Résumé

En septembre, comme chaque année, aura lieu la rentrée scolaire et une hypothétique rentrée sociale. Si l'expression "rentrée sociale" fut construite sur le modèle de la « rentrée scolaire » pour signifier moins une reprise qu'un regain de contestations et de revendications après les vacances, elle cache pourtant une autre différence qui n'est pas que grammaticale: on ne rentre pas au travail, comme on rentre à l'école, on y retourne. A maints égards, retourner est le contraire de rentrer, c'est plutôt repartir, ou prendre un nouveau départ. Il est même à parier que dans les faits et non dans les mots il en va de même pour élèves, étudiants et professeurs qui vont faire leur « rentrée »: c'est l'annonce d'un nouveau départ pour les uns et d'un retour en enfer pour les autres ou pour les mêmes. Dès lors, il vaut peut-être la peine de se demander si nous savons encore ce que signifie « rentrer », notamment à l'âge du capitalisme avancé. Pour le dire à gros trait, il semble en effet que de la littérature grecque, et notamment tout le genre extrêmement populaire des nostoï qui va de l'Odyssée d'Homère à l'Anabase de Xénophon, des récits de retour, jusqu'au romantisme allemand, et notamment avec le concept hölderlinien à la fois si obscur et si lumineux de « natal », tout l'imaginaire occidental du voyage et même du mouvement ait été construit autour de cette idée de rentrer: on ne part, on ne se meut, on ne pense, on n'écrit que pour rentrer, revenir, retrouver le foyer, la terre natale, le lieu naturel, l'origine. Mais ce modèle se serait brisé avec le développement du capitalisme: on ne pourrait plus rentrer, parce que le temps est devenu linéaire et non plus cyclique, parce que la maison a été brûlée, parce que notre mère est morte, parce qu'on a tout perdu en partant, ou parce qu'on perdrait à nouveau tout en rentrant. Le retour à Ithaque est devenu impossible comme disait déjà Jean Borrheil. « Brisé » toutefois ne veut pas dire totalement disparu. La majorité des migrants et des réfugiés partent encore dans l'espoir de rentrer, la majorité des travailleurs comme des étudiants ne parviennent à faire leur « rentrée » que dans l'horizon d'un retour des vacances, et le Molloy de Beckett ne s'engage dans sa désopilante odyssée que pour rentrer chez sa mère. En bref, il y a encore des saisons et des maisons. Mais cet horizon a sans doute perdu tout statut définitif ou terminal. En un sens, pour le pire: le capitalisme a fait de presque nous tous, au moins en puissance, des « prolétaires sans feu ni lieu » comme disait Marx ou des machines célibataires kafkaïennes sans origine et sans but. Mais en un sens aussi pour le meilleur: que de régression psychique, de reterritorialisation nationaliste, de renoncement fatigué dans le désir de rentrer chez soi, dans sa terre natale ou chez sa mère.
Le sens de ce chantier sera donc d'interroger les différents sens actuels de l'idée de rentrer suivant plusieurs perspectives, des plus empiriques - comment chacun envisage-t-il de rentrer ? y-a-t-il des rentrées en fanfare?- aux plus théoriques - que veut dire encore rentrer quand on a renoncé à toute origine et perdu tout sens du natal et du foyer?
Cahier Série éclectique Ce trimestre notamment : Karen Akoka et Olivier Clochard sur la situation des migrants sans-papiers à Calais. L'ouverture du centre de Sangatte en 1999, sa fermeture en 2002, les évacuations des "jungles" des migrants, l'expulsion des squats du centre-ville, l'installation du "centre Jules Ferry" aux conditions d'accueil indignes loin de la ville : ce que visent les politiques des gouvernements de gauche comme de droite c'est l'invisibilisation des migrants, traqués et dispersés. A quoi répond une mobilisation citoyenne de riverains, d'associations, d'activistes, luttant aussi contre les politiques migratoires européennes, le règlement Dublin et la fermeture des frontières, et qu'on retrouve en ce début d'été, face aux mêmes politiques, dans les jungles parisiennes, La Chapelle et Austerlitz.
Mais aussi : un entretien avec Fethi Benslama psychanalyste, analyste de l'Islam et de l'Islamisme ;
Sophie Rabau poursuit son feuilleton expérimental de sabotage littéraire, Emmanuel Burdeau son feuilleton sur les séries ; et encore : un poème de John Ashbery, une lecture d'Eau argentée..


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  • Auteur(s)

    Collectif

  • Éditeur

    Prairies Ordinaires

  • Distributeur

    Belles Lettres

  • Date de parution

    19/10/2015

  • Collection

    Revue Vacarme

  • EAN

    9782350961101

  • Disponibilité

    Épuisé

  • Nombre de pages

    144 Pages

  • Longueur

    16.5 cm

  • Largeur

    11.1 cm

  • Épaisseur

    0.8 cm

  • Poids

    288 g

  • Support principal

    Revue

Infos supplémentaires : Broché  

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