• Mon être oscille entre la pensée et les sensations, lorsque je sens que je perds pieds je me recentre sur le souffle, j'habite la respiration qu'Il me donne. Je Le laisse m'habiter, prendre soin de moi et me permettre d'être davantage présent, simplement présent ici et maintenant. Faire corps avec cette vague de vie et me laisser naviguer par elle dans la souplesse et la fluidité. Devenir accord entre le ciel et la terre et le laisser résonner dans les gestes, regards car c'est plus notre présence qui accomplit que les éphémères traces que nous laissons. Le poète le sait que trop, sa plume ne frôle la terre que de façon passagère, elle n'est qu'une invitation à vivre avec plus de profondeur et d'amplitude, à regarder avec plus d'attention et de ferveur. Si l'on n'est pas davantage après l'avoir lu, vains sont ses mots. Vivre et aimer avec plus de douceur et de force après l'avoir bu et s'en être imprégné. Le plus beau sera toujours les gestes d'amour qui résulteront de ces lectures car loin d'être un concept, l'amour est une présence bien vivante qui souhaite s'incarner et transfigurer.

  • Un cycle se termine, de la chambre bleue roi de mon enfance à ce dernier petit livre bleu. En cette chambre aux moulures blanches tout y était en germe. Tout, inconsciemment, commençait à prendre forme bien qu'avec maladresse, timides ébauches d'une vie, et aujourd'hui encore, l'univers matrice de cette maison m'imprègne.
    À présent, plus proche de ma naissance au Ciel que de celle d'ici-bas, est-ce que je parviens à me délester de l'inutile, et suis-je en train d'acquérir une distance sereine et souriante d'avec la rumeur de l'existence? Peu importe l'art, la musique ou l'écriture si cela n'incite à plus de douceur et de tendresse. Alors à nouveau, au travers du tamis des mots, laisser décanter et écouter.

  • Ecrire pour prolonger la rencontre du photographe, en l'occurrence T. de Wurstemberger, et de son sujet. Une trentaine de personnalités suisses et françaises (J. de Romilly, J. Dufilho, J. Mamez, J. Perret, G. Haldas...) ont accepté la proposition du photographe de dire en quelques lignes ce qui les a le plus émerveillés dans leur vie.

  • Maître Wong était devenu ermite en Asie suite à l'assassinat de ses parents à Venise. Il était de retour à Londres. Maria Grazia tenait entre ses mains les premières pages de son journal.
    «Ici, au plus sombre de la pièce, totalement aveugle, je sens un parfum doux, tendre, je m'approche, vanille, cèdre, c'est une peau de velours, mes doigts comme des lèvres glissent, remontent ce corps, s'arrêtent. J'aimerais parler mais aucun mot ne sort de ma gorge. Toute parole est inutile ici. Une enveloppe de silence nous réunit tous deux - sommes-nous encore deux ? - dans un vertige paisible et nous dépose dans une éternité toute en volupté. Simplement être, aimer.
    Forever with you Maria Grazia» Elle tourna la première page du petit livre noir.
    «Petits tableau, sur le chemin d'un jeune homme.» - Mon petit-fils, prends soin de toi, de ta sensibilité comme d'une plante fragile, nourris-la.

  • Dieu Toi qui es poète Le Verbe premier Créateur de tout à chaque instant De l'herbe fragile aux univers inconnus, Je te remercie pour la grâce que tu m'accordes De m'unir à l'acte poétique qui avec douceur Ouvre les yeux, au geste tendre qui rend confiant.
    Répondre humblement à cette invite à être nous-mêmes, A nous réunir au chant incessant de toute ta création.
    Source assoiffée, Rivière fluide dans les coeurs purs, Fraîcheur qui se répand en toute faille, Transcris par tout mon corps l'indicible à mon aimée.

  • Fasciné par la beauté particulière qui émane de chaque visage et intimement persuadé que chacun donne accès à ce qui est plus réel que le visible, Thibaut de Wurstemberger les photographie dans une ambiance simple et familière. De Michel Bouquet à Charles-Henri Favrod, en passant par Bruno Ganz, père Paul de la Croix eu encore Ella Maillart, cette galerie de portraits s'accompagne de pensées sur les instants de grâce qui sont offerts lorsque nous prenons le temps d'accueillir et de contempler l'autre dans le silence.

empty