord décide, une première fois, de quitter un Paris qui à ses yeux avait, depuis longtemps déjà, tout perdu de son charme.

    Si le siège de l'état-major s'est déplacé, l'état de guerre, pour lui, reste permanent : depuis la situation en Italie, dont il donne une analyse lucide dans sa Préface à la quatrième édition italienne de « La Société du spectacle », à celle de l'Espagne de l'après-franquisme, qui le conduit à mener campagne en faveur des « autonomes » emprisonnés à Ségovie, le tout entrecoupé de « jours tranquilles » passés ici ou là, durant lesquels conseils, traductions et publications se succèdent.

    Le 5 mars 1984, le mystérieux assassinat de son ami éditeur le pousse dans un nouveau type de combat, cette fois contre une presse particulièrement déchaînée et hostile où, écrivait-il à son défenseur dès le 30 mars : « l'on me présente comme un hors-la-loi systématique qui ne peut évidemment , en aucune circonstance, et même pas provisoirement, placer une « confiance quelconque. dans les institutions judiciaire ». Ceci implique en effet que je devrais être exclu de toute protection des lois qui règnent actuellement, puisque la plupart existent contre mon opinion. [...] A l'avenir, on ne sera plus « surpris » que je puisse attaquer des calomnies journalistiques ; et l'existence de cette nouvelle « arme de dissuasion » évitera sûrement bien des imprudences de plume ».

    De ces années pleines de bruit et de fureur en tout genre, beaucoup de choses vont être retenues et analysées qui alimenteront les prochains Commentaires sur la société du spectacle.

    On devrait déjà entrevoir ici quelques-uns de ses pronostics, dans la mesure où le permettait alors une correspondance que tant d'événements lourds de conséquences obligeaient de toute évidence à une certaine circonspection.

  • " Rien n'est égal dans de tels contrats ; et c'est justement cette forme spéciale qui les rend si honorables.
    Ils ont choisi en tout leur préférence. Tous sont faits pour inspirer confiance d'un seul côté : celui qui pouvait seul avoir mérité l'admiration. Tous ces contrats, en outre, n'auront pas manqué d'être assez bien calculés pour satisfaire à ce qu'il y a de luxueux dans quelques-uns de mes besoins, en restant incontrôlables à tous les points de vue ; ni sans avoir jamais révélé rien de trop, fût-ce implicitement.
    Solo vivimos dos dias (" Nous n'avons que deux jours à vivre "). C'est un principe naturellement peu favorable à la spéculation financière. "

  • En 1988, guy debord fait paraître ses retentissants commentaires sur la société du spectacle, où les " quelques conséquences pratiques, encore peu connues, qui résultent de ce déploiement rapide du spectacle durant les vingt dernières années " viendront confirmer ses thèses de 1967, en disant " ce qui est ".
    De façon similaire, sa correspondance - qui avec ce volume arrive à son terme - montre, durant les sept années qui vont lui rester à vivre, que face à une nouvelle forme de notoriété il continue de juger et d'agir selon ce qu'il est. il décidera, le 30 novembre 1994, de franchir, à l'heure choisie, sa propre ligne d'arrivée ; comme il avait décrété que l'année 1951 devait être celle de son véritable point de départ.
    Car " la suite était déjà contenue dans le commencement de ce voyage ".

  • Cette correspondance, riche d'enseignements sur la personnalité et le rôle actif que joua Guy Debord, éclaire par des faits réels la compréhension du mouvement révo-lutionnaire le plus radical et le plus exemplaire du XX e siècle.
    Ce tome 2 couvre une période qui va de septembre 1960 à décembre 1964. Elle c o rrespond aux premières années de l'In t e rnationale situationniste. Le processus de la rupture, qui a caractérisé le mouvement situationniste, se poursuit et se précise.
    On retrouve dans ces lettres, la clarté et la rigueur de celui qui, n'usant que de l ' a rme qu'il s'est donnée a, jusqu'au bout, défendu ses idées contre toutes les formes de compromission spectaculaire.
    Guy Debord, penseur révolutionnaire le plus important de la deuxième moitié du XX e siècle, est le fondateur de l'Internationale situationniste et l'auteur notamment de La Société du spectacle, Panégyrique, la véritable scission.

  • Pour l'Internationale situationniste, les années qui vont de 1965 à 1968 sont marquées par une implication déterminante dans ce que l'on pourra appeler le cours de l'Histoire.
    L'I.S. va se retrouver, malgré le boycott ou la récupération de ses thèses, au centre du débat culturel (politique et artistique) de l'époque. Situation qu'elle mettra à profit en faisant publier simultanément La Société du spectacle et le Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations ; et en inspirant divers scandales qui marqueront de leur empreinte l'explosion de Mai 68.

  • En épigraphe aux Notes pour servir à l'histoire de l'I.S. de 1969 à 1971, parues en 1972 dans La Véritable Scission, Guy Debord plaçait deux citations ; l'une tirée de L'Idéologie allemande : «Les individus sont tels qu'ils manifestent leur vie. Ce qu'ils sont coïncide donc avec leur production, aussi bien par ce qu'ils produisent que par la manière dont ils le produi-sent» ; l'autre, des Mémoires du cardinal de Retz : «L'on a plus de peine, dans les partis, à vivre avec ceux qui en sont qu'à agir contre ceux qui y sont opposés.»


    C'est sur la base de telles réalités qu'un débat d'orientation, au sein même de l'I.S., fut engagé au début de 1970 pour provoquer une «véritable scission» dans l'I.S. Mais aussi, et à plus forte raison, «dans le vaste et informe mouvement de contestation» empreint d'idéologie et, par là même, sujet à toutes les récupérations ou manipulations possibles. L'Italie, en premier lieu, connaîtra dès cette époque bombes et autres formes éprouvées du terrorisme d'Etat.


    Ce volume 4 de la Correspondancede Guy Debord témoigne de tout cela et, de manière tout aussi exemplaire, de l'emploi «fait du temps» qui, de l'aveu même de l'auteur, «composait un ensemble qui ressemblait aux plus heureux désordres» de sa jeunesse.

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